J’ai dénoncé la guerre contre l’Iran – La police israélienne m’a battu, arrêté et imposé une fouille à nu.
Mardi soir, je suis allé manifester pour dénoncer l’attaque menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran. Deux heures plus tard, j’étais humilié et fouillé à nu au sein d’un commissariat.
À notre arrivée sur la place Habima de Tel Aviv, des dizaines d’agents de police nous attendaient, prêts à nous disperser pour empêcher la manifestation. Nous étions vingt à refuser le silence imposé face à l’assaut meurtrier déclenché samedi dernier par Israël aux côtés des États-Unis. Nous sommes restés sur la place et avons sorti les écriteaux que nous avions préparés. Quelques secondes plus tard, nous étions violemment attaqués par la police, qui arrachait nos pancartes et nous frappait. J’ai personnellement reçu des coups de pied avant d‘être mis au sol et interpellé.
Jeudi matin, le tribunal auprès duquel j’avais fait appel m’a donné raison. Les cinq jours d’assignation à résidence auxquels j’avais été condamné ont été annulés et le caractère illégal de la fouille a été reconnu. J’ai également déposé plainte auprès du ministère de la Justice, chargé d’enquêter sur les fautes commises par des agents de police ainsi qu’auprès du procureur général par l’intermédiaire de l’Association pour les droits civils en Israël. Je ne me fais cependant aucune illusion quant au fait que cela puisse faire évoluer l’attitude de la police vis-à-vis des manifestants.
Les attaques contre la liberté d’expression ne se limitent pas aux heures passées au commissariat. Je suis étudiant en droit à l’université de Tel Aviv et élu au conseil étudiant. Je suis fier de pouvoir dire que le corps enseignant m’a soutenu dès le début, condamnant publiquement l’attitude de la police et prenant de mes nouvelles. Pour autant, une déclaration dénonçant le soutien exprimé à mon endroit a été publiée par le conseil étudiant, qui avait déjà tenté à plusieurs reprises de m’exclure de l’instance en raison de mes engagements politiques. En tant que militant et étudiant en droit, je suis inquiet que l’avenir du système judiciaire israélien se trouve entre les mains de personnes qui soutiennent des fouilles à nu illégales dès lors qu’elles sont imposées à leurs adversaires politiques.
Mon propre cas n’est pourtant pas le sujet principal. Le sujet, ce sont ces plus de mille civils iraniens tués dans les bombardements depuis samedi, les 170 élèves et enseignants morts suite au bombardement d’une école dans la ville de Minab comme toutes les autres personnes qui paient au prix fort cette folie impérialiste. Le régime iranien est évidemment un régime oppressif, théocratique et fasciste : il emprisonne et assassine des dizaines de milliers d’opposants politiques, opprime brutalement les femmes et les personnes LGBT. Aussi, la majorité des citoyens iraniens vivent dans une pauvreté abjecte. Pour autant, si l’agression en cours est menée au nom de la « libération du peuple iranien », nous savons que l’invasion de l’Iran par une superpuissance étrangère n’aidera personne.
Un regard sur l’histoire nous apprend que les interventions extérieures n’ont jamais aidé les Iraniens. Les intérêts économiques liés au pétrole ont poussé les puissances occidentales à soutenir le Shah, incarnation d’un régime fantoche au service des États-Unis qui réprimait férocement son opposition. Sous son règne, l’économie iranienne était entièrement soumise aux intérêts des actionnaires des compagnies pétrolières britanniques et américaines.
C’est en partie à cause de cela que s’est développée la Révolution islamique et qu’a pu être instauré le régime des ayatollahs, système politique lui aussi oppressif. Que ce soit en Afghanistan, en Irak ou plus récemment au Venezuela, les interventions menées par les États-Unis n’ont jamais eu pour objectif d’améliorer le sort des populations. Dans ces pays, les conditions de vie sont aujourd’hui pires qu’avant l’intervention américaine.
Quiconque conçoit la guerre en cours comme un mal nécessaire pour faire avancer une cause juste doit comprendre que cette guerre ne libérera pas le peuple iranien de l’oppression qu’il subit et qu’elle ne lui apportera ni la liberté ni le respect des droits humains. Si la guerre profite à certains, ce sera uniquement à Trump, Netanyahou ainsi qu’à une poignée de milliardaires qui pourront faire croître leurs profits.
L’invocation par Israël du cassus belli qu’incarnerait la « menace iranienne » sonne tout aussi creux. Les déclarations de Netanyahou décrivant l’Iran comme porteur d’une menace « imminente » n’ont pas varié en trente ans. Les armes nucléaires, même lorsqu’elles sont accessibles, servent essentiellement d’instrument de menace et d’outil politique. Jusqu’à présent, la plus grande démocratie au monde fut la seule puissance suffisamment folle pour l’utiliser.
Depuis sa fondation, l’État d’Israël n’a cessé de jouer la carte de la victimisation, y compris lorsqu’il est comme aujourd’hui à l’origine d’une escalade militaire. Nous devons donc nous tenir à distance des récits fallacieux selon lesquels la sécurité pourrait être assurée par les raids aériens, les bombardements et le déclenchement de nouvelles guerres. Comme nous l’avons déjà observé à Gaza, cette politique ne peut déboucher que sur la destruction, la dévastation et l’acceptation du génocide
Tribune initialement parue en hébreu puis en anglais dans Haaretz.
Itamar GREENBERG

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