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Les transclasses

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Chantal Jaquet

Chantal Jaquet est philosophe ; en publiant son essai Les Transclasses ou la non-reproduction, elle a livré un texte infiniment précieux, et extrêmement casse-gueule. Précieux : parce qu'il éclaire un point aveugle de la théorie de Bourdieu sur la reproduction sociale, et vient explorer avec les "transclasses" le territoire de ses exceptions (dont Bourdieu faisait partie lui-même, sans l'avoir théorisé)... Et casse-gueule : parce que ce territoire des "exceptions" est polémique. Il semble contredire les règles de la reproduction sociale, et donner raison à ceux qui prétendent qu'il "suffit de le vouloir" pour s'émanciper de sa condition d'origine - comme si toutes les déterminations sociales n'y faisaient pas obstacle. Chantal Jaquet montre que ce sont aussi des déterminations sociales qui poussent un individu à faire "mentir" la règle de la reproduction, qu'il ne suffit pas de le vouloir, que "l'ambition" et le "mérite" sont des explications en forme de leurre et qu'il faut chercher bien au delà pour comprendre la complexion des transclasses, ces "immigrés de l'intérieur"...

En accès libre , émission publiée le 11/10/2014
Durée de l'émission : 83 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

42 commentaires postés

Bonjour,

Je vous remercie de cette interview très intéressante et riche. Je voudrais néanmoins souligner un point aveugle de la réflexion développée lors de cet entretien (je n'ai pas encore lu le livre donc peut-être faudrait il que je m'y réfère) qui serait celui des transclasses non réussis, avortés. Je m'explique : vous avez parlé en un certain sens des échecs de transfusions de classes mais cela une fois ces transferts réalisés effectivement (Julien Sorel ou Martin Eden). Or, je m'interroge sur la violence symbolique et émotionnelle qui réside dans la mise en échec de ces parcours. Par exemple, venant d'un milieu moyen voire populaire, j'ai pu accéder à l'université, obtenir un master et passer l'agrégation ... à laquelle j'ai été deux fois admissible mais jamais admise. Or, je m'interroge sur cet échec non pas seulement du point de vue des connaissances mais sur la force d'un ensemble de représentations mais aussi de pratiques (à la fac nous disposons d'autres moyens pour se former que ceux qui disposent des moyens d'excellence) qui incitent à entreprendre ces parcours d'ascension sociale tout en étant par définition des chemins très élitistes qui broient psychologiquement et socialement (et même économiquement) les personnes qui ne parviennent pas à faire aboutir ces trajectoires par le changement de classe. Que penser des "transclasses ratés" en quelque sorte, qui pour autant qu'ils n'atteignent pas l'autre classe visée, sont néanmoins comme enfermés dans la classe où ils sont par l'incompréhension qu'ils génèrent ?

Je vous remercie,

Une récente abonnée.

Par Philomène, le 03/07/2017 à 12h09

Entretien super intéressant, alors que dans la plupart des articles de sociologie, tout est présenté comme figé, et bien rangé dans sa case et que l'on n'interroge que rarement l'investissement personnel de l'auteur de l'article.
Un petit retour cependant concernant la question de la parité.
Certes, les auteurs masculins ont une visibilité plus grande, mais les auteurs féminins existent et sont tout aussi géniaux, mais il faut les chercher davantage...
Malheureusement la plupart du temps, il me semble qu'une sélection se fait entre une femme et un homme à intelligences égales : la femme se voit contrainte à un rôle de mise en valeur du travail d'autrui, quand l'homme sera entretenu dans sa propre singularité, et le culte personnalisé de son génie... Et je pense que cela découle précisément d'un manque de modèle pour les jeunes femmes, et que la production de ces modèles est nécessaire absolument dans une société aussi genrée que la nôtre. Et en invitant des écrivaines et des intellectuelles, vous y contribuez tellement !
Ce serait chouette que vous invitiez Isabelle Sorente, par exemple, ou bien Mona Chollet ?

