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commentaire(s) publié(s) par Jean-Marc FIORESE

8 commentaires postés

17/02/2018 - Dans le Texte - La politique des tuyaux

Bonjour,

Dans cette excellente vidéo (comme d'hab ) il est évoqué les politiques de déréglementation et de privatisation des télécommunications imposées dès 1994 par l'Union Européenne à travers des directives que les États membres de l'UE avaient pour obligation de transposer dans leur droit nationaux.

J'ajouterai une information essentielle qui replace l'origine de cette politique de privatisation non pas au niveau de l'Union Européenne mais pire encore puisque l'origine est l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) créée justement en 1994 lors des accords de Marrakech impliquant 125 États à travers le monde, l'Union Européenne comptant pour un agissant au nom de ses États membres (12 à l'époque).

La création de cette institution est le pur produit des intentions libérales d'abolir tout interventionnisme de l'État dans les échanges commerciaux et de faire entrer dans la sphère commerciale et de la concurrence le maximum d'activités à travers l'abolition des monopoles publics dont notamment celui des télécommunications dans de nombreux pays comme la France. L'accord fondateur de cette institution internationale s'appelle l'AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services). C'est un pavé de plus de 1000 pages (avec ses annexes) définissant tout ce qui doit être privatiser, tout ce qui doit être déréglementé et tous les monopoles publics (et non pas privés) qui doivent être abolis au profit exclusif de la sphère privée. Cet accord est un accord progressif à travers des "rounds de négociations" à espaces réguliers dans le temps en fonction des avancées dans la réalisation des exigences qu'il contient. Lors de ces "rounds de négociations" étaient définis des calendriers de réalisation de ces exigences mais aussi y étaient ajoutés des secteurs d'activité entrant dans son champs d'application en fonction des évolutions technologiques et économiques.

Ce qu'il faut savoir c'est que la création de l'OMC n'a été possible que par la ratification de l'AGCS par les États en présence dont l'Union Européenne agissant au nom de ses États membres étant précisé que pour l'Union Européenne c'était le Commissaire Européen au commerce qui avait mandat de ratifier et que ce mandat lui a été donné par la Commission Européenne sans que le Parlement Européen ne puisse intervenir. Il le pouvait d'autant moins qu'il n'était pas informé ni de ce mandat ni même de la création en cours de l'OMC et de son texte l'AGCS. Le contenu de ce texte et le contenu des "rounds de négociations" pour lesquels c'était toujours le Commissaire européen au commerce qui avait mandat pour l'UE sont restés secrets et il aura fallu attendre l'année 2000 pour que cet accord et son contenu fuitent et soient portés à la connaissance du milieu altermondialiste à travers le monde entier qui s'est bien évidemment empressé de sonner l'alerte antidémocratique. En France c'est l'association Attac qui s'en est chargé.

C'est alors que s'est engagé un rapport de force considérable entre ces associations altermondialistes agissant en réseau d'un coté et l'OMC au coté de la Commission Européenne nous concernant en France de l'autre. Ce rapport de force a abouti à l'abandon des "Rounds de négociations" vers 2006-2008 mais le ver était déjà bien installé dans le fruit et y a même pondu de nombreux oeufs. Ces oeufs sont actuellement en train d'éclore au sein de l'Union Européenne sous les noms de TAFTA (Accords de libres échanges avec les USA), CETA (avec le Canada), JEFTA (avec le Japon). Et comme vous le savez ces différents accords de libre échange font actuellement l'objet de très fortes contestations de la part de ce même monde altermondialiste qui dénonce toujours leur caractère antidémocratique puisque les négociations se font toujours entre personnels d'institutions non élues, les parlements y compris ceux de l'Union Européenne et de la France nous concernant étant toujours écartés non seulement des négociations mais aussi de leurs contenus et des textes qui restent secrets.

Pour en revenir au sujet. La privatisation des télécommunications en France émane certes d'une directive européenne mais son origine est l'AGCS qui en avait fait une priorité absolue à mettre en oeuvre immédiatement dans tous les États signataires dès la création de l'OMC, en 1994 donc.

toutes ces précisions sont importantes pour que le public ne se trompe pas. Cela s'est fait de façon totalement antidémocratique et il ne faut surtout pas croire que cela ait été avalisé par le parlement européen puisqu'il en a été tenu à l'écart par la Commission Européenne dont le Président et les Commissaires ne sont pas issus d'élections démocratiques. Ici il est question des télécommunications (et donc d'Internet) mais ce sont tous les services publics qui sont affectés par l'AGCS et désormais ses rejetons précités.

