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Qui veut la peau du naturalisme ?

Dans Le Film

Marcos Uzal

Dans son texte publié dans le dernier numéro 89 de la revue Trafic, Marcos Uzal trace une ligne de partage entre deux tendances du cinéma français. L'un, cinéma de la pulsion, du spectaculaire, du conflit – naturaliste pour résumer. L'autre : un cinéma du silence, de la pudeur, de l'invisible, et dont on peine à trouver des films qui fassent autant de succès que les premiers. Ce sera l'occasion pour nous de faire une place à ce cinéma alternatif, un peu plus confidentiel, un peu moins évident et qui s'érige clairement contre cette esthétique naturaliste qui envahit jusqu'à nos postes de télévision. C'est, enfin, à une subtile polémique que nous invite le texte de Uzal, qui va au-delà de considérations purement cinématographiques pour embrasser l'esthétique, la politique, puisque comme le résume si bien notre invité qui reprend là les mots de Philippe Garrel, c'est au final une lutte entre un « peuple qui dort » et un « peuple qui fait l'Histoire » qui se joue ici. 

Dans Le Film , émission publiée le 26/07/2014
Durée de l'émission : 84 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

45 commentaires postés

Bonjour la vidéo n'est plus accessible en téléchargement.

Par Emmanuel Salé, le 23/08/2016 à 11h35

Bravo et merci pour cette émission une nouvelle fois très stimulante, où l'on entend enfin un discours qu'on entend peu ailleurs.
"Films lents où tout le monde galope et gesticule ; films rapides où l’on bouge à peine", écrivait Robert Bresson dans ses Notes sur le cinématographe (à ce propos, à quand une émission avec Eugène Green, le plus bressonien de tous les cinéastes, auteur d'un magnifique Poétique du cinématographe, chez Actes Sud ?).

@Judith :
Au sujet de votre commentaire (reproduit ci-dessous), je vous trouve un peu "maternaliste", un peu condescendante. Et je profite de ce message pour dire que, contrairement à pas mal de commentaires, je trouve la présentation et la conduite de Murielle Joudet exemplaires, très claires (la clarté n'interdit pas le zig-zag - il arrive même qu'elle s'en renforce), et très motivantes. MJ me parait de très loin (avec vous, Judith) la meilleure meneuse d'émission d'Hors-Série. NB : je ne suis pas la maman de Murielle :-)

Ne soyez pas désolé : Murielle est la première à se critiquer après chaque entretien ! Elle fait ses armes, débute dans l'entretien filmé, et nous lui faisons une confiance totale pour la suite. C'est un exercice difficile qui demande du métier et de l'aplomb : donnons lui le temps de s'y épanouir. En l'état, c'est déjà tellement stimulant : elle choisit les thèmes, les invités, les problématiques, et parvient toujours à tirer le meilleur de ses invités (et souvent, de l'inédit) ; c'est le signe du talent, et la promesse de superbes réussites pour l'avenir. Et puis : vive la jeunesse, quoi !

Par Totorugo, le 30/06/2015 à 12h48

J'ai vraiment du mal à venir à bout de cette émission, qui me convainc un peu plus de la vacuité de ce genre d'arguties cinéphiliques (que j'ai pourtant moi aussi plus ou moins pratiquées)...
Pourquoi donc en passer par de prétendus développements théoriques, extrêmement confus (j'y reviens juste après avec un exemple concret), pour dire, finalement et tout bêtement : "Pialat et ses disciples, j'aime pas (enfin, j'aime bien certains films mais pas d'autres) ; Garrel, j'adore" ? Je suis d'accord que cette parole critique seule ne suffit pas car elle n'a pas réellement d'intérêt. L'intéressant est de partir de ses goûts et dégoûts (Murielle, dans une réponse dans ce fil de discussion, a reconnu qu'elle en avait) et les expliquer, les "justifier" éventuellement, par des exemples concrets. A vouloir partir de considérations théoriques, on finit vite par raconter un peu tout et n'importe quoi. J'en viens à l'exemple promis plus haut : après la diffusion des extraits d'"A nos amours", "La Bataille de Solférino" et "La Jalousie", on nous explique donc que Pialat (et un peu Triet aussi) sont des naturalistes qui en rajoutent sur la... théâtralité ! La théâtralité serait donc, en quelque sorte, le stade ultime de l'hystérie naturaliste (qui a décrété que le naturalisme devrait être hystérique ? mystère !). J'avoue que celle-là, elle est pas mal...

Sans partager (du tout) son aversion pour le cinéma français, je rejoins le propos de syona sur l'artificialité à opposer ainsi aussi nettement des cinéastes comme Garrel et Kechiche. Je veux dire par là que je vois très bien ce qui les sépare dans la forme mais ces considérations me semblent se limiter à un (assez) petit cercle cinéphilique. Pour la majorité des spectateurs, qui ne vont d'ailleurs pas voir ces films (ce qui ne veut pas dire qu'ils ont raison !), leurs films relèvent grosso modo de la même catégorie (je parle là des films que Garrel tourne depuis en gros la fin des années 80, pas les précédents, à la forme beaucoup plus radicale). Il me semble toujours (je parle en mon nom) qu'il faut avoir une certaine acuité visuelle pour voir dans la scène de ménage de "La Jalousie" une illustration d'un "cinéma de l'imaginaire". On pourrait tout aussi bien dire que Garrel, comme Pialat et Triet, veut filmer une "tranche de vie" mais qu'il le fait juste avec moins de vitalité (pour reprendre un terme fétiche de François Chevalier, cf. son entretien avec Judith) que ses deux autres collègues cinéastes. Ce qui ne rend pas forcément sa scène moins réelle, d'ailleurs, ni même réaliste. Simplement, ses personnages sont différents (plus "lymphatiques", on va dire), ses comédiens les interprètent donc différemment et le noir et blanc induit, en 2014, un effet de distance plus marqué, en même temps qu'un effet de signature (on sait que Garrel utilise généralement le noir et blanc).
On est donc purement dans une histoire de goûts et de couleurs (ou de leur absence !), qu'il serait à mon avis plus sain (et moins fastidieux) d'assumer pleinement.
Mais je ne doute pas que le prochain entretien de Murielle avec Laurent Julier sera tout à fait passionnant à cet égard :-)

