Cinéastes à Gaza – Entretien avec Rashid Masharawi

Présent actuellement à Cannes où il défend plusieurs œuvres du cinéma palestinien, Rashid Masharawi est un réalisateur et producteur né à Gaza. Il revient ici sur ses propres films autant que sur ceux tournés à Gaza ces derniers mois par des réalisateurs palestiniens qu’il a produits, dans le cadre des projets « From ground zero » et « From ground zero+ ». Dans le cadre du festival, il rendra hommage à Mohammad Bakri, acteur et réalisateur palestinien récemment décédé ; il présentera également son projet de créer une école de cinéma à Gaza, qu’il expose dans cet entretien mené par Vivian Petit.

Arts

Vous êtes à la fois réalisateur et producteur. Vous avez notamment coordonné la réalisation de courts-métrages et de documentaires tournés à Gaza ces trois dernières années, qui sont regroupés sous les noms From ground zero et From ground zero+. Ces films sont diffusés dans les cinémas et les festivals. Pouvez-vous nous décrire les conditions de tournage à Gaza ? Il est difficile d’imaginer ce que signifie porter des caméras, des microphones et se déplacer dans ces conditions….

Ce n’est évidemment pas facile et la situation est absolument unique. C’est en contexte que nous avons appris à agir dans ces circonstances, et personne ne pouvait s’attendre à ce que la guerre continue après plus de deux ans et demi. Nous avons commencé à filmer dès le deuxième ou le troisième mois, sans savoir que ça durerait aussi longtemps et que le bilan serait celui-ci.

The Teacher de Tamer Nijim

Ça a d’abord été difficile de convaincre les réalisateurs qu’il était important de réaliser des films dans ces conditions. Les réalisateurs sont avant tout des êtres humains, ils cherchent d’abord à sauver leur propre vie et celle de leur famille, à pouvoir se nourrir… Leur priorité n’était pas le cinéma et mon travail a dans un premier temps consisté à les convaincre que, certes on a besoin d’eau, de nourriture, d’un endroit où habiter pour continuer à vivre, mais que pour continuer à exister nous avons aussi besoin d’images, d’histoires à partager avec le monde. À Gaza on combat un double risque, comme si on risquait d’être tué deux fois, une première fois en étant éliminé physiquement, mais aussi une seconde fois par l’effacement de nos histoires. Pour rester à Gaza et pour participer à l’arrêt de cette guerre nous devons donc partager nos récits et les diffuser à l’extérieur. Mais ça n’a pas été facile de convaincre suffisamment de personnes. Pour produire 20 courts-métrages, il faut faire travailler sous les bombardements une équipe de 5 à 10 personnes sur chacun de ces films. Il fallait que la réalisation de ces films devienne la priorité de 100 à 200 personnes.

On a rencontré aussi un certain nombre de problèmes techniques. Par exemple, la plupart du temps nous n’avons pas accès à l’électricité, ce qui nous empêche de recharger les batteries des caméras, des ordinateurs ou des téléphones… Puisque nous n’avions pas toujours accès à internet, nous perdions aussi parfois le contact avec les personnes pendant plusieurs jours, avant de pouvoir de nouveau échanger en se demandant qui était encore en vie ou non. Parfois nous avons aussi dû rester éveillés pendant plusieurs jours, quand il y avait à un moment un accès à internet satisfaisant à certains endroits et qu’il fallait en profiter au maximum. Parfois, pour avoir accès à internet et à l’électricité il fallait rejoindre les tentes situées devant les hôpitaux où travaillaient les journalistes, mais c’était particulièrement dangereux puisque les hôpitaux et les journalistes étaient bombardés par l’armée israélienne.

Qui s’informait à propos des endroits où il était possible de se rendre ou non ? L’équipe de réalisation à Gaza ou la production en France ?

