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Théâtre : du service public au self-service

En accès libre

Olivier Neveux

Jean Vilar disait en 1951 que le théâtre devait être un service public, au même titre que le gaz et l'électricité. A l'heure où Fleur Pellerin parle de "moderniser l'exception culturelle" et de "décloisonner" le théâtre public et privé, l'utopie vilarienne est morte et enterrée. Mais par quoi a-t-elle été remplacée? Autrement dit, à quoi ressemble le théâtre public à l'ère du néolibéralisme? Olivier Neveux, professeur d'histoire et d'esthétique du théâtre à l'Université Lyon 2 a quelques idées tranchantes sur la question. L'auteur de Politiques du spectateur, les enjeux du théâtre politique aujourd'hui, montre comment l'intériorisation par l’État, comme par les metteurs en scène, de la logique du marché comme norme universelle produit le plus souvent des effets dépolitisants aussi bien sur les choix de programmation des centres dramatiques que sur l'esthétique des créations.

En accès libre , émission publiée le 15/11/2014
Durée de l'émission : 70 minutes

Commentaires

26 commentaires postés

Vous avez vu ça :
"Mediapart lance dans son studio tout neuf du passage Brulon un nouveau rendez-vous vidéo et long format consacré à la manière dont se fabrique la culture ?"

Par sleepless, le 14/12/2014 à 12h55

Pour les plus curieux, je viens de trouver ces trois "morceaux-choisis" de 15 % (voir aussi les petits textes de présentation des vidéos):

http://creative.arte.tv/fr/labo/15-bruno-meyssat-theatres-du-shaman-morceaux-choisis-1
http://creative.arte.tv/fr/labo/15-bruno-meyssat-theatres-du-shaman-morceaux-choisis-2
http://creative.arte.tv/fr/labo/15-bruno-meyssat-theatres-du-shaman-morceaux-choisis-3

Du coup, je vois bien ce que Judith veut dire quand elle parle de non-problématisation du chaos, problématiser ne semble effectivement pas du tout avoir été la préoccupation de B. Meyssat. ça ressemble à une sorte de voyage halluciné au bout de l'aliénation. Personnellement, ça ne m'a pas du tout déplu (en même temps, je n'ai vu que ces 3 vidéos...), un peu comme une plongée dans le terrier du lapin d'Alice, dont on doit sortir comme on se réveille d'un rêve, avec des impressions aussi fortes que confuses. Je confesse une certaine attirance pour les terriers de lapin d'Alice, mais je vois bien aussi en quoi le voyage peut être refusé ! On ne trouvera aucune problématisation en se laissant tomber dans un terrier, on ne pourra rien mettre en perspective. En même temps, je vois aussi mieux en quoi O. Neveux fait l'éloge de cette pièce qui semble nous inviter à une sorte de non-contrôle (à rebrousse-poil de la pensée managériale dont nous sommes pollués). Toute la question est de savoir si ce non-contrôle produit un théâtre de la capacité comme le pense O. Neveux, ou s'il reconduit au contraire chez le spectateur le sentiment néolibéral de son impuissance comme le pense Judith... J'aurais tendance à penser qu'il nous faut les deux : des pièces du non-contrôle, et des pièces qui "embrochent" (quelle belle image !) le chaos avec de puissantes problématisations !

Par Alexandra, le 26/11/2014 à 22h44 ( modifié le 26/11/2014 à 23h40 )