Par cyrilkenyatta, le 01/10/2014 à 16h16

Plus de cent ans après, il est étonnant que l'on continue à opérer cette distinction radicale entre les frères Lumière (ou plutôt leurs opérateurs, d'ailleurs), qui seraient des cinéastes de la "chose en soi" (même si Marcos Uzal nous explique évidemment qu'il y a toujours "mise en scène" dans ce qui se veut comme enregistrement du réel), et Georges Méliès, qui serait en quelque sorte l'inventeur du cinéma de la forme (et/ou des formes ?) et aurait ouvert la voie aux cinéastes qui s'intéressent moins à la chose filmée qu'à comment la filmer.
Etonnant surtout après la réédition, il y a deux ans, aux Editions du Sonneur, de "La Vie et l'oeuvre d'un pionnier du cinéma", vraie/fausse autobiographie écrite par Méliès lui-même trois ans avant sa mort. Car que lit-on dans ce petit bouquin passionnant pour qui veut comprendre l'histoire du cinéma ? Que Méliès ne tenait pas en très haute estime ses purs films de fantaisie, destinés à un public de fête foraine qu'il méprisait plutôt. Lorsqu'il parle de ces films, c'est presque uniquement pour célébrer ses propres inventions technologiques (la liste est impressionnante !) qu'il a entreprises pour les réaliser.
Au contraire, quels sont ses propres films que Méliès chérissait le plus (et de très loin !) ? Ceux qui avaient pour vocation à "édifier les masses" (c'est probablement son film sur l'affaire Dreyfus dont il était le plus fier, lui qui a toujours été un farouche dreyfusard) et/ou à se rapprocher le plus possible... du documentaire ! Il parle ainsi assez longuement, là aussi avec une immense fierté, de l'éruption du mont Pelé qu'il avait reconstituée dans son studio de Montreuil. Rien ne pouvait plus flatter Méliès que de penser qu'il était réellement allé filmer l'éruption sur place, enregistrer le monde tel qu'il est.
Mais, depuis tout ce temps, étrangement, c'est comme si personne ne voulait entendre ce que disait Méliès. Et il serait sans doute très surpris (probablement même assez furieux) que l'on invoque autant sa mémoire pour déconsidérer le naturalisme ou le réalisme...

Par cyrilkenyatta, le 01/10/2014 à 12h30

L'opposition, évoquée par Murielle Joudet, entre les héritiers des frères Lumière et les héritiers de Méliès ne me semble vraiment pas opérante en ce qui concerne les cinéastes évoqués (si on voulait chercher des héritiers de Méliès dans le cinéma français, il faudrait plutôt aller voir du côté de Jean-Pierre Jeunet pour ne citer que le plus connu et le plus emblématique). Je ne vois vraiment pas en quoi Garrel serait plus dans l'imaginaire que Kechiche. Finalement l'opposition soulignée dans cette émission serait entre un cinéma de l'hyperbole et du déterminisme et un cinéma de la litote et de la liberté des personnages.

Personnellement, je ne veux pas à avoir à choisir entre les deux selon des présupposés théoriques. Lorsque j'entre dans une salle de cinéma, je ne me pose pas la question de savoir quels sont exactement les présupposés artistiques du réalisateur. ça me semblerait aussi incongru que de chercher à connaître la couleur de ses caleçons ou de ses culottes. Ce que je demande à un film, c'est de m'émouvoir, de me toucher, bref de provoquer quelque chose en moi, peu importent les moyens employés.

Et à ce titre je ne peux pas m'empêcher de trouver Marcos Uzal de mauvaise foi à l'égard de la Vie d'Adèle que j'estime être pour ma part un chef-d'oeuvre (et ce n'est pas parce que plein de gens pensent comme moi que ça m'empêchera de le penser). Alors oui, il y a un certain nombre d'insistances (comme celle de la couleur bleue), oui les parents sont caricaturaux (comme le sont les personnages de Balzac ou de Hugo, ce qui n'empêchent pas Hugo et Balzac d'être d'immenses écrivains), mais il me semble qu'on ne cherche pas une seule seconde à nous cacher qu'on est dans une oeuvre d'art, pas dans la réalité, et le truc le plus important, c'est que ça a beau être très appuyé, ça fonctionne. Pourquoi ? C'est tout simplement ce qu'on appelle le génie. Il y a fort à parier que le même scénario tourné par un réalisateur de seconde zone aurait donné une grosse daube.

En contrepoint, je ne peux pas m'empêcher de rigoler devant l'extase de Marcos Uzal devant cette scène de la petite fille disant "arrêtez de crier". Je n'ai pas vu le film en entier, et peut-être suis-je en cela un peu de mauvaise foi, mais pour moi, c'est précisément là qu'on touche le comble du ridicule. J'y vois en effet une façon de souligner à gros traits rouges "eh vous avez vu à quel point je ne suis pas démonstratif ?". Enfin, Garrel se rattache sans doute à la longue tradition française des précieuses et des petits marquis raillés autrefois par Molière et à ce titre il fait partie du patrimoine.

Par David , le 31/08/2014 à 01h44 ( modifié le 31/08/2014 à 01h46 )

@judith
mais bon, je ne fais que donner mon point de vue, j'aime beaucoup toutes vos émissions. Je ne fais pas fine bouche, ça ne me fera pas partir d'ici!

Par Gaz', le 19/08/2014 à 23h19

@Judith
Une des choses qui me plaisait justement sur arret sur image, c'est le forum.. Oui querelle d'égos souvent, c'est sur. Mais il est pas si dur de faire le tri, et puis c'est comme partout, dans toutes les discussions de la vie, tout le temps.
En fait, quand on vient de suivre deux personnes pendant plus d'une heure de façon assez intense, j'aimais beaucoup lire les opinions, tinter ou non d'égos, de plein de personnes différentes. C'est souvent là, j'ai l'impression, que je me créais ma propre opinion. De pouvoir mettre en opposition les arguments qui m'ont convaincu avec l'opinion d'internautes farouchement opposés.. Il y a avait trois temps intéressants : approfondir, suivre, s'accrocher aux idées développées par vous et l'invité, puis le temps de lecture du forum, en diagonale, lire les pour et les contres et enfin, tenter d'écrire une réponse, réfléchir et mettre en forme la pensée..

Heureusement que les commentaires existent donc, dommage que ne soit possible les conversations, si futile peuvent-elles paraître...