C’était mon travail en France, puisque j’ai un accès illimité à internet et à l’électricité et que j’écoute tous les médias, dont les médias israéliens. À Gaza chaque personne était informée de ce qu’il se passait dans son quartier ou son camp de réfugiés mais ne disposait pas d’une vue globale. J’étais donc en contact avec chaque personne et chaque groupe pour les informer des risques. Il y a parfois eu des tensions quand je devais dissuader des gens de rejoindre des endroits où je savais qu’ils risquaient d’être ciblés. Par exemple, avant que Rafah soit occupée on pouvait y utiliser des cartes SIM égyptiennes puisque c’est tout au sud de la bande de Gaza, près de la frontière avec l’Égypte. Mais c’était aussi un des endroits les plus dangereux. On rejoignait aussi parfois des journalistes qui disposaient de cartes SIM internationales, mais on sait que les journalistes sont particulièrement pris pour cible par l’armée israélienne…

Est-il difficile de faire financer des films qui traitent du génocide à Gaza ?

Vous savez, il devient de manière générale de plus en plus difficile de trouver des financements pour le cinéma, et particulièrement pour les films qui relèvent d’une démarche artistique et non-commerciale. Si l’on ajoute à cela le fait qu’un film traite de la Palestine, même si nous abordons la question sous un angle humanitaire ou à partir du quotidien de ses habitants, il est difficile de trouver des fonds. On s’appuie majoritairement sur des dons privés et on essaie de créer nous-mêmes un cercle vertueux dans lequel la diffusion des films finance les films suivants. On fonctionne ainsi parce qu’on ne relève d’aucune instance officielle, on n’appartient pas à l’Autorité Palestinienne ni évidemment au Hamas. On fonctionne avec des budgets très bas, alors le fait de s‘appuyer majoritairement sur des dons et sur nos propres recettes nous permet de bénéficier d’une grande liberté, qu’il s’agisse de la liberté de choisir les sujets, du choix des réalisateurs, des styles, etc.

Est-ce que la recherche de financements affecte le contenu ? J’ai entendu Ehab Ghafri, documentariste palestinien originaire de Jénine, dire qu’il ne se reconnaissait pas dans les films palestiniens de fiction, dont le contenu est selon lui beaucoup trop influencé par la recherche de financements et d’un public européens.

Nous sommes dans une situation différente à Gaza et notre projet n’est pas le même. Les films que l’on produit ne sont pas seulement des projets qui sont portés par un réalisateur et un producteur en Europe, qui doivent trouver des manières de les financer pour les faire exister. D’abord, rappelons que nous réalisons nos films sous les bombes, sans les équipements adéquats, sans équipe d’assistants, de techniciens, etc. Nous devons nous débrouiller dans une situation très particulière. Comme vous le savez, la bande de Gaza est fermée et les journalistes étrangers ne peuvent pas y entrer. L’information est donc produite par les journalistes palestiniens qui sont restés à Gaza, et dont plus de 250 ont été ciblés et tués par l’armée israélienne depuis le début de la guerre.

No Signal de Muhammad Al-Sharif

C’est dans ce contexte qu’a été produit From ground zero, une série de 22 courts-métrages réalisés à Gaza au début de la guerre, dont chacun dure entre 4 et 6 minutes. Ces films ont été montrés dans de nombreux festivals, que ce soit à Cannes ou dans la sélection officielle du festival du film de Toronto, et ils ont fait partie de la short list des Oscars en 2025. Avec From ground zero, comme avec la suite, From ground zero+, il s’agit de réaliser des films de l’intérieur de Gaza et d’ouvrir une fenêtre pour partager ce qui est réellement vécu, les histoires vraies des Palestiniens de Gaza. On est très loin de toutes les manières de produire ou co-produire habituellement des films.

Les financements ne dépendent pas du contenu des films ? Est-ce qu’il serait plus difficile pour vous de faire financer une œuvre trop radicale dans le scénario ou le propos ?

Nous bénéficions parfois de certains fonds mais les financements n’interviennent pas après la lecture d’un scénario. Le financement est moins lié à l’histoire particulière de tel ou tel film qu’au fait que ceux qui nous financent soutiennent notre initiative. Ils ne soutiennent pas un scénario mais un concept. Ils croient en ce que nous faisons et ils veulent nous voir continuer.