Ravie de l'invitation que vous avez faite à Olivier Neveux dont je suis un peu le travail depuis quelques années, et ravie de cette émission. Sans rien avoir à redire au travail fait par Laura Raim, je me suis tout de même interrogée sur le choix fait par Hors-série d'un entretien pour la rubrique Aux ressources. Evidemment, il est question du néo-libéralisme et de la façon dont il modèle ou censure le théâtre... mais si je m'interroge, c'est plutôt parce que dans l'équipe d'Hors-série, Judith Bernard est journaliste et artiste de théâtre, nécessairement très au fait du fonctionnement du théâtre public et privé et peut-être qu'elle aurait été plus armée pour titiller Olivier Neveux? Je trouve que les questions de Laura Raim sont passionnantes, parce qu'elles donnent l'occasion à l'invité de formuler les arguments de son livre et de les illustrer; mais finalement l'entretien ne le chatouille pas beaucoup, ne met pas le doigt sur d'éventuelles failles ou impensés de son livre, en particulier sur la question que je vois abordée dans ces commentaires: qu'est-ce qui fait qu'un spectacle problématise et, en cela, est effectivement politique? (si je comprends bien, c'est peut-être là qu'Olivier Neveux prend ses distances avec Rancière). En somme, ce qui me frustre un peu (mais un tout petit peu, encore une fois j'ai beaucoup aimé l'émission), c'est que l'entretien n'aille pas vraiment au-delà de ce sur quoi nous (un "nous" que l'on pourrait discuter...) sommes d'accord, et je me demande si un Dans le texte n'aurait pas pu aller plus loin dans la réflexion.

Par LValérie, le 26/11/2014 à 18h41 ( modifié le 26/11/2014 à 18h52 )

Merci Judith pour votre réponse ! Tout ce que vous dites est très clair, je vois mieux où vous voulez en venir maintenant, et je comprends bien la distinction que vous faites entre donner des solutions et problématiser le chaos. Maintenant, je n'ai plus d'autre choix que d'aller voir 15% (s'il est un jour rejoué) pour que je puisse voir de mes propres yeux l'objet de votre désaccord avec Olivier Neveux. Et merci pour l'info sur Mécanique instable, je viens de regarder un peu de quoi il s'agit, ça donne très envie d'y aller.

Je partage l'enthousiasme de cyrilkenyatta pour la façon dont les débats se déroulent ici (globalement courtoise, même si en effet, il y a des moments où c'est limite... comme si le désaccord ne pouvait pas s'exprimer sans agressivité). C'est la première fois que je fais la démarche de laisser des commentaires sur un site ou de simplement venir lire régulièrement les réactions des abonnés sur les entretiens, que j'ai l'impression que ça a du sens. C'est vrai que ça fait du bien !

Par Alexandra, le 20/11/2014 à 11h41

Pardon d'avance pour cet aparté très personnel...
Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureux d'avoir, avec Hors-Série, trouvé un lieu où participer à ce genre de débat et de façon généralement sereine et courtoise entre interlocuteurs ! Ca fait un bien fou :-)
Merci encore à Judith, Maya, Laura, Murielle... et Raphaël, of course !

Par cyrilkenyatta, le 20/11/2014 à 09h40

Encore un exemple de "résonance" entre entretiens d'Hors-Série ?... Et si, finalement, cette différence de perception d'une même oeuvre (le désormais presque mythique "15%", dont je n'avais jamais entendu parler auparavant !) entre deux personnes qui semblent pourtant partager des attentes assez comparables du théâtre (Judith et Olivier Neveux, donc) ne faisait qu'illustrer la pensée de... Laurent Jullier ?!?
J'ai l'impression que cette différence de perception entre Judith et Neveux est surtout d'ordre "esthétique", liée à la forme théâtrale adoptée par Bruno Meyssat, et renvoie donc, inévitablement, à des inclinations personnelles vers tel ou tel type de théâtre (fonctionne aussi avec : roman, cinéma, peinture, musique, etc.).
C'est vraiment l'impression que me donne Olivier Neveux (ce qui n'est NULLEMENT une critique de ma part) lorsque Laura lui demande son avis sur telle ou telle pièce. Laura attend plutôt un avis "politique" (me semble-t-il) mais Neveux ne peut pas s'empêcher de faire part d'un avis largement "esthétique" et purement personnel. Car, lui comme n'importe qui, ne peut pas faire autrement...

Par cyrilkenyatta, le 20/11/2014 à 09h36

Bravo !