Par Gaz', le 19/08/2014 à 23h14

@Freego : c'est tout à fait délibéré de notre part. Nous n'avons pas voulu favoriser le dialogue inter-Hsérinaute parce que, forts de notre expérience sur les forums d'Arret sur images, nous savons comme ils dégénèrent et finissent par faire fuir les meilleures volontés (querelles d'ego à n'en plus finir, obsession du dernier mot, insulte ad personam, etc). Ces dérives ont pris de telles proportions sur les forums d'@si que nous avons envisagé très sérieusement de ne permettre aucune sorte de commentaire ici. Et puis je me suis ravisée, et j'ai finalement insisté pour que nous aménagions cette interface qui vous paraît malcommode - elle l'est, s'agissant du dialogue - mais qui offre du même coup l'avantage de refroidir les tempéraments belliqueux. Ici l'on devise posément, on peut se répondre en précisant à qui l'on parle, c'est un espace civilisé, et comme tel, contraignant. Ou vice et versa. Et vous voyez cependant qu'on peut se répondre, et qu'on le fait volontiers.

Par Judith, le 15/08/2014 à 19h38

Merci beaucoup pour cet entretien. Vraiment très intéressant.

Par josephbridau, le 15/08/2014 à 18h46

Conversation. Pas interview. Merci.
Daney-Pialat,l'autre nuit, rediffusés, sur France-Culture, autour du Soleil de Satan... C'était ça, une conversation. Comme ici.
Continuez. C'est passionnant.

Par felix d, le 15/08/2014 à 18h15

@Freego : non, ce n'est pas maladresse de votre part. Les forums de "Hors-Série" ne sont pas suffisamment sophistiqués pour que les horsérin@utes puissent réellement dialoguer.
Je ne pense pas que ce soit uniquement pour des raisons techniques.
Les dialogues conduisent souvent à des chamailles qu'il est difficile de "modérer".
Une hypothèse : la tendance actuelle dans tous les domaines est à l'économie d'énergie; la modération d'un forum est gourmande en énergie et, par conséquent, couteuse. Si on doit rétribuer un modérateur, on va pas s'en sortir. Surtout si on fait des frais pour installer une troisième caméra... :o) Ce n'est, je le répète, qu'une hypothèse.

Par Papriko, le 12/08/2014 à 17h21 ( modifié le 12/08/2014 à 19h35 )

je ne sais pas si c'est une maladresse de ma part ou une incompréhension du savoir communiquer sur Hors-Série, mais j'aimerais pouvoir répondre à certains commentaires.
Les commentaires s'affichent à la queuleuleu (d'accord, pas d'accord, tu attends ton tour).

C'est NUL !

Personne ne lit cela !

C'est comme si, dans un groupe d'amis réunis, chacun parlait à son tour mais en réponse à un sujet abordé, mais dépassé depuis belle lurette.

Bonjour, la cohésion et la compréhension.

A REVOIR !

Par Freego, le 12/08/2014 à 16h10 ( modifié le 12/08/2014 à 16h11 )

Marcos Uzal ne nous explique pas pourquoi "la caméra sur l'épaule" est emblématique du naturalisme. Il semble considérer comme indiscutable le fait qu'elle permet de traquer la vérité mieux que d'autres procédés. On aurait aimé quelques explications techniques sur le sujet.
Car on n'a ps attendu d'utiliser ce procédé pour réaliser des gros plans.
Voici deux exemples (l'un très ancien, d'une célèbre brune capiteuse, l'autre, plus récent, d'une autre brune capiteuse), qui montrent qu'on peut réaliser des gros plans sans utiliser la caméra à l'épaule.:

Exemple 1 : http://img4.hostingpics.net/pics/409162Star1.jpg

Exemple 2 : http://img4.hostingpics.net/pics/553291Star2.jpg

Par Papriko, le 12/08/2014 à 09h49 ( modifié le 12/08/2014 à 10h17 )

Si l'alternative au naturalisme dans le cinéma français c'est Philippe Garrel et Serge Bozon, et bien on n'est pas dans la merde.
Oh, je vois ce que vous voulez dire en distinguant des films comme 'La Jalousie' ou 'Tip Top', mais à vrai dire je ne fais pas de différence fondamentale entre ces films et, disons, 'La Graine et le Mulet' (je m'excuse pour mes références kechichiennes un brin datées) ou 'Un Monde sans femmes' : ces films correspondent parfaitement à ce à quoi je pense lorsqu'il m'arrive de déclarer (et d'autres avec moi) que "je n'aime pas le cinéma français", le "naturalisme" (au sens large) étant un des principaux critères.

Métaphore colorée : c'est un peu comme si dans un entretien intitulé "Qui veut la peau du bleu ?" vous me souteniez que l'alternative radicale c'est le cyan ou l'azur. Ah mais bordel je veux du rouge ! du vert ! du orange !

Il existe pourtant des cinéastes français (pas des masses il est vrai) qui font des films rompant avec le naturalisme : Gaspar Noé, Marina de Van, Philippe Grandrieux ou encore Pascal Laugier - pour n'en citer que quatre que j'aime bien. Mais faut croire que la rupture avec le naturalisme a ses limites et il est assez révélateur que trois d'entre eux se soient retrouvés à l'étranger pour réaliser des films en anglais.

Ou pour paraphraser ce bon vieux monsieur Ford : le cinéma français vous pouvez l'avoir de la couleur de votre choix, pourvu que ce soit bleu.

Par syola, le 11/08/2014 à 00h25

Ces 84 minutes auraient pu être résumées en 30 minutes, un peu long ce blabla intellectualo-glinglin, je trouve.

Par Annie HUET, le 09/08/2014 à 17h03

Puisque Judith nous annonce que Rafik Djoumi présentera de temps en temps une émission, je propose qu'un jour on organise une confrontation entre Rafik et Murielle. Ce tête-à-tête pourrait être rigolo, car, si j'ai bien compris, les films que Murielle apprécie appartiennent au genre (catégorie "querelles d'amoureux mal peignés devant deux bols de café au lait") que Rafik déteste. :o)
N.B. : Prévoir budget pour service d'ordre.

Par Papriko, le 09/08/2014 à 10h06 ( modifié le 09/08/2014 à 10h14 )

Emission agréable à suivre même si (ou parce que) au fur et à mesure des épisodes se dessine un regard sur le cinéma radicalement étranger au mien. Stimulant !

Une chose me gêne cependant dans le discours sur l'objectivité ça et là désignée comme un "naturalisme" aux contours flous. L'aspect gênant réside selon moi dans la manière implicite de pointer et railler la naïveté supposée de ceux qui s'y voient assignés. Les Dardenne étant une cible de choix.

