Un technofascisme à la française

avec Irénée RÉGNAULD
publiée le
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animée par Manuel CERVERA-MARZAL

Le numérique fut longtemps paré de nombreuses vertus. Internet devait abolir les hiérarchies, démocratiser le savoir et favoriser la transparence. Puis vint l’intelligence artificielle, promise à libérer les salariés des tâches ingrates, à trouver de nouveaux traitements médicaux et, tant qu’à faire, à sauver la planète. L’avenir serait radieux, à condition de faire confiance à ceux qui le fabriquent, pour notre bien, ça va de soi.

Le tableau est aujourd’hui moins plaisant. Derrière les écrans et les algorithmes, nous savons désormais que se trouvent l’extraction des ressources, l’exploitation des ouvrier·es du Sud, l’intensification du travail et les centres de données qui engloutissent des quantités d’eau et d’électricité. Il y a aussi la surveillance des populations, l’automatisation des services publics et la fascination des gouvernants pour une technologie qui ne s’embarrasse ni des lois ni des contre-pouvoirs.

Depuis le retour de Trump au pouvoir, les frasques d’Elon Musk et des oligarques de la Silicon Valley concentrent l’attention. Il serait rassurant de croire que le technofascisme est une spécialité états-unienne, au même titre que les armes en vente libre et les sodas d’un litre. Mais la France a, elle aussi, ses milliardaires réactionnaires, ses entrepreneurs prophétiques et ses intellectuels eugénistes. De Pierre-Édouard Stérin à Laurent Alexandre, d’Olivier Babeau aux promoteurs de la prétendue « souveraineté numérique », un bloc techno-réactionnaire s’organise. Il prospère sur un terreau préparé par vingt années de durcissement sécuritaire et de surveillance numérique.

C’est ce mouvement qu’analyse Irénée Régnauld dans La sommation technologique au temps des catastrophes, publié aux éditions La Fabrique. Sociologue, spécialiste des implications sociales du numérique et cofondateur de l’association technocritique Le Mouton Numérique, il montre comment extrême droite et extrême centre convergent autour d’un même projet : mettre la puissance de l’État au service de l’accumulation capitaliste et la technologie au service de l’ordre. Mais son livre ne se contente pas de tirer sur les technolâtres. Il règle aussi quelques comptes, à gauche, avec une technocritique tentée par le refus en bloc de toute technologie et la nostalgie d’un monde prétendument naturel. On ne combattra pas le technofascisme au moyen d’une écologie réactionnaire, qui s’en prend aux femmes et aux queers, accusées de compromission technophile.

Une fois écartée ces dérives, la question stratégique reste entière. Que faire ? Faut-il dénumériser la société ? Quelles technologies devons-nous abandonner, ralentir, transformer ou conserver ? Comment socialiser les infrastructures numériques ? Comment faire de ces choix, confisqués par les experts, l’affaire de toutes et tous ? Irénée Régnauld plaide pour une « maîtrise démocratique des choix technologiques ». Une proposition pour sortir du face-à-face stérile entre le refus total des technologies (refus impuissant et socialement inacceptable) et l’accompagnement résigné.

Bon visionnage !

Manuel CERVERA-MARZAL

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Durée 73 min.

Une réponse à “Un technofascisme à la française”

  1. HERVE LE ROUX

    En France, la matrice du techno fascisme est née sous les années Giscard, lequel a repris et développé le programme nucléaire de Messmer/Pompidou.
    Le nucléaire civil autorise le culte du secret, exige une sécurité maximale au détriment des libertés civiles, transmet l’administration et la gestion du programme à un cercle très restreint de personnes échappant à tout contrôle (ingénieurs experts) et a partie liée avec l’armée et l’état profond. Les opposants au nucléaire, dans les années 70 étaient considérés comme des quasi terroristes, surveillés tant par la sécurité militaire que la DST.
    La technologie nucléaire est intrinsèquement fasciste.

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