Comment s’est déroulée la post-production ? J’ai compris qu’il y avait eu un travail important pour atténuer le bruit des drones et des F16…

La post-production a été prise en charge par Coorigines Production, dont les bureaux sont à Rennes et dans lesquels on se trouve actuellement. On s’est chargé du montage, du travail sur les images, sur le son, et nous avons aussi travaillé avec des personnes en free lance pour le design sonore, par exemple avec des musiciens. J’ai joué le rôle de directeur artistique pour assurer le suivi. D’une part parce que je suis en contact avec les réalisateurs à Gaza, que je peux échanger avec eux à propos du montage, demander de tourner d’autres images, etc. Et d’autre part, parce que ce projet a permis à de jeunes réalisateurs de réaliser leur premier film et qu’il y avait donc dans mon travail quelque chose de l’ordre de la formation et du conseil. Nous échangions à propos de la façon dont on peut raconter une histoire, organiser la dramaturgie. Même quand on réalise un court-métrage de cinq minutes il s’agit d’un film, avec une structure, il fallait donc faire attention à cela.

En préparant cet entretien, on discutait au sein de Hors-série du rapport esthétique que l’on peut entretenir avec un film qui documente un génocide et des problèmes éthiques que cela peut nous poser en tant que spectateurs… On peut rapidement se demander s’il n’est pas indécent, pour nous, de juger de la qualité du cadrage ou de l’esthétique de films dans lesquels les réalisateurs témoignent en temps réel du massacre dont ils sont victimes.

Je pense que c’est normal et logique d’avoir une approche esthétique de nos films et de se concentrer sur l’expérience cinématographique. Vous regardez 22 courts-métrages réalisés par autant de réalisateurs différents, hommes et femmes, un ensemble composé de documentaires, de fictions, d’œuvres expérimentales, d’animations, avec des marionnettes… N’importe qui a le droit d’aimer ou non, de préférer telle partie à une autre, puisqu’il ne s’agit pas seulement pour les réalisateurs de raconter leur histoire : ils y expriment aussi leur art. On peut tous se sentir coupables face à ce qu’il passe à Gaza, et se dire qu’on doit faire plus par solidarité, mais la solidarité ne signifie pas apprécier tout ce qu’on voit dès lors que ça vient d’un Palestinien, ce serait une logique absurde…

Si l’on s’intéresse à un film, c’est en tant qu’objet artistique qu’on doit en parler, ce n’est pas par solidarité envers nous qu’on a figuré sur la short list des Oscars ou en sélection officielle à Toronto, c’est parce que ces films possèdent une qualité certaine. Nous sommes des réalisateurs, nous faisons des films, du cinéma, et je ne demande à personne d’être charitable au nom de notre manque de budget et d’équipement. 

Enfin, on s’appuie évidemment sur une situation politique pour faire du cinéma mais il ne s’agit pas d’une réaction. Le problème de la réaction est qu’elle s’arrête quand l’action est terminée… Pour ma part, je veux que les films qu’on réalise deviennent meilleurs et plus grands encore avec le temps, que l’on puisse les regarder en tant que films dans cinq ou dix ans, quoi qu’il se passe à Gaza d’ici-là. C’est une chose à laquelle on pense en permanence lorsqu’on réalise ces films.

J’ai été marqué par la quasi-absence des bombardements comme des combats dans les courts-métrages que vous avez produits, comme dans vos propres films. Dans From ground zero on voit des personnes à la recherche de nourriture, d’électricité ou d’un endroit pour vivre. On ne voit ni combattants palestiniens ni militaires israéliens. Et c’est la même chose dans vos propres fictions, dont celles réalisées il y a plusieurs décennies. Couvre-feu se déroule à l’intérieur d’une maison et l’on ne fait que deviner les combats. Haïfa représente un fou qui se prend pour un combattant. Pourquoi ne montrez-vous pas directement les combats et les destructions ?

