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Les patrons cathos
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Il y a les patrons qui font du business, ceux qui font de la politique, ceux qui font les deux, et puis il y a ceux qui, par-dessus le marché, œuvrent pour le « Bien commun » – ou du moins qui prétendent le faire. Car dans les hautes sphères du capitalisme français, la bonne conscience chrétienne a une longue histoire. Elle dispose de ses écoles, de ses réseaux, de ses relais médiatiques, de ses entrées dans les institutions et, à l’occasion, jusque dans les couloirs du Vatican. Bref, elle a tout d’une force sociale organisée. Et ce serait une erreur de réduire le problème à une affaire de convictions personnelles, de dévotion dominicale ou de foi plus ou moins sincère. Car ce qui se joue ici est autrement plus matériel : la constitution et la reproduction d’une élite économique qui ne se contente pas de posséder, d’accumuler et de diriger, mais entend aussi définir ce qui est bon pour la société tout entière. Au-delà, un catholicisme conservateur comme courroie de transmission décorative entre les intérêts du capital et ceux de l’extrême droite.
Avec Saints Patrons, une autre histoire du capitalisme français, publié aux éditions Divergences, Aurore Gorius raconte cette histoire depuis la Libération. Depuis l’époque du Conseil national du patronat français, l’anticommunisme fournit un ciment idéologique de premier ordre. Le catholicisme patronal n’est pourtant pas un bloc homogène : la Doctrine sociale de l’Église porte aussi une critique de la misère moderne, tandis que les prêtres ouvriers et les mouvements de jeunesse catholiques contestent l’ordre établi. Mais, du paternalisme industriel des Michelin ou Lafarge aux ambitions intellectuelles de certaines maisons d’édition, une partie du patronat travaille à opposer à la lutte des classes une curieuse troisième voie : assez de sollicitude pour contenir la conflictualité sociale, assez d’autorité pour ne rien céder sur l’essentiel c’est-à-dire les profits. La charité cohabite avec la restructuration, la compétitivité avec les licenciements, la défense de la dignité humaine avec la suppression de milliers d’emplois. Une émission comme « Vive la crise ! », en 1984, réunit dans un beau spectacle Yves Montand et Philippe de Villiers. La contradiction n’est comme toujours qu’apparente, ou indifférente.
Car peu à peu, ce catholicisme conservateur du patronat s’affiche davantage, investit les médias, l’éducation et les batailles culturelles, et prétend peser directement sur l’orientation du pays. C’est peut-être là que se dessine l’enjeu central de l’enquête d’Aurore Gorius : la question de ce qui reste de la démocratie lorsque les plus fortunés luttent pour imposer leurs valeurs sans partage. Et si, derrière la figure du grand patron chrétien, se reconstituait une aristocratie masculine, endogame, persuadée de sa vocation à guider la Nation, qui entendrait moins servir la société que la remettre à sa place ?
Pour prolonger
4 réponses à “Les patrons cathos”
Dommage que l’entretien n’approfondisse pas comment ils arrivent à allier leur conviction et leur foi qui sont sûrement sincères et le message de Jésus, qui était tout sauf un conservateur. Ça me paraissait incompréhensible jusqu’au jour où j’ai entendu l’audition de Bolloré où il avait sorti cette phrase plutôt passée inaperçue: « Même les saints pêchent 7 fois par jour ». Et effectivement ce genre de raisonnement permet tous les cynismes et les excès puisqu’à la fin on peut se regarder dans la glace et penser qu’on est un saint.
très intéressant ! sur un sujet peu étudié mais très impactant sur l’économie et la culture ! bravo Gabriel
Bonjour et merci pour cet entretien passionnant, en tout cas pour les 24 premières minutes que j’ai visionnées. Je fais une pause pour signaler une saute à 24’17 », juste avant l’évocation de Claude Bébéar. Pas sûre qu’il en manque beaucoup mais c’est frustrant !
Allez je reprends.La mondialisation heureuse, dans sa version hexagonale a été l’occasion de tuer l’industrie française et de laminer les avancées sociales des 30 glorieuses. C’est l’exemple même du décrochage social des élites « de classe internationale » versus les « petits patrons » que l’on met volontiers sur le devant de la scène quand la critique de l’entreprise à la française se fait plus explicite. JLM a cherché récemment à discuter avec ces « petits patrons », qui ne sont pas forcément dans le même camp que les élites. J’ai assisté d’assez près à la disparition d’Alcatel et des unités de recherche et développement de France Télécom dans les années 90-2000, L’élite des énarques, des X et Central Mines se sont mis au service (ont fait allégeance un genoux à terre comme des chevaliers teutoniques, Au Puy du Fou, le genou au sol fait partie des spectacles) de ces grands patrons pour foutre en l’air l’industrie et la recherche en France.
L’anti-islamisme et le néocolonialisme se porte bien, mais il n’a pas été question dans cet entretien de leur philosémitisme respectable de ces derniers temps, mais qui, historiquement interroge (comme on dit)

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