Par Barboune, le 29/11/2016 à 19h21 ( modifié le 29/11/2016 à 19h21 )

Émission très intéressante, j'aurais juste une petite remarque sur la technique :
Dans la vidéo la voix de Chantal Jaquet est assez basse tandis que celle de Judith est forte, je ne sais pas si c'est une question de micros ou de voix réelle des intervenantes mais en tout cas cela rend le réglage du son un peu compliqué au visionnage :)
Serait-il possible d'en tenir compte pour les prochaines émissions ? (réglage des micros, post-prod, que sais-je...?)

Par Loboto, le 23/11/2014 à 22h01

Si jamais quelqu'un repasse dans ce forum ...
Je copie le lien donné par Judith dans le forum d'un autre entretien, vers la vidéo d'une soirée "Transclasses", où Laurent Bove, Geoffroy de Lagasnerie et Frédéric Lordon exposent leurs points de vue sur le livre de Chantal Jaquet, puis Chantal Jaquet leur répond.

J'en profite pour réitérer, en la précisant, une question à l'équipe du site (question initialement posée dans le forum du premier "dans le mythe") : que pensez-vous d'adjoindre à chaque vidéo une petite section "références", qui pourrait contenir, en plus des références de l'oeuvre abordée dans l'entretien, celles des autres œuvres citées, et éventuellement d'autres éléments pour élargir, ou approfondir le débat (comme cette vidéo de la soirée transclasse par exemple) ?

Par MSC, le 22/11/2014 à 17h41 ( modifié le 22/11/2014 à 17h41 )

Après visionnage de cette vidéo, je me sens plein de questionnements et de désir de réflexion;donc un peu plus intelligent !!! Merci.

Par jean-marie Brunel, le 06/11/2014 à 12h27

Obsolescence en effet programmée, dès le départ - il était évident que nous n'allions pas nous priver de recevoir des femmes ! - et raison pour laquelle le procès qui nous était intenté a priori me semblait de la dernière bêtise.

Par Judith, le 20/10/2014 à 20h21

@Judith Ma remarque était déjà périmée, en fait, la question de la mixité des invité-e-s est en voie d'obsolescence (programmée) !

Par J-net, le 20/10/2014 à 17h02

Oui, J-net, vous avez raison de nuancer : la mixité n'est pas la parité. Je tâcherai d'être plus précise et rigoureuse dans l'emploi des termes.

Par Judith, le 20/10/2014 à 15h27

Passionnant entretien, plein de rebondissements et de vacillements. J'ai l'impression que cette approche permet de nommer tout un tas de situations/de personnes que nous connaissons mais qui étaient restées non-dites (ou mal dites). Les non-dits sociaux sont légion, seraient-ils particulièrement épais dans le cas des êtres/unions/parcours transclasses ? Il faut que je lise ce livre pour en savoir plus.

Un PS à propos de cette question de parité (je ne faisais pas partie de ceux qui réclamaient des invitéEs, mais j'étais favorable à ce qu'il y en est plus): la vraie question, ce n'est pas la parité -personne ici ne demande du 50/50, enfin, pas moi en tous cas- mais la mixité. Judith quand vous posez la question de front à Mme Jaquet, vous auriez du utiliser mixité (est-ce, quand on organise des conférences, des interviews, on doit se "forcer" à la mixité ?)... Ca n'est pas tout à fait le même chose.

Par J-net, le 20/10/2014 à 15h11

Très intéressante émission.
Chantal Jaquet dit à un moment,qu'au moins en philosophie, il faut prouver que le discours d'une femme est « à la hauteur » sans apparemment contester que la hauteur en question soit définie de fait par l'environnement sociétal et les hommes qui en sont les représentants.
Elle prouve ainsi avoir réussi son parcours transclasse.
C'est pourtant l'argument qui est utilisé contre les quotas qu'elle dénonce un peu plus tard.
Pour que les quotas ne soient plus nécessaires, il faudra peut-être aussi repenser cette notion de "à la hauteur".
Judith fait d'ailleurs remarquer plus tard que le transclasse réussi est (contrairement aux exemples littéraires) réellement "considéré" comme un dominant. Son histoire importe peu.
Merci encore de cette émission.

Par Robert., le 18/10/2014 à 21h55 ( modifié le 18/10/2014 à 21h58 )

Merci beaucoup!