C’est lié à la façon dont j’aime me rapporter aux événements dans mon cinéma. Dans n’importe quel reportage vous verrez les bombardements, les ambulances et l’annonce des martyres. Le cinéma a un autre rôle, il doit se rapporter aux êtres humains, à leur identité, leur culture, leur mémoire, leurs espoirs. J’ai réalisé Couvre-feu et Haïfa il y a plus de trente ans, mais si vous pouvez encore les regarder aujourd’hui c’est parce qu’ils ne sont pas spécifiquement liés à un événement précis, qu’ils ne se bornent pas à documenter un bombardement ou la destruction d’un lieu en particulier.

Il s’agit de se saisir de la réalité et d’en faire une œuvre artistique. C’est ce qui selon moi produit le plus de sens. Les Palestiniens ne se résument pas au fait d’être soit des combattants soit des victimes de l’occupation israélienne. Nous formons une société, avec sa culture, ses couleurs, sa nourriture, sa musique, ses clivages… D’ailleurs dans la plupart de mes films je critique l’Autorité Palestinienne et les leaders palestiniens.

Sorry cinema de Ahmed Hassouna

L’acteur principal de  Haïfa, Mohammad Bakri, est décédé récemment. J’aimerais que vous nous parliez de cet acteur et réalisateur palestinien très important, auquel vous avez prévu de rendre hommage.

Oui, je rendrai hommage à Mohammad Bakri ce lundi 18 mai au Festival de Cannes1. Mohammad faisait partie de mes amis proches et il était déjà présent dans mon premier court-métrage, The Shelter, réalisé en 1986. C’était il y a exactement quarante ans, ce film durait 30 minutes et il a été en compétition à Berlin en 1987. Quant à Haïfa, c’était le premier film palestinien en sélection officielle à Cannes. La première fois que Mohammad Bakri est allé à Cannes, c’était avec moi. J’ai aussi tourné L’Anniversaire de Leila avec lui, un film important, très ironique, qui a reçu une vingtaine de prix, notamment celui de meilleur acteur pour Mohammad. Enfin, il est l’un des personnages principaux de mon prochain film, Les enfants du pays, dont l’essentiel du tournage aura lieu en Jordanie, mais pour lequel Mohammad Bakri avait enregistré un monologue et me l’avait envoyé. On a beaucoup échangé à propos de ce film et de son personnage avant son décès.

Mohammad a aussi beaucoup joué pour le théâtre comme avec d’autres réalisateurs, vous connaissez probablement Hanna K de Costa-Gavras. Il a enfin réalisé plusieurs documentaires, notamment Jenin, Jenin qui est sorti en 2002. Le film a été interdit en Israël et Mohammad s’est retrouvé au tribunal. Mais ce que les gens ne savent peut-être pas, c’est que Mohammad Bakri était une personne très simple et honnête, avec de grands rêves pour l’art et le cinéma. Pour lui, un film ce n’était pas seulement un scénario, un casting et une réalisation. Il ne s’agissait pas seulement de jouer un personnage. Mohammad voulait partager un propos, partager le but d’un film et c’était évidemment intéressant pour les réalisateurs d’échanger avec lui, sur le film, pas seulement sur le personnage qu’il incarnait. Si vous regardez Haïfa, vous pouvez vous dire qu’il y avait là quelque chose de risqué, avec ce personnage entre la folie, la sagesse et la vérité… Si le personnage fonctionne, alors il peut s’agir d’un grand film, mais si ce n’est pas le cas on se retrouve sans rien et il n’y a plus de film.