On retrouve de plus en plus de résonances entre les différents entretiens du site, les pensées se croisent, se complètent, s'entrechoquent : ça bouillonne !

En particulier, il me semble vivement recommandé à celles et ceux qui ont aimé l'entretien de visionner ceux avec François Chevalier et Jacques Rancière.

Pour ce qui est du Capital et son singe, je comprends ce veut dire Olivier Neveux quand il parle de connivence narcissique. Néanmoins, la pièce a nourri des réflexions intéressantes, comme dans l'entretien de Judith avec Albert Ogien par exemple.

Par MSC, le 20/11/2014 à 00h02

Ne vous excusez pas, Alexandraaa, c'est très stimulant. Votre longue méditation me donne l'occasion d'approfondir ma propre réflexion. Je n'attends pas des spectacles, ni des oeuvres en général, qu'ils règlent des problèmes ou qu'ils donnent les clefs (les solutions ; je ne parlais que des clefs de métaphores scéniques, pas des clefs de compréhension du monde).
Chaque oeuvre est, au fond, d'une manière ou d'une autre, une reprise du chaos du monde, et bien sûr elle donne à voir le désordre, l'égarement, le désarroi. Ceci ne me pose aucun problème (une oeuvre qui nieraient ces données constitutives de notre époque me paraîtrait d'ailleurs, je crois, hautement suspecte). Mais je fais une différence entre les oeuvres qui livrent le chaos "tel quel" - oeuvres que j'appelle post-modernes au sens où leur forme même est chaotique, inintelligible, succession de vignettes non reliées entre elles, métaphores qui n'en sont plus lorsque personne ne peut saisir ce dont elles sont la métaphore - et les oeuvres qui PROBLÉMATISENT le chaos. Ça ne veut pas dire qu'on règle les problèmes ou qu'on donne les clefs : ça veut dire qu'on se saisit du chaos avec un regard, une perspective, on l'embroche avec une problématisation. Lordon, que vous citez, dans Capitalisme, désir et servitude, il ne résout pas les énigmes, il ne donne pas les clefs, il ne bâtit pas des solutions toutes prêtes ; il problématise notre aliénation sous le double paradigme marxien et spinoziste. Et mon spectacle, dans son prolongement, travaille à approfondir cette perspective : l'angle Alpha, ce n'est pas une solution. C'est une manière de problématiser notre rapport au salariat, et à l'aliénation en général. Dans un autre genre, Mécanique instable, qui joue en ce moment à la Manufacture des abbesses, est intéressant aussi pour ce travail de problématisation de la relation à l'entreprise, sous le motif de la SCOP (c'est moins conceptuel, plus narratif, mais le récit n'empêche nullement de problématiser). Je ne sais pas si ce que je dis est beaucoup plus clair (mais moi, ça m'a aidée de l'écrire ;-) !

Par Judith, le 19/11/2014 à 22h02

@ Judith et cyrilkenyatta

Je n’ai pas vu 15%, donc évidemment, tout ce que je vais écrire aura beaucoup moins de valeur que si je l’avais vu, mais je me lance quand même parce que ce débat est vraiment passionnant et que je pense qu'il dépasse la question de cette pièce.

Ce que j’ai compris de ce que dit O. Neveux à ce propos (j'espère ne pas faire de contre sens), c’est que le metteur en scène ne cherche justement pas à nous "aider" (nous spectateurs) vers " la transformation sociale " (sic cyrilkenyatta), qu'il mise sur notre expérience déjà-là, parce que nous sommes tous, d’une façon ou d’une autre, malmenés par cette époque. Je ne pense pas qu’il s’agisse d’acceptation (c’est un mot terrible, je suis bien d’accord avec vous cyrilkenyatta !) mais plutôt de partir du principe que plutôt que d'expliquer au spectateur ce qu’il sait déjà (que ça va mal, qu’il faut que ça change, etc.) il a voulu lui dire : "je te donne ma vision du monde tel qu’il est, mon but n’est pas de te donner une « clef » (sic Judith). On essaie déjà de t’en donner à droite et à gauche, et puis tu en as sans doute déjà en tête. Tout ce que je veux faire, c’est te parler de ma vision du temps présent ".

