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Enfermer les étrangers : une violence à huis clos
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Récemment, le Parlement européen a été le théâtre d’un spectacle abject et d’une démonstration d’euphorie raciste orchestrée par la droite, l’extrême droite et une partie du bloc central. Aux cris de « Send them back », un slogan emprunté au trumpisme, les députés ont célébré le nouveau pacte européen visant à faciliter les expulsions des étrangers sans papiers et leur rendre la vie impossible sur le territoire européen. Ce texte prévoit notamment l’instauration de centres de rétention à l’étranger dit « hubs de retour » afin d’y enfermer les migrants dont le pays d’origine refuse le retour. Cette sous-traitance à des pays tiers s’inspire de la politique britannique mise en place par Boris Johnson consistant à déporter au Rwanda des migrants ayant rejoint « illégalement » l’Angleterre.
Déjà responsable par sa politique criminelle et répressive de la mort de dizaines de milliers d’exilés en méditerranée, l’Europe franchit un nouveau cap dans l’ignominie.
D’autant que les centres de rétention font l’objet, depuis plusieurs années, de témoignages accablants par les personnes retenues, les ONG qui font état de violations systématiques des droits de l’homme, de mauvais traitements, de violences physiques et d’humiliations quotidiennes.
Toutefois, on ne sait généralement pas grand-chose sur le fonctionnement de ces lieux d’enfermement de masse. C’est pourquoi l’enquête de la sociologue Louise Tassin, auteur de Comme on les enferme (La Découverte, 2026) est particulièrement précieuse. Plongée durant plusieurs années dans les centres de rétention en France, à Lampedusa et à Lesbos, elle a pu entrer en contact avec les migrants et l’ensemble des travailleurs des ces prisons qui ne disent pas leur nom. Ainsi, on découvre que ces centres sont gérés par des prestataires privées qui font travailler une main d’œuvre majoritairement immigrée et précaire. Certains, qui ont connu la clandestinité et la peur de l’expulsion, se retrouvent désormais de l’autre coté de la frontière. Coincés dans un entre-deux inconfortable, ils doivent constamment jongler entre la solidarité, l’entraide envers les migrants et une certaine allégeance envers l’institution. Se dessinent alors des trajectoires en miroir, des existences percutées par le racisme, les humiliations et la violence d’Etat. Mais où s’exprime aussi une farouche volonté de vivre libre et dans la dignité.
Nota bene : Pour des raisons de confidentialité liées à l’enquête, l’auteure a utilisé le nom de « Molnay » pour désigner le CRA en Ile de France
Tarik BOUAFIA

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