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A la conquête de l’État : que peut la FI ?
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On y est presque. A 8 mois du scrutin présidentiel français, le second tour devient accessible, et la victoire n’est plus hors de portée : une politique d’État « insoumise » relève désormais du possible. La formulation en est tellement inédite qu’elle réclame un effort d’imagination. Un État insoumis, ça peut donc se concevoir ? Le livre qui paraît ces jours-ci, L’État et la révolution citoyenne, publié par La dispute et L’institut La Boétie, permet d’en cerner les contours.
D’abord parce que ça s’est déjà vu : des formations politiques porteuses d’un projet de rupture et d’émancipation ont déjà, par le passé, conquis le pouvoir d’État, en France ou ailleurs. Entre autres, le Front Populaire en 1936 en France, l’Unité populaire en 1970 au Chili, Siryza en Grèce en 2015… Mais chacun de ces précédents historiques est associé dans nos mémoires à de cuisantes déconvenues et de tragiques défaites, qu’il faut examiner méthodiquement pour en tirer les leçons. Les historiennes, sociologues, économistes et philosophes qui ont élaboré ce très riche ouvrage s’emploient donc à ne faire l’impasse sur aucun des écueils qui guette le projet insoumis d’une conquête du pouvoir de l’Etat.
On sait déjà devoir s’affronter à un très haut niveau de représailles du capital, national et international : comment s’en prémunir, de quels outils se doter qui nous émancipent de la tutelle des marchés financiers, à quelles conditions l’État peut-il recouvrer sa souveraineté économique ? Hadrien Clouet et Benjamin Lemoine, qui ont tous deux contribué à l’ouvrage, y insistent : les leviers ne manquent pas, qui ne demandent qu’à être restaurés ou édifiés, pour se doter d’un État fort – budgétairement, monétairement. Mais on sait aussi quels redoutables spectres convoque cette figure de « l’État fort » : bureaucratie, autoritarisme, recul démocratique… Rien de bien riant pour l’émancipation populaire qui est tout autant au cœur du projet de la FI.
Il faut donc aussi, simultanément penser, sinon le dépérissement de l’État, du moins son recul, partout où la souveraineté populaire peut reprendre la main. Là encore, un modèle se propose, de chapitre en chapitre, faisant la part belle à la subsidiarité régionale ou communale en matière d’écologie, à l’expression référendaire, à la puissance constituante du peuple, à la puissance économique et politique des travailleurs à qui la gestion de la Sécurité sociale doit être rendue.
Ainsi se dessine au fil des pages l’ambition étatique que la France Insoumise pourrait mettre en œuvre, sur la ligne de crête de ce paradoxe d’un État à la fois fort et faible. Un tel État ne se conçoit pas en dehors de la révolution citoyenne, qui est son concept fondateur et son instance de contrôle perpétuel – « souveraineté populaire permanente », conclut Jean-Luc Mélenchon dans la postface.
Après des siècles de capture de cet outil suprême par les classes dominantes, capture de plus en plus disputée par des batailles sociales récurrentes s’échinant à le mettre au service de l’intérêt général, l’heure arrive, sans doute : l’urgence écologique n’a jamais été si manifeste, la planète ne peut plus attendre, ni surtout les vivants sur elle, dont le capitalisme aura la peau si l’on n’y fait barrage. Le rendez-vous 2027 est historique, toutes les gauches du monde nous regardent et chacun sent, en France, qu’une bascule décisive peut s’y opérer – entre socialisme et barbarie, comme disait l’autre – entre le capital et la vie, comme on l’éprouve désormais, dans un frisson fait de hâte et d’inquiétude.
Judith BERNARD
Pour prolonger
4 réponses à “A la conquête de l’État : que peut la FI ?”
Cette émission m’a passionné et …réjoui ! Dans sa totalité, mais davantage encore à partir du moment où il s’est agit de la Sécurité Sociale, de son extension à d’autres domaines comme l’alimentation, les obsèques, et sa reprise en main par les travailleurs eux-mêmes. Nulle-part ailleurs qu’à LFI, on voit à ce point pris en compte, concrètement, les travaux et propositions de B. Friot. Il y a encore à faire, notamment sur le regard porté sur la cotisation, qui ne viennent pas de nos salaires mais de la valeur ajoutée des marchandises ( ce n’est donc pas « j’ai cotisé, j’ai droit » )…mais c’est déjà beaucoup. Dire que ces propositions devraient émaner du PCF ( parti de B. Friot ) alors qu’il en est à des années lumières, avec son nain de jardin de F. Roussel !
Merci Judith, toujours parfaitement au top !Une émission passionnante où l’on apprend beaucoup et qui décrit l’énorme ambition et défi qui attend LFI.
C’est d’une autre tenue que les slogans vides qui servent de projet aux autres formations.
Si seulement une telle émission devenait publique dans quelques semaines!.
Merci encore à Hors Série.Très belle émission, on se reprend à rêver d’un monde meilleur et plus équitable. Il faudra aussi se passer de cette Europe et investir dans la Paix plutôt que la guerre, ce qui passe par la dénonciation et le divorce d’avec l’empire US.
Ne lâchons rien et renversons la table.Il y a peut-être une question de temporalité dans l’impulsion que peut avoir les structures non-étatiques (culture, sports, … ). Toute la société a été abreuvée de concepts néo-libéraux et autoritaires, de soumissions volontaires aussi, depuis des décennies (années 70 et post-83), Il va bien falloir changer les règles du jeu dans un premier temps avant que les bienfaits puissent convaincre de la justesse des mesures. Le risque, c’est de paraitre ou plus précisément d’être taxés d’autoritarisme (liberticide) justement par les classes populaires excités par l’ensemble des média’s qui resteront encore un certain temps dominants. Il va falloir vaincre, oui, mais cela peut être aussi interprété comme un passage en force. J’aurai tendance à être impatient tout de suite, mais le char de l’Etat est une grosse machine qui ne prends pas les virages à 180 ou même seulement 90 degrés comme une « start-up nation ». Il va falloir donner de l’espoir d’avenir meilleur dans le temps. Je pense à la fête de la Fédération de 1790 et aussi à Robespierre encore souvent décrié aujourd’hui y compris par la gauche laïque sur son projet de culte de l’Etre Suprême en 1794. Robespierre avait bien identifié les risques de retournement d’une société civile et des réseaux de proximité dont disposait l’église à ce moment-là.

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