Finalement, quand ça va mal, et que vous parlez à un ami (ou qu’il vous parle de ce qui ne va pas), les conseils, c’est utile et important, mais est-ce que ce n’est pas déjà une marque de véritable amitié, de simplement écouter et être entendu sur ce qui ne va pas, avant de vouloir tout régler ? Est-ce que nous ne sommes pas aussi malades du fait que nous voulons « tout régler » absolument, impérativement ? Je sais que ça sonnera comme de la résignation, et pourtant ça n’en est pas. Nous avons bien raison de désirer tout régler, parce que notre présent n’est pas beau à voir, mais pour l’instant, c’est notre présent tel qu’il est. Et si nous voulons qu’il change, peut-être faut-il d’abord le regarder les yeux grands ouverts (et je suis d’accord, ça fait mal à voir). Rien ne nous interdit d’abandonner la lutte. Au contraire même, c’est peut-être là qu’elle commence. Il devrait y avoir de la place pour des œuvres qui pensent la lutte, et pour d’autre qui nous montrent les choses telles qu’elles sont : nous nous sentirions peut-être moins coupables (et donc mieux disposés à nous révolter) en nous rendant compte de l’ampleur du bourbier dans lequel nous sommes, et de la difficulté qu’il y a à s’en sortir.

Du coup, Judith, si vous n’avez pas aimé cette pièce, peut-être est-ce parce que vous avez cette attente de recevoir (en temps que spectatrice) ou de donner (en tant que dramaturge, enseignante, fondatrice de HS) des clefs ? Attente, je le répète, qui est parfaitement légitime, que je partage totalement ! Je me suis abonnée à HS justement pour trouver des clés, je suis ravie d’en recevoir de très belles chaque semaine ! Mais peut-être qu’il y a aussi la place pour des œuvres qui laissent le spectateur s’emparer lui-même des clés qu’il voudra bien y trouver (quitte à ce qu’il n’en trouve pas forcément, ou qu'il les jette à la figure du dramaturge, c’est le risque quand on refuse de se penser comme un guide) ? C’est un peu ce dont il était question lors du débat avec Rancière, non ? « L’instruction, comme la liberté, cela ne se donne pas, cela se prend » (dixit Jacotot de mémoire). On pourrait presque remplacer instruction par "insurrection"... Peut-être que Meyssat ne cherche pas à reconduire « chez les spectateurs le sentiment de leur impuissance », peut-être, Judith que c'est ce que vous y avez vu parce que, face à la noirceur du tableau qu'il vous a présenté, il y a quelque chose qui s'est révolté en vous (et c’est tant mieux !) et qui s'est dit "mais pourquoi il ne me propose pas de solution ?!". Alors que lui ne fait que vous dire « voilà le monde tel que je le vois, ce n’est pas très beau à voir, fais-en le constat avec moi, spectateur » (comme le "Hyppocrite lecteur - mon semblable - mon frère !" de Baudelaire). Ce qui ne signifie pas « résigne-toi » : peut-être que certains spectateurs ce sont dit : « enfin quelqu’un qui a vu à quel point le monde est étouffant, ouf, je me sens moins coupable d’être embourbé dans le présent, il y aussi quelqu’un qui voit l’ampleur du problème, ce n’est pas moi qui suis nul, c’est le monde qui ne tourne pas rond ». Est-ce que cette déculpabilisation (dont vous n'avez vraisemblablement pas besoin, mais qui est peut-être nécessaire à d'autre) n’est pas un préalable à l’émancipation ?

On peut voir 15% un soir et le lendemain, lire Friot qui nous explique ce que serait un monde libéré de la contrainte salariale, ou lire Lordon qui nous parlera de l’élargissement de notre angle alpha (je ne vous apprends rien…). Peut-être que vous pourriez recevoir Meyssat sur HS pour en parler ? Et peut-être (surtout !) que je devrais voir sa pièce au lieu d’en parler sans l’avoir vue !