Que faire ? S'informer d'abord pour bien comprendre tout cela. L'association Attac regorge d'une documentation très abondante sur ces sujets, ce n'est pas pour rien que les multinationales tentent de la faire taire ainsi que d'autres associations du même niveau d'expertise dans les autres pays. En ce moment c'est Apple (tiens, tiens) qui s'en prend à Attac devant les tribunaux. Ensuite il nous appartient de répondre aux mobilisations auxquelles ces associations nous appellent et surtout ne jamais se dire « on n'y peut rien ». Si ! on peut !

posté le 17/02/2018 à 19h43

23/05/2015 - Aux Ressources - Economie: l'offensive mainstream

Cet écrasement venant de l'orthodoxie économique ne vient-elle pas en premier lieu de l'inversion des rôles entre le droit et l'économie ? Autrement dit ne sommes nous pas passé de l'idée que le droit est la fin et l'économie le moyen à l'idée que l'économie est la fin et le droit le moyen ? Autrement dit encore, une inversion de la servitude étant précisé que le droit c'est ce qui définit l'humain ? Mon intervention n'est probablement pas du niveau universitaire mais tout de même j'ai en tête qu'historiquement ce qui distinguait le droit français – qui en a inspiré d'autres – du droit anglo-saxon c'est une doctrine qui est au coeur de la relation des hommes entre eux sur tous les plans y compris économique à savoir que la liberté est relative et non pas absolue. Cette doctrine a conduit à la notion d'abus de droit à la fin du 19ème siècle et que les anglo-saxons ignorent totalement : la liberté de chacun s'arrête là ou commence celle de l'autre. Or je constate avec beaucoup d'agacement que notre droit si riche s'érode et s’appauvrit considérablement pour épouser les dogmes anglo-saxons voulant que la liberté doit être la plus absolue que possible et que la notion d'abus de droit est une notion de looser. Dans ce contexte, je ne suis pas étonné que l'hétérodoxie économique plus encline à penser l'économie selon des intérêts collectifs et plus à même d'introduire la notion d'abus de droit soit perçue comme une vision économique de looser et donc écartée.
Sinon l'émission est intéressante même si parfois c'est un peu confus.

posté le 23/05/2015 à 22h44 ( modifié le 23/05/2015 à 22h47 )

16/08/2014 - Dans le Texte - Médias contre médias

En préalable je vous invite à écouter et regarder (ordre chronologique non obligatoire):

- Michel Serres et les horreurs du "présentiel" (Dans le Texte à propos du livre "Petite Poucette" - 13 juin 2012):
http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5014

- Michel Serres L'Ecole dans le monde qui vient (Riposte France Culture - 8 Décembre 2012) :
http://www.franceculture.fr/emission-repliques-l-ecole-dans-le-monde-qui-vient-2012-12-08

- L'innovation et le numérique (Conférence de Michel Serres - 29 janvier 2013) :
http://plus.franceculture.fr/l-innovation-et-le-numerique-par-michel-serres

Alors ça fait beaucoup de Michel Serres direz-vous. Certes ! Mais voilà un bonhomme de 84 ans plus enthousiaste que les plus jeunes auxquels il s'adresse à propos du "nouveau monde" et des nouveaux médias à travers la révolution numérique.

Je vous passe les discussions de ces deux débats et de cette conférence pour vous laisser les apprécier vous même. Juste peut-être vous suggérer d'en retenir quelques points qui me semblent clés et en totale relation avec cette émission "Média contre média".

Il est clair qu'à travers l'innovation numérique (également évoquée dans cette émission) nous vivons une révolution culturelle affectant non seulement notre façon d'appréhender et d'analyser l'information mais aussi notre rapport au droit et à la chose politique et que cette révolution porte en elle des enjeux colossaux dépassant largement les enjeux commerciaux même si l'innovation a aujourd'hui un caractère presque exclusivement économique. Je vous laisse vous référer aux émissions proposées pour avoir, entre autre, un aperçu historique des révolutions semblables qui ont eu lieu dans le passé.

Le point clé crucial soulevé par Michel Serres est sans doute notre rapport à cette révolution. Elle est déjà en cours depuis le milieu des années 80 avec une évolution exponentielle de sorte qu'elle s'accélère à un rythme démentiel aujourd'hui. Notre rapport à l'innovation numérique définit notre rapport avec nos enfants et/ou petits enfants, ce que nous souhaitons leur transmettre. Nous sommes nés (pour la plupart d'entre nous ici je pense) dans un autre monde que celui qui se façonne aujourd'hui, nous sommes de l'ancien monde, nos enfants et/ou petits enfants (Petite Poucette) sont du nouveau monde. Comment pouvons nous être capables de transmettre nos valeurs à Petite Poucette en suscitant chez elle l'appétit de cette transmission autrement qu'en comprenant son monde ? C'est la question centrale de Michel Serres. Comprendre son monde, l'accepter c'est tout d'abord accepter que Petite Poucette existe en dehors de notre vieux monde (ce n'est pas nouveau) et c'est aussi lui faire accepter que nous souhaitions y entrer en y adaptant nos valeurs pour pouvoir les lui transmettre, pour qu'elle puisse les accueillir avec envie et, pourquoi pas, être mieux armée dans son monde.