Par Jeannot, le 18/10/2014 à 17h01

Formidable émission ! Merci mille fois de m'avoir fait découvrir un bout de ce travail dont j'ignorais tout. Chantal Jaquet est vraiment extraordinaire : calme, passionnée, extrêmement précise et méticuleuse et pourtant claire comme de l'eau de roche. Je m'étais fait la réflexion, en entendant d'autres chercheurs que je lis et que j'aime, comme Jacques Rancière, qu'ils avaient quand même une furieuse tendance à l'alambiquage gratuit, aux réponses inutilement contournées ou dans le pire des cas jargonnantes. Chantal Jaquet (comme Lordon dans un d@ns le texte "old school") nous montre combien on peut penser avec puissance et complexité en se faisant comprendre de manière très concrète et très directe. C'est d'autant plus méritoire que c'est à l'oral et sur le vif, ce qui est toujours plus périlleux que dans un texte longuement mûri. Et l'entretien est excellemment mené par Judith.

Voilà du grain à moudre pour les temps qui viennent. Merci encore pour cette émission qui est de loin la meilleure de ce nouveau site.

Par Totorugo, le 17/10/2014 à 14h01

A propos d'Edouard Louis : j'avais lu Eddy Bellegueule dans le cadre de la préparation de l'émission, et j'ai demandé à Chantal Jaquet si on pouvait en parler pendant l'entretien. Elle a préféré qu'on s'abstienne, parce qu'elle considère que la puissance de fascination de cette figure, de la polémique qui a entouré son livre, fait écran et obstacle à la réflexion, hypnotisant les regards… C'est trop polarisant, et ça occulte tout le reste. J'ai compris sa position et l'ai bien évidemment respectée. Pour info : "Les transclasses" était déjà sous presse quand est sorti "Pour en finir avec Eddy Bellegueule".

Par Judith, le 16/10/2014 à 22h28

Après avoir lu Retour à Reims et Pour en finir avec Eddy bellegueule, j'attendais beaucoup de l'´entretien, mais j'ai été déçue par la réserve et le côté lisse de l'interviewée. Pour elle tout se vaut, tout est bon. C'est un peu plat au final. Comment se situe-t-elle par rapport à Edouard Louis qui lui aussi travaille sur ce sujet ?

Par Anne-Laure Pierre, le 16/10/2014 à 21h47 ( modifié le 16/10/2014 à 21h48 )

Judith, la prochaine fois, amenez langues de belle-mère et serpentins en entretient. Effet garanti.

Par DIALM4MAUDIT, le 16/10/2014 à 10h15

"Vous êtes tout à fait ahurissante dans votre réception - et très représentative de ce qu'est une réception biaisée par les convictions du récepteur", dixit Judith.
Je confirme. Ahurissant est le mot. J'ai trouvé au contraire que le courant passe bien entre vous et Chantal Jaquet, même si au début de l'entretien elle semble un peu réservée, malgré votre sourire et vos hochements de tête d'encouragement.
Je me demande si j'ai regardé la même émission que Delphine Brun, qui devrait, si elle était logique, manifester sa mauvaise humeur non pas envers vous mais envers Chantal Jacquet, laquelle se montre, entre autres, réservée sur le principe de la parité (si je résume bien sa position: le sexe ne doit pas être un critère de sélection; on peut admettre certains quotas de manière provisoire, etc.)

Par Papriko, le 15/10/2014 à 20h55

Eh bien ça Delphine Brun, c'est du procès d'intention chimiquement pur ! Je suis avec elle "sans joie" ??? Après l'entretien elle est restée plus d'une heure avec nous, à poursuivre cette conversation qui nous passionnait tous les trois (elle, Raphaël et moi - il n'y a personne d'autre dans la salle). Elle s'exprime tranquillement pendant 1h15, je ne lui coupe pas plus (pas moins non plus) la parole qu'à mes autres invités. Je ne la contredis pas un instant sur les vertus de la parité qu'elle met en avant sur la phase transitoire (avant qu'il ne soit plus utile d'y veiller). Vous êtes tout à fait ahurissante dans votre réception - et très représentative de ce qu'est une réception biaisée par les convictions du récepteur.