Je m’arrête là, pardon pour cette looooongue tartine, et merci pour toutes les clés que nous donne HS !

Par Alexandra, le 19/11/2014 à 20h01 ( modifié le 19/11/2014 à 20h26 )

Merci pour cette précision, Judith.
A vrai dire, c'est un peu l'impression qu'en donne l'extrait, même si, sans le son, c'est un peu difficile d'en juger complètement.
Mais, du coup, on ne comprend pas très bien qu'Olivier Neveux rejette certaines pièces et en célèbre d'autres alors qu'elles semblent pourtant (si on en juge par votre description) participer de cette même catégorie d'oeuvres artistiques laissant leurs spectateurs à leur sentiment d'"impuissance" et/ou d'incompréhension face au monde qui les entourent...

Je trouve que c'est un très beau sujet pour une future émission (je ne sais pas avec quel(le) interlocuteur/trice...) : en quoi le post-modernisme en art (pour reprendre votre terme et adopter un mot très général et forcément imprécis) participe (ou pas !) de la diffusion d'une vision libérale du monde. Je pense que c'est déjà un peu ce que vous vouliez aborder avec François Chevallier mais cet entretien n'a pas tenu toutes ses promesses (et vous n'en êtes pas la cause ;-)

Tout cela me rappelle cette phrase de Paul Nizan dans "Le Cheval de Troie", qui m'est très chère : "On ne peut vivre qu'au sein d'un mouvement qui accuse le monde. L'acceptation égale la mort". Encore faut-il comprendre un minimum ce monde et n'est-ce pas aussi (voire d'abord ?...) le rôle des artistes de nous y aider (c'est ce que cherchait à faire Nizan, en tout cas) ? Je me dis que nous vivons dans des temps qui ne célèbrent pas tout à fait par hasard "l'art pour l'art" et un regard purement esthétique sur les choses (difficile de ne pas penser à Dans le film...) plutôt que des oeuvres visant, dans la mesure de leurs possibilités, à une transformation sociale.

Par cyrilkenyatta, le 19/11/2014 à 16h25

Pour avoir vu 15% à Avignon, je voudrais nuancer un peu les impressions que Neveux en rapporte ; j'y étais avec un comédien de ma troupe, d'une autre génération (+de 60 ans / fou de théâtre, spectateur assidu d'une foultitude de spectacles depuis des décennies). Nous avons été horripilés par ce spectacle abscons et post-moderne, livrant un monde indéchiffrable, reconduisant donc chez les spectateurs le sentiment de leur impuissance (et c'est pour moi très préoccupant que le théâtre se charge de relayer le fantasme très favorable au néolibéralisme que le monde serait trop complexe pour que nous le comprenions et que nous nous en saisissions autrement que par l'effarement). Des spectateurs (quelques uns) ont quitté la salle pendant le spectacle. Au moment des saluts, un bon tiers de la salle sifflait copieusement, fâché d'être ainsi conduit à subir des expérimentations pénibles (et pénibles apparemment pour les acteurs eux-mêmes, qui exécutent des formes sans joie et sans avoir l'air d'en saisir eux-mêmes les significations) ; métaphores dont nul n'a la clef, et qui ne donne à personne l'intuition de sa capacité, contrairement à cette forme de théâtre que Neveux appelle de ses voeux et qui me paraît en effet désirable.

Par Judith, le 19/11/2014 à 10h36

"...affligeante nullité des socialistes..." dit Neveux pour qualifier la politique culturelle actuelle.
On ne va pas le contredire!
Mais on aimerait aussi de sa part une analyse critique plus explicite des complices de cette dérive qu'il décrit: les metteurs en scènes, les comédiens, les intermittents, les directeurs de compagnies, bref, tous ceux qui "tendent la sébille" pour reprendre une expression d'un ancien ministre de droite et qui ne vivent pas si mal de cette abondance non maîtrisée ( Une pièce toutes les deux heures ! Est-ce bien raisonnable? ).
La marchandisation du théâtre, politique ou non, profite à tout le monde.
Là-dessus, j'aurais aimé quelques questions plus pointues à ce spectateur éclairé et passionnant.