Palmés, appréciés par une certaine critique, etc. autant d'éléments qui contribuent à désinhiber une acidité critique contre ces "vaches sacrées" (ce qu'ils sont peut-être par ailleurs). Pourtant l'objectivité et le naturalisme les Dardenne ne s'en revendiquent pas. Il viennent du documentaire et même là, il n'ont jamais prétendu restituer le réel : ils savent évidemment que l'artifice commence dès le choix du sujet, se poursuit dans le cadre, le placement des micros, des acteurs, des voix, regards... et durant chaque étape de la réalisation. Evidence qui ne casse pas des briques.

L'aspect gênant c'est le paradoxe qui apparaît à propos de Rosetta. Evidemment qu'il y a mille raisons de ne pas apprécier ce film, d'en sortir gêné, mal à l'aise et même de questionner le positionnement (artistique/politique) de ses auteurs. Mais se servir d'une phrase comme "nous on veut aller dans le cul des choses" pour en faire deux crétins incapables de développer une vision de metteur en scène plongés qu'ils sont dans la pénombre d'un trou de balle !... et finalement résumer la mise en scène de Rosetta comme le suivi borné d'un personnage après lequel ils se contentent maladroitement de courir en tentant bêtement de faire croire que la caméra n'existe pas... non mais, sérieusement !

On peut préférer une mise en scène qui prend de la distance ou ne reconnaître la nécessité de la proximité qu'au seul Cassavetes... mais ça ne dispense pas de tenter de prendre en compte la démarche revendiquée par les Dardenne dans leur choix de filmer un film d'une certaine manière : et reconnaître que ce sentiment de "capture" du personnage et du spectateur n'est sans doute pas qu'accidentel. Je n'aime pas Picasso, mais j'ai dépassé le stade consistant à n'y voir que des gribouillis de gamin. Il faut être bien innocent pour railler l'aspect brouillon de leur travail sur l'image (quand il n'est pas nié et transformé en naïveté ahurie courant derrière le "réel"). Aimer le cinéma c'est s'intéresser suffisamment à la technique pour ne pas apprécier un travail sans pour autant nier bêtement le savoir-faire de ses auteurs (quand il existe).

"Les Dardenne disent parfois des choses très très drôles... mais ça se voulait très sérieux je pense". Ce qui est gênant, c'est moins la souriante condescendance exprimée envers les Dardenne (dont j'apprécie le travail... mais dont je me fous un peu) que l'idiotie satisfaite de ce propos ; et le fait qu'il ne soit pas questionné mais au contraire encouragé par un rire complice et approbateur. Alors qu'au fond, c'est pas très malin quoi. Le petit pépin technique qui suit en forme de grève de l'image est au final assez savoureux.

Allez je reprends le visionnage !

PS : oui, c'est toujours plus simple de donner un avis quand il est critique... mais j'aime bien l'émission même quand je suis pas d'accord (pour l'accord systématique, je me tape déjà ce foutu abonnement à moi-même).

Par rachidkhafague, le 08/08/2014 à 16h19 ( modifié le 08/08/2014 à 17h25 )

Nous savons tous que c'est un job difficile et qu'on ne peut pas être expert du jour au lendemain.
Que Murielle Joudet se rassure : nous n'attendons pas d'elle qu'elle nous chante une chanson ou qu'elle fasse des claquettes...

Par Papriko, le 07/08/2014 à 19h41

Je trouve beaucoup des critiques qui précèdent très exagérées. Je remercie Murielle Joudet pour son travail. Je me suis fait une nouvelle idée de Desplechin dont je n'avais pas une bonne opinion, et j'ai maintenant moins l'impression d'être une extra-terrestre, moi qui, contrairement à bien des gens, n'ai aimé aucun des films de Kechiche.

En ce qui concerne la façon dont l'émission est présentée, je n'ai aucun mal à la suivre et je trouve au contraire que cela change agréablement des présentatrices habituelles, souvent beaucoup trop sures d'elles-mêmes et qui semblent parler de sujets qu'elles ne maîtrisent pas. Murielle Joudet semble passionnée par ce qu'elle fait, c'est communicatif et c'est tout ce qui compte. Tant mieux si l'entretien prend des détours et s'attarde sur tous les aspects. Je ne viens pas sur Hors-Série pour être assommée de certitudes, mais pour écouter de vrais échanges, c'est-à-dire des discussions qui, forcément, ne sont pas toujours assurées ou linéaires, où le doute et l'hésitation ont leur place.

Je ne suis en générale pas très portée sur les commentaires, mais là je me suis forcée, quand j'ai lu une partie de ceux qui précèdent. Le travail qui est fait sur Hors-Série n'est fait presque nulle par ailleurs, j'en suis reconnaissante à toute cette équipe et trouve cela à la fois vain et peu constructif de ne faire presque rien d'autre que des critiques sur la forme (et toujours les mêmes critiques, à un moment, il faut savoir changer de disque). Ce n'est pas inutile, bien sûr, mais là n'est pas l'essentiel : c'est le contenu de l'échange qui compte et en ce qui me concerne, je le trouve de très bonne qualité.

PS1 : je ne suis ni l'amie, ni la sœur, ni la mère de la présentatrice.
PS2 : je suis sure que je ne suis pas la seule de cet avis, les abonnés satisfaits ont, en général, moins tendance à s'exprimer que ceux qui le sont moins.

Par Alexandra, le 06/08/2014 à 20h36 ( modifié le 06/08/2014 à 20h39 )

Murielle Joudet n'exagère-t-elle pas un peu (peut-être par modestie) ses difficultés à l'oral ? L'entretien, ici, se suit très agréablement. Peut-être juste le bonjour et l'au-revoir un peu secs et maladroits, sans les fioritures habituelles (pour ne pas dire "télévisuelles"). Mais savoir mettre l'interlocuteur à l'aise, conduire un propos pas bateau, laisser les réflexions se développer, faire partager un questionnement, contredire, nuancer ou surenchérir... sont quelques choses qui ne sont pas si évidentes et qui ici se manifestent très bien. Là est l'essentiel qui rend les trois entretiens déjà réalisés très intéressants à suivre et donne vraiment envie de voir la suite.