Par Judith, le 15/10/2014 à 17h43

Merci pour cette émission , excellente philosophe , qui prouve que les femmes existent Judith . Vous lui coupez la parole de manière très irrespectueuse surtout lors de votre question sur le fait de n'avoir jusqu'a présent invité que des hommes , elle vous répond que vous êtes dans la reproduction du système machiste et que la posture de l'égalité n'est là que pour valider ce modèle, et évidement vous lui enlevez la parole très vite , sans qu'elle puisse déployer sa pensé, dommage.
Vous êtes avec elle sans joie alors que quand vous recevez des hommes (il vous suffit de vous regardez , chance pour vous tout est enregistré) vous etes qq fois limite extatique ce qui est agréable, mais ici vous ne faite que la remettre en question sans affect positif .
Voyez d'ailleurs les questions de la salle , bien plus pointues que les votre , étonnant de vous .
Je suis contente qu'ici nous puissions nous exprimer sur les émissions, et vos choix, cela vous oblige a une remise en question salutaire pour l'égalité femme / homme, mais vous avez encore du chemin si vous pensez que ne pas montrer de femme n'est pas gênant .

Par Delphine Brun, le 15/10/2014 à 12h56

J'ai oublié un mot : ce qu'elle dit me concerne et me console des aléas de mon parcours bizarroïde . merçi

Par Gisele Moulie, le 15/10/2014 à 11h36

Très intéressant, une grande dame Madame Jacquet,les transclasses, ce qu'elle me concerne bien qu'étant restée dans ma classe, j'ai bougé, avec le syndicalisme j'ai acquis une culture qui m'a permis d'accéder à des domaines qui n'étaient pas ceux de mon milieu social d'origine, la petite paysannerie de montagne.
J'éprouve une grande violence dans le refus qu'opposent les milieux dits dominants à ce que je peux dire ou faire toujours frappé d'illégitimité.

Par Gisele Moulie, le 15/10/2014 à 01h26

Entretien passionnant qui m'a aussi beaucoup parlé. Pendant l'échange j'avais La vie d'Adèle en tête; très envie de lire les références citées ou de découvrir d'autres livres/films qui traitent du sujet. Si certains pensent à d'autres œuvres, je prends!

J'ai particulièrement apprécié le passage où Chantal Jaquet énonce sa posture en tant que philosophe et son intérêt pour les trans-classes en tant qu'ils sont la figure la plus radicale de tout changement que les individus sont appelés à vivre, des affectes que tout le monde traverse. Cela fait écho aux études qui ont continué et amendé le travail de Bourdieu en sociologie (Lahire notamment). Elles montrent qu'il existe une multitude de petits déplacements car l'individu traverse dans sa vie une multitude de contextes. Par exemple: un enfant pourra être socialisé à l'école, certes, mais dans différentes écoles s'il déménage, dans le club de foot, à l'université, au travail, dans des partis politiques, etc. Il y a une concurrence éducative et socialisatrice entre ces différents contextes et à chaque fois on prend le risque d'être socialisé différemment. L'ensemble de ces petits écarts sont intériorisés et s'intègrent en nous pour faire la singularité de nos comportements ou leur pluralité. Du coup, on peut être différemment pluriel: très pluriel, moins pluriel (si l'école, le club de sport ou le parti politique correspondent à l'habitus de notre classe d'origine). Plus on est pluriel, plus on est réflexif sur soi-même et son parcours, sur le milieux d'où l'on vient et sur ceux que l'on traverse. ​Je ne sais pas si C. Jaquet prend aussi cela en compte dans la "complexion" du moi; j'irai découvrir cela!

Par Ali Naldy, le 14/10/2014 à 17h08

Merci Judith pour cette émission passionnante. Je ne connaissais pas cette philosophe et suis très heureuse d'avoir bénéficié de cette introduction à sa réflexion sur ce sujet brûlant.

