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Le sionisme, une histoire européenne
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À en croire les soutiens inconditionnels de l’État d’Israël, les crimes commis à Gaza, en Cisjordanie et au Liban constitueraient une trahison de la promesse sioniste. Et Netanyahou, Ben Gvir ou Smotrich en seraient les fossoyeurs. Le pays serait alors pris en otage par ce ramassis de personnages cyniques, cruels et fanatisés. La société civile serait, de son côté, unanimement opposée à la guerre et aux dévastations menées par une armée toujours considérée dans le pays comme la « plus morale du monde ». Voilà pour la fable.
En réalité, à y regarder de plus près, le génocide des Palestiniens s’inscrit logiquement dans la continuité du nettoyage ethnique de 1948, de la colonisation et de l’occupation, et d’un régime d’apartheid plaçant les non-Juifs dans la zone du « non-être ».
Cette annihilation de l’Autre, dont l’extermination des gazaouis est l’expression paroxystique, puise ses origines dans l’idéologie mortifère que constitue le sionisme. Né au cœur de l’Europe du XIXème, le sionisme est historiquement et philosophiquement situé. Il est un produit de son temps, celui où l’on théorisait la hiérarchisation des races, où l’on exaltait les expéditions coloniales, où l’eugénisme et le darwinisme social guidaient la pensée et la conduite des Etats.
Parallèlement, et aussi paradoxal que cela puisse paraitre, le sionisme n’est pas l’ennemi de l’antisémitisme mais en est au contraire l’image inversée. Ainsi lorsque Lord Balfour promet la création d’un « foyer national juif » en Palestine, il cherche en réalité à se débarrasser des milliers d’immigrants Juifs présents en Grande Bretagne, tout en s’assurant le contrôle d’un territoire géopolitiquement stratégique. De même, Theodor Herzl n’hésite pas à reprendre et alimenter les pires clichés antisémites, faisant des Juifs des êtres « sales », « inassimilables », « arriérés » tout en exploitant leur détresse face aux pogroms, afin de mieux justifier le projet de création d’un État. Aujourd’hui, ce sont les sionistes chrétiens autour de Donald Trump qui s’érigent en grand défenseurs de l’État d’Israël. Là aussi, l’antisémitisme de ces évangélistes est latent : derrière la défense d’Israël se cache une prophétie mystico-religieuse soutenant que la présence juive en Palestine précipitera le retour du Messie et les convertira au christianisme.
Et pourtant, d’hier à aujourd’hui, des voix se sont élevées pour affirmer leur opposition à ce suicide collectif qui conduit les Juifs vers l’abîme. Qu’elles viennent de l’élite juive libérale comme le ministre Edwin Samuel Montagu, farouche adversaire de la déclaration de Balfour, ou qu’elles soient celles des révolutionnaires du Bund choisissant la voie de l’internationalisme révolutionnaire, elles expriment un antisionisme qui est avant tout une histoire d’hommes et de femmes juives. Et qui mieux que notre invitée, Sonia Dayan-Herzbrun, qui a fui l’Europe et le nazisme à seulement trois ans, peut témoigner de cet héritage religieux, philosophique, culturel et politique d’une richesse insoupçonnable ?
Tarik BOUAFIA
Pour prolonger
- Sionisme, doctrine meurtrière (Aux sources avec Gilbert ACHCAR, septembre 2025)
- La gauche sioniste au secours d’Israël (Aux sources avec Aymeric CARON et Eyal SIVAN, juillet 2025)
- Israël contre les Juifs (Aux sources avec Eyal SIVAN, février 2024)
- La fin de la modernité juive (Aux sources avec Enzo TRAVERSO, décembre 2023)
- « Plus jamais ça » (Dans le texte avec Maxime BENATOUIL et Houria BOUTELDJA, novembre 2024)
- Une parole juive contre le racisme (Dans le texte avec Michèle SIBONY & Dominique NATANSON, janvier 2018)
Une réponse à “Le sionisme, une histoire européenne”
magnifique entretien, merci !

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