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Les écrivains collabos
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Chaque époque aurait sa bataille culturelle. À la nôtre, sur un front que les uns disent déjà perdu et les autres encore à prendre, les argentiers de la restauration réactionnaire à la française avancent leurs pions, financent les sabre-peuple, installent leurs thèmes et ambitionneraient de reprendre sous une tutelle autoritaire de moins en moins voilée les institutions culturelles et médiatiques. Dans nos casemates, on oscille entre le haussement d’épaules devant des productions dont la prétention idéologique excède jusqu’à la farce les mérites esthétiques, et l’inquiétude de voir ces œuvres participer, à bas bruit, à un glissement plus général du sens commun.
Dans cette incertitude stratégique, le travail de Tristan Rouquet offre davantage qu’un détour historique. En revenant sur le monde littéraire de l’Occupation et surtout sur les opérations de disqualification qui ont suivi la Collaboration et poursuivi ceux qui y avaient trempé, il objective quelques mécanismes et engrenages toujours à l’œuvre. Car la littérature n’est pas du tout ce royaume éthéré, cette tour d’ivoire solitaire et indéterminée où un certain mythe romantique voudrait parfois l’exiler. Elle est un champ de forces conflictuelles, une arène dans laquelle se nouent des alliances, s’organisent des loyautés et s’élaborent aussi des anathèmes. Chemin faisant, Tristan Rouquet rappelle que la sociabilité littéraire n’est pas qu’un réseau d’auteurs et d’éditeurs, mais qu’elle suppose toute une chaîne de financement, de critiques, l’Institutions Scolaire, des prescripteurs divers, engagés pour légitimer les uns et marginaliser les autres. Au lieu de la sempiternelle question mal fagotée « faut-il séparer l’homme de l’artiste ? », il rappelle le caractère collectif de l’œuvre, fausse manifestation du génie et vrai symptôme social.
Dans cette guerre de mouvement permanente, rien n’est jamais définitivement acquis, rien n’est jamais enterré sans appel. Et il arrive que des textes que l’on croyait vouées aux archives des hontes vintage cherchent encore, sous de nouveaux atours et à l’ombre de nouvelles préfaces, à retrouver lecteurs et respectabilité. L’antifascisme littéraire demeure bien vivace puisque, à ce qu’il semblerait, le ventre est encore fécond d’où sont sorties quelques pages immondes.
Alice DE CHARENTENAY

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