A part ça, puisque vous avez abordé en passant la question de l'absence de femmes (jusqu'ici) parmi les invités de Hors-Série, et ce en la reformulant en termes de parité, je me permets de signaler un article où il est justement question de ça (et de vous) : http://atlantesetcariatides.wordpress.com/2014/10/05/du-hasard-comme-cache-sexe/. C'est étonnant cette façon de voir une demande de parité là où il n'y en a pas : de même que les femmes qui ont manifesté à l'Odéon (et La Barbe en général) n'ont jamais réclamé la parité, lorsque vous avez été interpelée par des abonné.es, il me semble qu'aucun.e d'entre elleux n'avait réclamé une telle chose (?).
Il y a bien d'autres possibilités que soit ignorer le problème, soit mettre en place un quota de type 50/50 (pour ma part j'y suis opposée, même à titre transitoire).

Par odilefillod, le 13/10/2014 à 23h20

Merci pour cet entretien!

Par MARTINE GEMIN, le 13/10/2014 à 13h58

Je trouve particulièrement intéressante la prise en compte des origines sociales des grands-parents (voire au-delà, évidemment, mais tout le monde n'a pas toujours l'occasion d'avoir connu ses arrière-grands-parents et encore moins d'avoir pu suffisamment "se nourrir" de leurs valeurs et culture). Sans doute parce que j'y vois un lien très direct avec ma propre biographie ;-)
J'aimerais savoir si des sociologues (ou d'autres chercheurs/penseurs) ont spécifiquement publié sur ce sujet. Il semblerait que oui si j'en crois les échanges entre Chantal Jacquet et Judith sur cette question mais aucune référence précise n'est citée.
Merci d'avance !

Par cyrilkenyatta, le 13/10/2014 à 11h31

Petit souci technique: dans la vidéo téléchargée, à 1mn40 de la fin, il n'y a plus de son

Par Al1, le 13/10/2014 à 00h44

Bonjour Judith,

Je trouve vraiment que vous excellez dans l'art du questionnement. Je devine qu'il faut beaucoup d'énergie pour réussir ce tour de force (1h20 d'émission !). Vraiment bravo pour ça !

Quant à Chantal Jaquet, clarté du discours, nuance dans le propos, finesse des analyses, bref une belle personnalité.

Merci à toutes les deux !

Par Abracadabra, le 12/10/2014 à 18h50

Feu Jean Carmet dans ses brèves : "Celui qui dit qu'il est "arrivé", c'est qu'il n'allait pas bien loin..." Juste comme ça.
L'idée du "savoir préjudiciable" s'il par trop extérieur , complétée par celle "la positivité de l'ignorance" va me faire ma soirée...
Montaigne pas loin.
Malgré le questionnement délicat de Judith, C.Jaquet se livre peu sur son propre parcours. C'est dommage.
Sans que cette absence de réponse n'invalide quoi que ce soit de son beau propos, on aurait aimé l'entendre dire dans quel sens elle a fait le chemin "transclasse" ... vers le haut ou vers le bas ?
On s'en doute un peu.
Les universitaires s'habillent souvent de cette pudeur qui les protège sans doute, mais qui désincarne aussi leur pensée. Pourquoi?

Par felix d, le 12/10/2014 à 17h49 ( modifié le 12/10/2014 à 17h51 )

Je n'ai jamais oublié cette entrevue avec M. Gault, directeur du CEG où j'ai effectué l'essentiel de mes études secondaires jusqu'au BEPC. Nous étions à la veille de la rentrée scolaire. Je souhaitais poursuivre mes études au lycée, mes parents hésitaient à en assurer les frais (j'étais l'aîné de 4 frères et sœurs). M. Gault suggéra à ma mère de m'accuellir en classe de 3e "spéciale" aussi appelée "3e des normaliens" afin d'y préparer le concours d'entrée à l'Ecole Normale d'Instituteurs.

Je pense que ce coup de pouce fut décisif pour amorcer mon parcours professionnel et socioculturel. Et il y en eut quelques autres par la suite sous la forme de rencontres aussi hasardeuses qu'improbables.

Autant dire que je me retrouve amplement dans les analyses de Mme Jaquet.