Par gomine, le 04/08/2014 à 14h14

Une émission de télévision est un spectacle, en particulier une émission telle que "Dans le Film", dont le sujet est le cinéma, qui est un média-spectacle.
Les personnes qui, comme moi, n'aiment pas le cinéma commercial et qui commettent l'erreur de le faire savoir à ceux qui aiment ce type de cinéma ont à coup sûr entendu des railleries du genre : "Moi, je ne vais pas au cinéma pour me prendre la tête". L'idée qu'il existe des masochistes qui vont au cinéma pour souffrir est une idée assez répandue. C'est une idée fausse, bien sûr. Nous allons au cinéma, quel que soit le type de films que nous aimons (à part quelques snobs qui veulent "avoir vu le film qu'il faut avoir vu" pour pouvoir en parler ensuite) dans l'espoir de prendre du plaisir et ressentir des émotions.
C'est ce qui me fait dire que les cinéastes qui ne pensent pas au plaisir du spectateur sont de mauvais cinéastes, dont l'ego est probablement si énorme qu'ils s'autorisent à dire ce qu'ils ont envie de dire sans se préoccuper des futurs spectateurs, ni des règles qu'on doit observer pour intéresser le public. Il en est de même pour les émissions de télévision. Un producteur, sans en arriver à être obnubilé par l'Audimat (réel ou virtuel) ni faire trop de concessions aux spectateurs, ne peut pas ignorer qu'il doit penser à intéresser son public et se donner les moyens d'y arriver. Bref, je ne veux pas entamer le visionnage d'une émission de "Hors-Série" avec la conviction que je vais devoir "me prendre la tête".
L'actualité d'Arrêt sur image vient opportunément au secours de ma petite théorie. Depuis trois semaines, Daniel Schneidermann nous propose une série d'été consacrée à la guerre de 1914. Vous aurez remarqué l'effort de mise en forme effectué à cette occasion : le générique (image et son) est travaillé et se donne un air "vintage". Les images du plateau sont en noir et blanc ou presque et s'entourent d'un cadre noir qui rappelle les vieux films d'autrefois et les images d'actualité d'époque. Daniel Schneidermann présente l'émission comme si nous étions en 1914, à la veille de Grande guerre. Les trois journalistes Anne-Sophie Jacques, Sébastien Rochat et Vincent Coquaz jouent le même jeu et ont rédigé leurs papiers (plus copieux que d'habitude) selon le même concept. J'ai bien dit "le même jeu", car leurs prestations sont de véritables petits sketches (qu'ils présentent avec conviction et qu'ils ont sans doute répétés longuement pour se les mettre en bouche et trouver le bon ton) et, en cette circonstance, il effacent la barrière entre le job de journaliste et celui de comédien. Plus exactement, il en soulignent les similitudes.
Toute activité s'exerçant devant un public comporte une part de comédie. Lorsque Daniel Schneidermann dit "Bonjour, Hubert Védrine", il joue la comédie puisqu'il l'a déjà salué lorsqu'il est arrivé dans les locaux d'Arrêt sur images. Quand nous sourions à la demande du copain qui prend la photo de groupe lors de la randonnée dans les Vosges, nous jouons la comédie. Il serait dommage, alors que nous jouons si souvent la comédie, que Murielle Joudet refuse d'admettre qu'elle produit un spectacle et que celui-ci comporte une part de comédie. Elle devrait peut-être s'inspirer du travail de ses camarades d'Arrêt sur images et se féliciter de l'opportunité qui lui est donnée de jouer la comédie en présentant son émission, comme le font les acteurs qu'elle voit si souvent dans les salles de cinéma et dont elle commente le travail. D'autant qu'elle a la chance d'avoir près d'elle une comédienne-metteur en scène aguerrie et familière du métier de présentatrice.

Par Papriko, le 03/08/2014 à 21h23 ( modifié le 03/08/2014 à 22h01 )

@ gynko : Vous n'ignorez pas que l'eau absorbe les rayons lumineux. Plus on va profond, plus c'est sombre. On peut arriver à l'obscurité totale. Je ne raffole pas de la profondeur. Je préfère la clarté et la précision.

Par Papriko, le 03/08/2014 à 13h44

@ Olivier Bacquet : Je suis surpris par votre commentaire : « considérer [...] le principe de hors-série comme "une émission de télévision" me semble être un contresens ».
Je ne sais pas si vous contestez le fait que c'est "une émission" ou le fait que c'est "de la télévision".
1 - Le mot "émission" est celui qui est employé depuis la création du site "Arret sur Image". C'est d'ailleurs ce terme qui est repris dans "Hors-Série", puisque nous pouvons lire sur la présente page, juste sous le texte de présentation de l'émission : "Dans le Film, émission publiée le 23/07/2014" et "Durée de l'émission : 84 minutes".
2 - Est-ce que c'est "de la télévision" ? Il me semble que l'émission que Daniel Schneidermann produit sur internet n'est pas différente dans son principe de celle qu'il produisait sur France 5 (et qu'on pouvait d'ailleurs revoir, non montée, sur internet). Je dirais donc que c'est "de la télévision".
Ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. Il s'agit de la définition du rôle que s'apprêtent à tenir les quatre animatrices de ce site. Pour moi, ce sont des présentatrices d'émissions de télévision. Les émissions qu'elles présentent appartiennent à un genre assez répandu, qui est celui de l'interview télévisée. Présenter des émissions de télévision est un métier. Un vrai métier, avec tout ce que ça implique, même si elles l'exercent à temps partiel. C'est pourquoi j'ai été étonné par la phrase de Murielle Joudet: "il nous faut aussi accepter d'être filmée..."

Par Papriko, le 02/08/2014 à 21h49 ( modifié le 02/08/2014 à 22h20 )

Gynko et Papriko, ça fait un peu Henkle et Jeckle ou Pipo et Mario

Par gomine, le 31/07/2014 à 13h17

Bonjour Gynko,
1- Si vous voulez éviter d' attraper un torticoli, réduisez la taille de votre fenêtre. Le texte passera à la ligne automatiquement. En tous cas, c'est comme ça que ça marche chez moi (Wondows 7, Firefox).
2- Je peux comprendre que vous soyez en pétard contre mes blagues à deux balles. Mais, avant de protester contre la difficulté de faire le tri parmi 450 messages, attendez qu'on arrive à cet ordre de grandeur. On en est loin à cet instant. Pour le moment, vous devriez peut-être remercier ceux qui se dévouent pour que les forums de "Hors-Série" ne ressemblent pas à un désert de glace.
3- J'admire votre désir d'aller profond mais, n'ayant qu'un masque et un tuba (et pas de bouteilles), j'ai parfois du mal à suivre Marcos et Murielle. Quand ça descend trop profond, je remonte à la surface et je m'accorde une pose. J'ôte mon masque et mon tuba et je m'étends sur le dos et sur le sable en me promettant d'essayer de les rejoindre lorsque j'aurai repris mon souffle. C'est pourquoi généralement je garde mes palmes aux pieds.