Mais comprendre ce nouveau monde et comprendre comment y évoluent nos enfants c'est aussi empêcher qu'ils nous échappent totalement. C'est pouvoir avoir un oeil alerte et bienveillant sur eux plutôt qu'un oeil à la tendance totalitaire. Tendance totalitaire... justement celle des médias de notre ancien monde entre les mains de grands groupes financiers. Ah tiens ! et si justement comprendre ce nouveau monde et très vite, faire de nos enfants nos meilleurs alliés parce qu'il y sont plus à l'aise que nous ne serait-ce pas le moyen de nous emparer de ces nouveaux médias numériques avant que les vieux croutons du vieux monde médiatique ne se refassent une jeunesse ? Ne serait-ce pas le moyen de faire mourir définitivement les Elkabbach et autres Duhamel ? Essayer de le comprendre en étant les alliés de nos enfants qui cherchent à s'en emparer ne serait-pas le moyen de déposséder les puissants de l'outil qu'ils ont mis eux-mêmes en place et mettre l'innovation à notre profit et non pas au profit exclusif de la finance ?

Questions très naïves, peut-être. Mais je ne me résigne pas à mon scepticisme et par ailleurs le sentiment de retrait de Clément Sénéchal dans cette émission, sentiment que j'ai eu aussi, ne vient-il pas du fait qu'il appartient tout entier à ce nouveau monde puisqu'il est y né en même temps que lui tandis qu'à l'inverse Judith, même toujours jeune, est née avant ce nouveau monde, en dehors de lui et que dans cette émission elle semblait très sceptique sur la question touchant à cette révolution numérique ? Scepticisme auquel Clément Sénéchal ne pouvait probablement pas répondre puisque ce scepticisme vient d'un monde qu'il ne connait pas et probablement perçu comme une porte fermée que sa jeunesse et sa modestie lui ont interdit de fracturer. En écoutant Michel Serres qui cherche à comprendre ce nouveau monde – presque à croire qu'il y est né – vous vous apercevrez que, confronté au scepticisme de ses interlocuteurs, il n'hésite pas à fracturer avec force la porte qui se ferme. Alain Finkielkraut et Judith en ont fait les frais dans leurs émissions respectives.

Bon visionnage et bonne écoute.

posté le 19/08/2014 à 22h42 ( modifié le 19/08/2014 à 22h49 )

16/08/2014 - Dans le Texte - Médias contre médias

Allez va, pour faire plaisir à Gynko :

- Purée c'est quoi cette carabistouille machiste ?! Pas une femme sur dix émissions ! C'est un complot !

Ca va Gynko, ça vous plait comme ça ? :)

posté le 18/08/2014 à 13h37

26/07/2014 - Dans Le Film - Qui veut la peau du naturalisme ?

Merci Gomine.

Parfois quand on exprime un point de vue et qu'on lit ceux – souvent péremptoires – d'autres on se demande si on n'est pas le neuneu naïf de service ou l'idiot du village. Merci Gomine de démentir cette impression.

J'abonde dans votre sens. C'est une occasion pour renouveler ma satisfaction. Après avoir vu les trois émissions de Murielle et les autres du quatuor, je me suis intéressé à des films (d'auteurs non évoqués dans ces émissions) que je n'aurais jamais regardés sans cela, en raison d'a priori que ces émissions ont mis en pièces sans pour autant me dicter ce que je dois penser mais en me forçant à m'interroger et à visiter ce que finalement je ne connaissais pas.

Et n'oublions pas une chose : tout est perfectible mais la recherche de la perfection n'est-elle pas l'ennemi du bien ?

posté le 27/07/2014 à 22h21 ( modifié le 27/07/2014 à 22h23 )

26/07/2014 - Dans Le Film - Qui veut la peau du naturalisme ?

@ Papriko : Je ne suis ni professeur de français ni de lettres classiques, je ne saurais donc dire si ma syntaxe est correcte en regard des règles de la langue ou de ses origines. Je n'avais pas remarqué que cette formulation était une "vogue" contemporaine. Je peux vous dire que cette formulation est volontaire et a un sens. Elle ne répond pas d'une mode. Je m'explique :

Dans votre proposition "les questions ne sont ni superficielles ni standardisées" rien ne préexiste. Dans son sens strict on ne peut pas conclure qu'il existe des questions superficielles ou standardisées auxquelles échapperaient les questions posées. Ainsi dans votre proposition l'appréciation des questions posées est décontextualisée.