Concernant le tropisme inégalitaire de notre système éducatif je voudrais préciser une ou deux choses. L'ex "transclasse" issu d'un milieu ouvrier, est devenu un enseignant qui a concentré l'essentiel de son énergie citoyenne et de sa passion professionnelle à combattre les effets de la reproduction. J'ai pu aussi mesurer les limites de ce combat. L'Ecole d'aujourd'hui fonctionne et se satisfait plus que jamais des effets limités de la promotion individuelle, produit d'une méritocratie savamment contrôlée. Pour changer vraiment la donne il faudrait créer les conditions d'une promotion collective, dans et hors l'école, ce qui suppose une transformation profonde de l'ensemble du système de formation. Les solutions existent déjà et parfois depuis longtemps (cf les pédagogies alternatives issues de l'Education Nouvelle, en 1er lieu la pédagogie Freinet) mais elles sont marginales, méconnues, exigeantes en terme de formation... et sans doute trop coûteuses aux yeux des autorités politiques de ce pays.

Bravo à Judith et Rapha pour ce beau moment !

Par jlb93, le 12/10/2014 à 17h21

Emission passionnante! Je cours lire le livre de Mme Jacquet. Merci!

Par MJL, le 12/10/2014 à 16h36

@Damien. Je vous conseille Le Journal d'un voleur. Bon dimanche à vous.

Par Raphaël, le 12/10/2014 à 14h18

très intéressant, merci

Par morvandiaux, le 12/10/2014 à 10h37

Quelques idées qui m'ont traversé l'esprit en regardant cette émission:

Transclasse = Un gros moteur et un pilote inconscient ?

J'ai bien aimé la partie qui montre que le parcourt d'image d'Épinal de l'ascenseur social des méritants n'est pas suffisant.
Et aussi la valorisation automatique du transclasse n'est pas nécessaire. Après tout, Staline est un transclasse, il y a pas de quoi s'enthousiasmer tout le temps. Je me demande si les dictateurs sont souvent transclasse d'ailleurs ? Aussi d'une certaine manière, le serial killer des films américains, anonyme d’apparence insipide, est souvent un transclasse parti en vrille avec ses pulsions de Caligula. Ca serait vraiment la caricature d’une immense motivation sans pilote.

Transclasse, agent de changement aléatoire (sans pilote) qui évite à la société de d’ossifier trop rapidement ? comme un organe dans le corps de la société, avec sa propre fonction, et son propre mode de fonctionnement, comme tous les autres organes.

Par ILoveParis, le 12/10/2014 à 10h36

Judith, votre interlocutrice et vous même parlez des "écoles normales", ces écoles m'intéressent énormément, malheureusement Chantal Jaquet n'a pas répondu à votre question de quel gouvernement y a mis fin. une recherche sur internet me fait aboutir sur (Incroyable!!) Wikipidia qui ne parle que de l'"école normale primaire" d'Avignon qui aurais pris fin avec la création par Jospin des IUFMs en 1991...
En tous cas, cela serait intéressant de pouvoir en savoir plus sur ces instruments a priori géniaux de lutte contre le déterminisme social.
Sinon, Chantal Jaquet ne contredit en rien Bourdieu, elle confirme ses "règles" via quelques exceptions, je crois en faire partie (de ces exceptions). Cela ne remet nullement en cause les statistiques ...
Samuel de http://blog-gratuit.me/

Par Samuel Hounkpe, le 12/10/2014 à 09h58 ( modifié le 12/10/2014 à 09h59 )

Une émission passionnante ! Merci beaucoup Hors-Série, vraiment ! Je pense effectivement que ces questions de reproduction et de non-reproduction travaillent, parfois assez douloureusement, beaucoup d'entre nous.

C'est bien que vous l'ayez interrogée sur la polémique de la "parité" sur HS : je laisse les abonnés écouter sa réponse (j'étais de l'avis de Judith Bernard à ce propos, je trouve la réponse de Chantal Jaquet très juste).

