Le cul de Bessie Smith vous emmerde

avec Brent HAYES EDWARDS et Grégory PIERROT
publiée le
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animée par Pierre TENNE

Amiri Baraka relie la condition des Africains Américains à la nécessité vitale et éthique de faire de l’art :  « C’est la folie qui pousse les Noirs vers l’art, puisque la raison les pousserait vers le meurtre » (Le Métro fantôme). Comme le rappelle sa propre fascination pour la musique et les musiciens, la figure du musicien est le modèle majeur de l’artiste noir dont les œuvres sont à leur façon des balles destinées à percuter toute forme d’oppression. « The ballot or the bullet » (le bulletin ou la balle), voulait Malcolm X : et si la balle était un poème ? Ou bien un solo de saxophone ? Et si le poème était pensé comme un solo de saxophone ?

Brent Hayes Edwards est l’auteur de Pratique de la diaspora, Grégory Pierrot de Fantômes de la révolution noire, tous deux aux éditions Rot-bo-Krik. Le premier s’intéresse notamment à la littérature noire transatlantique des années 1920 et 1930 (Claude McKay, Langston Hugues, René Maran, etc.), le second aux arts noirs des années 1950 à 1970 (Sara Maldoror, Amiri Baraka, Chester Himes, Henry Dumas, etc.). Dans leurs travaux, les jazzmen et jazzwomen sont omniprésents : figures mythiques à partir desquelles se pense l’unité culturelle et potentiellement politique du « peuple du blues » (Amiri Baraka, toujours, sous son nom de LeRoi Jones) ; figures révolutionnaires ou prophétiques, comme l’afro-futurisme d’un Sun Ra peut l’incarner. Figures inquiétantes des dystopies noires qui soudain révèlent l’intérêt d’un Marcus Garvey pour les mouvements fascistes, ou fait rêver des auteurs de science-fiction à un suprémacisme noir à venir.

En reprenant cette histoire musicale au cœur d’une histoire culturelle plus large, la musique noire apparaît dans une singularité propre, où le fait musical ne peut être abstraitement extrait du contexte social qui en permet l’émergence. « Le cul de Bessie Smith vous emmerde », dit encore et toujours Amiri Baraka : c’est ce pouvoir maximal d’emmerdement de la musique contre l’oppression raciste, capitaliste, coloniale et tout ce qu’on voudra, que cette émission entend mettre en valeur.

Pierre TENNE

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Durée 93 min.

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