Par Papriko, le 31/07/2014 à 11h52 ( modifié le 31/07/2014 à 12h16 )

non, ces interventions sont plutôt marrantes et qui dit qu'elles n'entretiennent pas un rapport indirect avec les sujets évoqués dans l'émission ?

Par gomine, le 30/07/2014 à 17h35

Bof....

Par Papriko, le 30/07/2014 à 16h52 ( modifié le 30/07/2014 à 17h17 )

Mon cher Olivier Baquet,
Je ne suis pas un amoureux éconduit de votre fille (comme vous ne démentez pas formellement, je n'exclus pas l'éventualité que vous soyez sa mère), que je ne connais pas personnellement mais, comme je la trouve sympathique, je vous promets, chère Madame, que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour la défendre contre les harcèlements de sa hiérarchie, notamment si j'apprends qu'on veut la filmer contre son gré.

Par Papriko, le 29/07/2014 à 22h07 ( modifié le 29/07/2014 à 22h10 )

Mon cher papriko, votre commentaire est drôle et touche juste ; ) mais je crains que vous ne soyez vous- même un amoureux éconduit de la belle... En effet considérer "dans le film" voire le principe de hors-série comme "une émission de télévision" me semble être un contresens et justifier à moindre frais vos critiques.

Par olivier bacquet, le 29/07/2014 à 21h23

@ Olivier Bacquet : dites-nous tout. Vous êtes la maman de Murielle, non? Ou son petit ami, peut-être.
Allez, dites-nous. Ça restera entre nous... :o)

Par Papriko, le 29/07/2014 à 19h43 ( modifié le 29/07/2014 à 19h45 )

Merci murielle pour vos emissions, vos partis pris qui ne condamnent pas l'intelligence des gens qui vous écoutent et merci pour l'articulation en direct de vos points de vue, de ceux de votre interlocuteur et de l'espace que vous laissez advenir entre les deux. Afficher un avis est aisé, laisser une pensée se construire au risque de se contredire soi- même l'est moins, merci de nous offrir de la cinéphilie accessible ET exigeante et merci de nous permettre d'être témoin d'une réflexion en mouvement.

Par olivier bacquet, le 29/07/2014 à 14h54

@ Murielle Joudet : votre commentaire "que nous aimions ou non la chose il nous faut aussi accepter d'être filmée" est surprenant, et en même temps éclairant.
Eh! Oui. Il faut que vous arriviez à vous persuader que vous ne réalisez pas simplement une interview, mais que vous produisez une émission de télévision et que vous la présentez. Ou plutôt "que vous l'animez". C'est une activité très différente la la critique cinématographique et il est normal que vous éprouviez quelques difficultés.
Nos critiques peuvent vous sembler sévères, mais nous ne vous rendrions pas service en vous ménageant excessivement.

Par Papriko, le 28/07/2014 à 09h18 ( modifié le 28/07/2014 à 09h23 )

Chère Murielle

Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ou plutôt ne faites pas semblant de ne pas comprendre ce que j'ai dit. Si j'ai parlé de Besson, c'est pour une mise en perspective, ce qui me semble la moindre des choses. Pour être totalement franc, je préférais une émission (argumentée, pertinente et profonde) consacrée à la défense de Besson, parce que, là, on serait vraiment dans le contre-pied total, dans la mauvaise foi assumée ou ce qu'on veut, mais il y aurait du grain à moudre. Imaginez 5 minutes que "dans le film" ne soit consacré qu'aux films de cannibales italiens des 80's : ce serait le tollé (à juste titre). Il est vrai qu'on ne serait plus dans la distinction (à la Bourdieu) et c'est aussi cette distinction qui me pose problème.
Je ne vais pas argumenter pendant des heures (parce que la subjectivité, ça ne se discute pas), mais je vais prendre un bon exemple que vous devez connaitre : "Itinéraire d'un cinéfils" est passionnant de bout en bout, alors que je ne partage ni les goûts de Daney, ni ses positions théoriques. Pourquoi ? Parce que Daney met justement en perspective et ne se contente pas d'édifier l'hagiographie du cinéma qu'il aime. Accessoirement il rappelle que le cinéma a deux portes d'entrée (celle du cirque et celles des petits chimistes) et qu'il est hors de question d'en oublier une si on veut comprendre quelque chose au cinéma (je cite de mémoire, mais je pense ne pas me tromper).

Par Lefayot, le 27/07/2014 à 23h26

Bonjour à tous, je me mets enfin à répondre aux commentaires.

@Lefayot : merci pour votre intervention, c'est vrai qu'il est injuste d'évoquer des cinéastes comme Philippe Garrel ou Serge Bozon alors qu'il serait de notre devoir de consacrer une émission à "Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ?" ou encore au prochain Luc Besson, ou aux blockbusters américains. Tout un pan du cinéma qui manque cruellement de visibilité et de discours critique. Je note cette idée pour plus tard. Je pense que vous auriez forcément trouvé quelque chose à redire si nous avions consacré les trois premières émissions de Hors-Série au cinéma américain. Nous ne sommes qu'à trois émissions, je ne suis pas sûre que cela donne une idée précise de la ligne éditoriale de "Dans le film".

Il n'a jamais été question de prétendre que la totalité du cinéma français était contenue dans ces émissions, je ne sais pas d'où cette idée vous vient. D'autant plus que votre demande me paraît assez confuse selon moi : il faudrait arrêter les querelles de microcosme, parler du cinéma d'autres pays et aussi parler de Besson.
1) Mais précisément, le cinéma d'auteur n'est pas un microcosme, c'est simplement un cinéma qui a un public très restreint, qui ne fait pas 10 millions d'entrées mais, au mieux de sa forme, 100.000 entrées. Vous vous faites une fausse idée de ce cinéma là.
J'ai le malheur de venir de la critique cinéma, de passer le plus clair de mon temps à regarder des films, ce qui fait que je ne serai pas en mesure de présenter une émission "Dans le texte" ou encore "Aux ressources" mais de ne pouvoir parler que de cinéma et encore, comme je l'entend : il y a des tonnes de cinéastes qui ne m'intéressent pas et que vous ne verrez pas dans "Dans le film", le goût ce sont aussi les dégoûts. Mais aussi plein de choses qui m'intéressent peu mais que je compte travailler pour de prochaines émissions. Alors oui, chaque émission a un terrain très circonscrit qu'il s'agit de creuser au maximum avec mon invité. Je ne sais pas comment faire autrement, c'est ma méthode et j'imagine que le contraire consisterait à parler de plein de choses différentes mais en surface.