Par felix d, le 18/11/2014 à 19h09

@Laura :
Un extrait "muet" sur les explications d'Olivier Neveux, en effet. Au temps pour moi. Voilà ce que c'est de "regarder" les émissions en se contentant de les écouter la plupart du temps ;-)
Disons que cela donne une idée, mais moins précise que les extraits des pièces de Fabre ou Castellucci...

Par cyrilkenyatta, le 18/11/2014 à 18h51

@Cyrilkenyatta : Regardez bien à 55' il y a un extrait de 15% !
Merci beaucoup en tout cas pour les commentaires encourageants!

Par Laura, le 18/11/2014 à 17h29

Même interrogation que Jacques Chaussepied sur ce que serait un théâtre politique "idéal" pour Olivier Neveux. Et un regret sur l'absence d'un extrait d'une des oeuvres qu'il a citées comme y répondant le mieux. Notamment "15%", dont la description qu'il fait donne envie d'en savoir un peu plus.

C'est mon seul bémol pour un entretien que, comme beaucoup, j'ai trouvé vraiment passionnant et stimulant ! Comme Kyle Butler, j'ai très vite pensé à Franck Lepage, en effet. J'ai la sensation que Lepage et Neveux partagent beaucoup de constats (pas seulement sur le théâtre mais aussi sur la conception "languienne" de la Culture ou sur l'éducation populaire) mais je ne suis pas sûr pour autant que le premier goûte beaucoup les spectacles du second ;-)
Mais j'ai aussi sans cesse pensé à François Chevallier dans la critique que fait Neveux de ces oeuvres "acculant" leurs spectateurs à la désespérance et relayant finalement la logique libérale. On n'est pas très loin non plus de Jean-Claude Michéa et de sa vision du libéralisme culturel au service du libéralisme économique, le rendant acceptable et même séduisant aux yeux de ceux qui en sont a priori les plus rétifs : les artistes eux-mêmes (cf. ce que Neveux dit sur l'acceptation de la logique économique concurrentielle par les acteurs du champ culturel).

Bref, je suis ravi de cette découverte et vais très vite lire ce livre. Merci Laura !

Par cyrilkenyatta, le 18/11/2014 à 17h07

Message reçu Ali Naldy!

Par Laura, le 18/11/2014 à 11h56

Oui! Entretien que j'ai aussi trouvé vraiment passionnant. J'y ai appris plein de choses et j'en aurai bien repris une petite heure!
J'aurai juste une petite doléance pour Laura: pourrait-on avoir, de temps en temps, des entretiens qui nous fassent découvrir des modèles/projets économiques différents, autonomes et émancipateurs (en dehors de Mediapart, @si, HS ou bientôt "là-bas si j'y suis" qu'on commence à bien connaître)? Car j'avoue que je trouve l'émission "Aux ressources" parfois aussi passionnante que déprimante! ;)

Par Ali Naldy, le 17/11/2014 à 19h31

Très intéressante réflexion sur les tendances du théâtre public, les contextes politiques et les conditions de production. Mais si je suis d'accord avec la plupart des assertions d'Olivier Neveux, je ne suis pas très sûr de comprendre quel serait le théâtre politique (mobilisateur, émoustillant, pas pédagogique) qui trouverait grâce à ses yeux, une fois éliminé celui qui crée le doute, celui qui apprend quelque chose, celui qui n'est pas dans la provoc, celui qui n'est pas connivent, celui qui n'est pas brechtien ?

Merci pour la qualité de Hors Série en général !