Je ne sais pas s'il existe des travaux en sciences sociales sur la question plus particulière des amours trans-classes, évoquée dans l'émission ? Ce serait un objet d'étude difficile à saisir, mais comme cas d'étude produisant un effet de loupe sur les processus de déplacement et de non-déplacement social, ça doit être assez porteur... ça permet de penser la problématique du passage d'une classe à une autre à partir des deux points de vue de classe, et de voir que s'il y a perturbation, entrave et trouble dans le déplacement tel qu'il est vécu, il peut se trouver des deux côtés (terrain sur lequel Judith Bernard amène très justement Chantal Jaquet, c'est un bon moment de l'émission).

Serait-il possible de prévoir, après le petite présentation écrite de l'émission, une bibliographie de l'ensemble des ouvrages mentionnés ? J'ai remarqué que l'image des livres était insérée au montage, mais disons qu'il y a tellement de livres mentionnés, dont beaucoup sont tout à fait attirants, qu'on aimerait pouvoir y revenir ensuite et en retrouver les références sans passer l'émission en accéléré ?

Merci en tout cas à vous tous qui préparez ces émissions, je me suis régalée !

Par Alexandra, le 12/10/2014 à 09h56 ( modifié le 12/10/2014 à 09h58 )

Des conseils de lecture chez Genet ?

Par Damien, le 11/10/2014 à 23h28

@ Claude Rubin : curieusement, je suis persuadé que nous sommes un paquet à nous reconnaître dans ce recoin oublié de Bourdieu. Et j'ai le sentiment que vous non plus n'en rejetez pas pour autant ses fondamentaux.
J'ai mis sur pause à 20 min. pour pas rater ma béchamel(*), mais c'est parceque je l'ai lancé trop tôt. Pris entre deux gourmandises !

(*) un gratin de chou fleur à la noix de st Jacques, je vous en aurai voulu de le rater, Judith !

Par Al1, le 11/10/2014 à 23h09

Toute ma vie,j'ai cherché à connaître celui que je suis devenu. Chantal Jacquet que j'ai lu avec avidité et difficulté,dès la sortie de son livre, m'a donné des clefs pour comprendre cette identité hasardeuse advenue,que je n'ai jamais réussi à porter.
Du plus bas,socialement parlant,sans jamais perdre certaines hautes valeurs de ce état,une lumière noire familiale m'a aidé à découvrir un monde idéalisé, dans lequel j'ai construit une vie, sans jamais déserter mon état premier.
Je suis reconnaissant à Chantal Jacquet de s'être intéressé a ce point aveugle de la théorie de Bourdieu, elle m'a permis, au soir de ma vie, de retrouver mon identité d'origine. Qu'elle soit remerciée.
Très cordialement claude RUBIN

Par claude RUBIN, le 11/10/2014 à 22h45

A tous : allez jusqu'au bout, vraiment, ça vaut le coup. Pour la pâle copie de ce qu'on désirait qu'on soit. Et pour le paradoxe final, outch, ça fait mal.
A Judith (et Raphaël) : merci.

Par Damien, le 11/10/2014 à 21h52

Merci Al1 ! Je signe, et plutôt deux fois qu'une !
Judith, c'est beau comme du Etienne Chouard :-)

Pour revenir sur le sujet, pas encore visionné cet entretien avec Chantal Jacquet, que je ne connaissais pas du tout, mais le sujet me passionne d'avance !
MERCI HORS-SERIE !!!

Par cyrilkenyatta, le 11/10/2014 à 19h53

Voilà une émission qui fait écho à ma petite polémique avec Murielle Joudet la semaine dernière. A croire que HS est fait pour moi !!!

Emission en cours de téléchargement, je la lirai à tête reposée !


Petit HS (hors sujet) : j'ai lu votre texte sur le site du m6r, « Pour la souveraineté du peuple, contre la souveraineté du capital », je le trouve vraiment formidable ! Et bien évidemment j'invite tout le monde à signer
http://www.m6r.fr/2014/10/souverainete-du-peuple-contre-souverainete-du-capital/

Par Al1, le 11/10/2014 à 17h06

intéressante l'idée que l'identité sexuelle n'est pas notre seule manière d'affirmer notre identité je trouve cela reposant

Par bernejo, le 11/10/2014 à 16h05

Mon dieu!!! Un femme!!!

pas de trans-trav donc mais des trans classes.

Par DIALM4MAUDIT, le 11/10/2014 à 13h02