2)J'aime beaucoup certains cinéastes japonais mais je trouverais ça complètement anti-stratégique de lancer "Dans le film" avec une émission sur le cinéma japonais et je pense que je ne suis pas la seule à le penser. Il se trouve que les hasards font que nous avons enchaîné trois émissions sur le cinéma français, et évidemment nous en sommes conscients et nous vous préparons autre chose pour la suite.

3) Nous sommes chacune responsables de nos émissions, c'est-à-dire que nous choisissons les intervenants, les thèmes, les questions et que nous aimions ou non la chose il nous faut aussi accepter d'être filmée. Du coup oui, cette émission, Dans le film, a ses limites propres, qui sont les miennes, celles de mes goûts, de mes capacités et de mon aisance. Avant que l'on me propose Hors-Série je n'avais jamais fait d'entretiens filmés, je suis tout à fait consciente que je manque d'aisance mais je ne sais pas quoi vous dire : j'imagine qu'avec le temps je serai de plus en plus à l'aise et je vois quand même une nette progression entre la première et la troisième émission. Encore une fois, je pense que le but de Hors-Série consiste en partie à proposer une alternative à l'extrême hygiène de la télévision (toutes les scories étant coupées) alors oui peut-être que mon cas est un peu extrême vu mon inexpérience mais le problème c'est que le seul et unique moyen de m'entraîner consiste à tourner ces émissions - il n'y en a pas d'autres, je vous assure, même l'entraînement devant le miroir ne suffit pas. J'en appelle donc à votre indulgence et j'espère avoir finalement répondu à tous les commentaires.

Par Murielle, le 27/07/2014 à 22h43 ( modifié le 27/07/2014 à 22h49 )

Merci Gomine.

Parfois quand on exprime un point de vue et qu'on lit ceux – souvent péremptoires – d'autres on se demande si on n'est pas le neuneu naïf de service ou l'idiot du village. Merci Gomine de démentir cette impression.

J'abonde dans votre sens. C'est une occasion pour renouveler ma satisfaction. Après avoir vu les trois émissions de Murielle et les autres du quatuor, je me suis intéressé à des films (d'auteurs non évoqués dans ces émissions) que je n'aurais jamais regardés sans cela, en raison d'a priori que ces émissions ont mis en pièces sans pour autant me dicter ce que je dois penser mais en me forçant à m'interroger et à visiter ce que finalement je ne connaissais pas.

Et n'oublions pas une chose : tout est perfectible mais la recherche de la perfection n'est-elle pas l'ennemi du bien ?

Par Jean-Marc FIORESE, le 27/07/2014 à 22h21 ( modifié le 27/07/2014 à 22h23 )

@ Lefayot
amha = à mon humble avis ?
mrd
lol
et tm = ?
votre commentaire est assez déprimant, on a envie de vous dire : créez votre propre site, mettez en place et filmez les entretiens avec les personnes et les sujets de votre choix, parlez du cinéma que vous aimez et fnlp...
ici, Dans le film, se creuse une réflexion sur le cinéma, à la limite peu importent les films ou cinéastes dont il est question, qu'on les aime ou non, qu'on les ait vus ou non, ce qui compte c'est ce qui naît de ces réflexions, de ces conversations.
ce qui se dit à propos d'une oeuvre, d'un domaine, d'une genre peut, en prenant un peu de hauteur, être pertinent pour tel autre domaine, tel autre film...
Même sans aimer les films ou cinéastes en question, vous pourriez malgré tout tirer partie de ce qui se dit.
Et laissez Murielle Joudet inviter qui elle veut, parler des problématiques qui l'intéresse, défendre ou débattre de films et cinéastes de son choix...

Par gomine, le 27/07/2014 à 21h15

Bien mais Murielle Jourdet ( qui pose des questions intelligentes ) devrait s'entraîner à l'oral. On entend qu'elle a le trac ( enfin il me semble )

Par giliane Isnard, le 27/07/2014 à 18h49

En fait, le problème ne vient pas, amha, du côté laborieux des entretiens de Murielle Joudet, mais du "à propos" des entretiens eux-mêmes. Premier : Rohmer. Deuxième : Desplechin. Là, 90 mn pour savoir si on doit choisir entre Kechiche et Bozon, ce qui est un peu surréaliste. Le problème est là : il n'y a pas à choisir entre Kechiche et Bozon, pas plus qu'entre la peste et le choléra. Pour le moment "Dans le film" semble se complaire dans une caricature dans ce qu'est ou que devrait être le cinéma français : une sorte de cliché poujadiste au deuxième degré du "cinéma d'auteur" (la cata "naturaliste" Kechiche ou le néant Bozon filmé avec les pieds). Parce qu'il faudrait quand même rappeler que le cinéma français, c'est aussi (et surtout peut-être) les grosses comédies lamentables, Besson et ses yes-men, etc ... Faire comme si cela n'existait pas (parce que c'est commercial, impur ou que sais-je encore) et se réfugier dans les minuscules querelles d'un microcosme ne me parait pas très sain.
C'est le problème de fond de "dans le film" : de quels films parle-t-on ? Va-t-on sempiternellement tourner autour du cinéma-d'auteur-français (tm) (je pressens bien Rivette pour le n°4) ? Va-t-on s'apercevoir qu'on fait du cinéma hors de France (et que les gens qui font ces films ont des choses à dire ?) ? Va-t-on sortir de cette complaisance fastidieuse et de cette myopie ? (accessoirement apprendre en 90 mn que le réel n'est jamais donné en tant que tel mais doit passer nécessairement par une forme est un peu dérisoire - pontifier sur des évidences est à mon sens non seulement inutile mais contre-productif) ...

Par Lefayot, le 27/07/2014 à 14h02 ( modifié le 27/07/2014 à 14h09 )

@ Jean-Marc FIORESE : Je crains que vous n'ayez pas bien saisi le sens de mon intervention, qui (primo) ne porte pas sur le sens de votre message, ni (deuzio) sur sa syntaxe et dont je suis bien conscient (troizio) qu'elle est "hors sujet", puisqu'à aucun moment, il n'y est question du naturalisme (ni de sa peau, ni de sa chair).
Je ne suis pas non plus professeur de lettres et je n'ai pas fait de longues études. Mais comme j'ai la chance d'être assez vieux, je suis peut-être plus conscient que les jeunes gens de l'évolution du langage. Par exemple, lorsque j'entends Murielle Judet prononcer le mot "auto-fictionnel" (dans l'émission Desplechin), je ne peux pas m'empêcher de me demander si ce mot existait il y trente ans et si, avant son invention qui me parait récente, on n'aurait pas dit "auto-biographique". Et, soit dit en passant, pendant que je me demande si ces deux mots sont synonymes, je perds le fil de la conversation ...:o). Les discours devraient être comme les films : dans l'idéal on devrait pouvoir en saisir la substance sans être distrait par la forme. Une étrangeté dans le discours est un élément perturbateur, comme l'est l'instabilité de l'image ("qui bouge" pour reprendre l'expression de Marcos Uzal) lorsque la caméra est tenue à l'épaule.
Mais tout cela n'est pas bien grave et je vous remercie de m'avoir répondu.