Par JACQUES CHAUSSEPIED, le 17/11/2014 à 19h02

Merci pour cet entretien passionnant, vraiment. En particulier toute la partie qui concerne le théâtre qui veut "éveiller", "conscientiser", "produire un effet" sur le spectateur et qui, croyant être subversif, reproduit sans s'en rendre compte les logiques néolibérales. On pourrait élargir ces analyses à tellement de domaines. Par ailleurs, je trouve les entretiens justement filmés, même si j'ai du mal à dire pourquoi. Disons que c'est une caméra bienveillante qui, parce qu'elle est proche sans être intrusive ou impudique, traduit toute la communication non parlée des échanges et les rend aussi signifiants à entendre qu'à regarder.

Par Alexandra, le 17/11/2014 à 13h09

Citations de Victor Hugo :

"Ce serait l'heure, pour celui à qui Dieu en aurait donné le génie, de créer tout un théâtre, un THEATRE vaste et simple, un et varié, NATIONAL par l'histoire, POPULAIRE par la vérité, humain, naturel, universel par la passion". Extrait de la préface de Marion Delorme, 1831.
Et dans une note au Conseil d'Etat de 1849 :

"L'État doit installer, à côté des théâtres libres, des théâtres qu'il gouvernera, et où la pensée sociale se fera jour. (...) Vous aurez. ainsi dans les théâtres de l'État, dans les théâtres nationaux, les meilleures pièces, les meilleurs comédiens, les plus beaux spectacles. En même temps, vous, l'État, qui ne spéculez pas, et qui, à la rigueur, en présence d'un grand but de gloire et d'utilité à atteindre, n'êtes pas forcé de gagner de l'argent, vous offrirez au peuple ces magnifiques spectacles au meilleur marché possible. Je voudrais que l'homme du peuple, pour dix sous, fût aussi bien assis au parterre, dans une stalle de velours, que l'homme du monde à l'orchestre, pour dix francs. De même que je voudrais le théâtre grand pour l'idée, je voudrais la salle vaste pour la foule. (...) Que sortirait-il de là ? L'amélioration populaire et la moralisation universelle."

Extraits d'une brochure éditée en 2011 par le TNP - Villeurbanne.

Par Bertrand WOLFF, le 16/11/2014 à 20h57 ( modifié le 16/11/2014 à 20h59 )

le théâtre reflète la société, il est triste de constater qu'il n'échappe pas à la désagrégation générale.
merci pour cette démonstration !

Par morvandiaux, le 16/11/2014 à 18h32

Un panorama intéressant des formes actuelles de theatre. Peut-etre que l'exigence de Neveu, spectateur assidu et critique, le porte a preferer un theatre moins émancipateur ou didactique, qui suggére plus qu'il n'explique. Les conferences gesticulees de Lepage permettent au moins de de mettre a jour la glose creuse institutionnelle. Laura semble assumer ses doutes et conduit un entretien intéressant avec un bon interlocuteur.

Par Catala69, le 15/11/2014 à 22h51

Emission instructive pour quelqu'un qui, comme moi, ne vas pas souvent au théâtre. Laura Raim, me semble-t-il, ne manifeste pas assez ses propres interrogations ce qui donnerait un caractère moins "interview" à ce qui pourrait-être un "entretien".

Par Robert., le 15/11/2014 à 20h10 ( modifié le 15/11/2014 à 20h11 )

@raymond boutou. Merci beaucoup… beaucoup. Et bon week-end.

Par Raphaël, le 15/11/2014 à 19h44

C'est très bien comme à chaque émission depuis le début du site.
Félicitation à toute l'équipe !

Par raymond boutou, le 15/11/2014 à 18h03

"L'histoire des larmes", c'est pas exactement ce à quoi fait référence Lepage quand il parle des artistes qui font pipi sur scène pour de vrai ? Cette émission me fait *beaucoup* penser à lui en tous cas.

(Edit : [après avoir tout vu] ok, le lien avec Lepage n'était pas que dans mon esprit.)

Par Kyle Butler, le 15/11/2014 à 16h47 ( modifié le 15/11/2014 à 17h08 )