Dans ma formulation, "tant les questions que les réponses ne sont pas dans la superficialité ni dans le standardisé" je suppose que la superficialité et la standardisation sont les défauts majeurs des médias actuels, que c'est un fait préexistant auquel échappent les questions et les réponses formulées dans cette émission (et celles de Hors Série par extension). Ainsi par cette formulation – qui tient en une phrase – je contextualise mon appréciation et lui donne plus de poids. On comprend ipso facto que l'émission proposée sort du lot. C'est d'ailleurs ce qu'a compris Gomine avant votre intervention.

Maintenant, j'étais un cancre en français à l'école que j'ai quittée bien trop tôt. J'admets donc que ma syntaxe puisse se laisser aller à des modes peu académiques et qu'il existe d'autres formulations plus à propos pour exprimer l'idée que j'ai évoquée.

Cela dit, le sujet de cette émission n'est ni ma syntaxe ni votre savoir. Je ne dirai donc pas que vous êtes "dans le hors sujet" mais que votre intervention est hors sujet. Je vous le dis aimablement pour faire de l'humour à contre pied.

posté le 27/07/2014 à 11h08 ( modifié le 27/07/2014 à 11h10 )

26/07/2014 - Dans Le Film - Qui veut la peau du naturalisme ?

@ Cyril : c'est le propre de ce qui n'est pas du divertissement : parfois il faut demander soit à celui qui interroge de reposer sa question, soit à celui qui répond de répéter car nous ne sommes pas dans leur tête et tant les questions que les réponses ne sont pas dans la superficialité ni dans le standardisé. Moi aussi j'ai parfois du mal à suivre surtout si quelque chose m'a échappé. Mais l'avantage du différé c'est qu'on peut revenir en arrière. Sinon pour le divertissement intello il y a Frédéric Mitterrand qu'on peut écouter sans peine en se concentrant sur autre chose (ne le prenez pas pour vous)... Ce n'est pas le cas ici où l'invité n'est pas le centre de l'émission ni l'animatrice mais bien le sujet traité et uniquement lui ce qui demande un effort plus important de la part de celui qui écoute et qui ne peut pas intervenir.

En tout cas encore merci pour nous avoir fait partager une nouvelle vision de l'une des innombrables facettes du cinéma qui apporte de la matière à réfléchir au delà de cet art. Pour moi dans ma pratique de la photographie et la manière de traduire ce que je cherche à montrer ces émissions (pas seulement celles de Murielle mais celles de Hors Serie en général) m'apportent beaucoup dans la mesure où elles me permettent de me poser des questions sur ce que je crois être vrai dans ce que j'affirme à travers mes images.

posté le 26/07/2014 à 20h11 ( modifié le 26/07/2014 à 20h16 )

19/07/2014 - Aux Sources - La démocratie contre la presse

Je pense que Jacques Bouveresse n'a pas compris l'une des dernières questions de Maja – dont il est vrai que la formulation était très alambiquée mais néanmoins compréhensible – à savoir (à 1:26 dans la vidéo) : est-ce que les gens vivant dans un régime de dictature ou totalitaire sont moins manipulables par la presse (médias) ou, dis autrement, plus immunisés contre la propagande véhiculée par la presse que dans les pays dis démocratiques sachant qu'ils sont bien conscients que cette presse est totalement aux mains du pouvoir qui les oppresse alors que dans les pays dis démocratiques on la tient pour largement plus indépendante ?

Telle était la question de Maja et même si elle a eu raison de laisser J. Bouveresse partir sur une autre question (celle qu'il a cru comprendre) de l’immunisation de la presse contre le contrôle du pouvoir politique, Maja aurait dû le relancer sur sa question initiale car elle est très intéressante et soulève quantité de problématiques notamment la soumission au pouvoir malgré soi quoi qu'il arrive par le biais des médias de masse par exemple et de la loi du nombre (la meute) dont chacun de nous a expérimenté au moins une fois les effets dès sa plus tendre enfance dans la cour de récréation de l'école soit en tant que victime solitaire et sans défense d'une injustice collective soit en tant que participant à cette injustice collective contre un petit camarade sans défense.

En tout cas merci pour cette émission bien menée qui ouvre des portes aux profanes en toute simplicité et qui donne envie de les franchir.

posté le 20/07/2014 à 12h06 ( modifié le 20/07/2014 à 12h18 )