Par Papriko, le 27/07/2014 à 13h20 ( modifié le 27/07/2014 à 14h02 )

@ Papriko : Je ne suis ni professeur de français ni de lettres classiques, je ne saurais donc dire si ma syntaxe est correcte en regard des règles de la langue ou de ses origines. Je n'avais pas remarqué que cette formulation était une "vogue" contemporaine. Je peux vous dire que cette formulation est volontaire et a un sens. Elle ne répond pas d'une mode. Je m'explique :

Dans votre proposition "les questions ne sont ni superficielles ni standardisées" rien ne préexiste. Dans son sens strict on ne peut pas conclure qu'il existe des questions superficielles ou standardisées auxquelles échapperaient les questions posées. Ainsi dans votre proposition l'appréciation des questions posées est décontextualisée.

Dans ma formulation, "tant les questions que les réponses ne sont pas dans la superficialité ni dans le standardisé" je suppose que la superficialité et la standardisation sont les défauts majeurs des médias actuels, que c'est un fait préexistant auquel échappent les questions et les réponses formulées dans cette émission (et celles de Hors Série par extension). Ainsi par cette formulation – qui tient en une phrase – je contextualise mon appréciation et lui donne plus de poids. On comprend ipso facto que l'émission proposée sort du lot. C'est d'ailleurs ce qu'a compris Gomine avant votre intervention.

Maintenant, j'étais un cancre en français à l'école que j'ai quittée bien trop tôt. J'admets donc que ma syntaxe puisse se laisser aller à des modes peu académiques et qu'il existe d'autres formulations plus à propos pour exprimer l'idée que j'ai évoquée.

Cela dit, le sujet de cette émission n'est ni ma syntaxe ni votre savoir. Je ne dirai donc pas que vous êtes "dans le hors sujet" mais que votre intervention est hors sujet. Je vous le dis aimablement pour faire de l'humour à contre pied.

Par Jean-Marc FIORESE, le 27/07/2014 à 11h08 ( modifié le 27/07/2014 à 11h10 )

@ Jean-Marc Fiorese : Vous écrivez : "...tant les questions que les réponses ne sont pas dans la superficialité ni dans le standardisé".
Pardonnez-moi de jouer les profs de rédac, mais votre phrase aurait été plus simple et tout aussi claire si vous aviez écrit "les questions ne sont ni superficielles ni standardisées".
Tout ça pour dire que cette vogue de la formule "être dans..." (dans le déni, dans le questionnement, etc...) est fichtrement agaçante. J'espère, avant de mourir, arriver à comprendre le mécanisme de ces étranges modes.
Ma remarque ne s'adresse pas à vous, en réalité. Mais, comme je le dis par ailleurs, je n'aime pas critiquer les collaborateurs d'@si et de Hors-Série...
PS : une supplique à ceux qui me diront que je pinaille: dites-moi "Vous pinaillez" plutôt que "Vous êtes dans le pinaillage". D'avance, merci.

Par Papriko, le 27/07/2014 à 08h23 ( modifié le 27/07/2014 à 10h42 )

Effectivement, il y a ici quelque chose de neuf qui s'invente et cela est précieux.

Par gomine, le 27/07/2014 à 00h26

@ Cyril : c'est le propre de ce qui n'est pas du divertissement : parfois il faut demander soit à celui qui interroge de reposer sa question, soit à celui qui répond de répéter car nous ne sommes pas dans leur tête et tant les questions que les réponses ne sont pas dans la superficialité ni dans le standardisé. Moi aussi j'ai parfois du mal à suivre surtout si quelque chose m'a échappé. Mais l'avantage du différé c'est qu'on peut revenir en arrière. Sinon pour le divertissement intello il y a Frédéric Mitterrand qu'on peut écouter sans peine en se concentrant sur autre chose (ne le prenez pas pour vous)... Ce n'est pas le cas ici où l'invité n'est pas le centre de l'émission ni l'animatrice mais bien le sujet traité et uniquement lui ce qui demande un effort plus important de la part de celui qui écoute et qui ne peut pas intervenir.

En tout cas encore merci pour nous avoir fait partager une nouvelle vision de l'une des innombrables facettes du cinéma qui apporte de la matière à réfléchir au delà de cet art. Pour moi dans ma pratique de la photographie et la manière de traduire ce que je cherche à montrer ces émissions (pas seulement celles de Murielle mais celles de Hors Serie en général) m'apportent beaucoup dans la mesure où elles me permettent de me poser des questions sur ce que je crois être vrai dans ce que j'affirme à travers mes images.

Par Jean-Marc FIORESE, le 26/07/2014 à 20h11 ( modifié le 26/07/2014 à 20h16 )

Ne soyez pas désolé : Murielle est la première à se critiquer après chaque entretien ! Elle fait ses armes, débute dans l'entretien filmé, et nous lui faisons une confiance totale pour la suite. C'est un exercice difficile qui demande du métier et de l'aplomb : donnons lui le temps de s'y épanouir. En l'état, c'est déjà tellement stimulant : elle choisit les thèmes, les invités, les problématiques, et parvient toujours à tirer le meilleur de ses invités (et souvent, de l'inédit) ; c'est le signe du talent, et la promesse de superbes réussites pour l'avenir. Et puis : vive la jeunesse, quoi !

Par Judith, le 26/07/2014 à 19h51

Bonjour,

Je suis désolé d'être un peu désobligeant mais j'avoue avoir beaucoup de mal à suivre les entretiens de Murielle Joudet : les questions sont laborieuses et il en ressort quelque chose de pénible à suivre.
Peut-être est-ce un manque de confiance, je ne sais...
Peut-être qu'au fur et à mesure des entretiens, mes impressions seront différentes.

Cyril.

Par Klérian, le 26/07/2014 à 19h15