J’ai vu dans Haïfa le cliché du fou qui dit la vérité, avec un personnage obsédé par une ville à laquelle a renoncé l’OLP au moment des accords d’Oslo…

Exactement. Ça faisait partie de mes motivations lorsque j’ai réalisé ce film, puisque ma famille est originaire de Jaffa. C’est la même chose, si tu parles de Haïfa tu englobes cette situation. J’ai été déçu par les accords d’Oslo et le processus de paix. Je suis né et j’ai grandi dans un camp de réfugiés, Al-Shati, le camp de réfugiés de la plage à Gaza. Mon grand-père était pêcheur, nous étions des réfugiés et notre existence reposait sur le rapport à la ville dont nous étions originaires. Jaffa était en quelque sorte le sol sur lequel nous marchions. Puis, soudainement le sol nous a été dérobé, les accords d’Oslo n’ont mené nulle part et il n’y avait plus rien à attendre. C’est de cela qu’est né le film Haïfa.

J’ai entendu que vous aviez été conseillé par Mahmoud Darwisch à propos de ce film…

Oui, Mahmoud Darwisch et Mohammad Bakri venaient d’ailleurs de villages proches de Haïfa. Al-Birwa pour Mahmoud Darwisch et Bi’ina pour Bakri. Mahmoud Darwisch est le premier à avoir lu le scénario et il m’a donné quelques conseils, à commencer par le titre du film. J’étais très en colère et très investi, à la fois en tant que cinéaste, en tant que réfugié, en tant qu’habitant de Gaza. Je me disais que ce pour quoi nous vivions et combattions était en train de disparaître. J’étais engagé, non seulement artistiquement mais aussi politiquement. J’avais d’abord appelé le film Dernier train pour Haïfa. Mais Mahmoud Darwisch m’a dit qu’il n’était pas possible de clore ainsi l’histoire, que je ne pouvais pas décider qu’il s’agissait de la fin, il insistait sur le fait que la vie continue, que d’autres générations vont venir. Il m’a donc conseillé de nommer simplement le film Haïfa, qui est le nom de la ville mais aussi le surnom donné au personnage. Certaines scènes de la première version du scénario étaient aussi trop directes, puisque je m’en prenais à Yasser Arafat. Mahmoud Darwisch est intervenu pour que je cible un processus plutôt qu’une personne.

Vous avez déjà rencontré Yasser Arafat ?

Oui, on se connaissait bien, on a eu beaucoup de discussions… Je le connaissais même mieux que je connaissais Mahmoud Darwisch. Darwisch n’était pas non plus favorable aux accords d’Oslo mais il ne s’y est pas opposé frontalement.

Il a tout de même démissionné de la direction de l’OLP à ce moment...

Certes, mais Mahmoud Darwisch est tout de même retourné à Ramallah en lien avec l’Autorité Palestinienne, parce qu’il voulait donner une chance au processus. C’était une figure plus importante que moi dans la vie des Palestiniens, alors c’était plus difficile pour lui de s’opposer ouvertement et frontalement, même s’il a finalement aimé le film.

Pouvez-vous nous parler du projet projet From ground zero+, qui est la suite de From ground zero ?

Comme vous le savez la guerre à Gaza n’a pas cessé et la situation a même empiré, alors nous souhaitons produire encore plus de films à Gaza. From ground zero+ est une série de dix films, dont trois durent plus d’une heure : Le clown de Gaza, Citizen Osama et Sama. En plus de ces trois longs documentaires, il y a sept courts-métrages, qui durent entre 20 et 30 minutes chacun. À l’exception de Sama et Citizen Osama sur lesquels nous avons fini de travailler récemment, les huit autres films ont été déjà diffusés lors de festivals de cinéma, comme l’IDFA à Amsterdam. Cinq ont été aussi diffusés en sélection officielle à Clermont-Ferrand. Ces films vont continuer à être montrés. Par ailleurs Sama est co-produit par Arte et sera diffusé à la télévision.

Vous pouvez nous parler un peu plus de votre présence au Festival de Cannes cette année ?

Je serai à Cannes, sur le Pavillon palestinien au sein du village international2, comme l’année dernière. Aussi, un de nos nouveaux films sera présenté à l’endroit que l’on nomme le Marché3, où sont mis en avant les œuvres qui n’ont pas encore de distributeur. Il s’agit de Citizen Osama, un documentaire de 70 minutes réalisé par Ahmed Hassouna qui montre le quotidien d’un journaliste durant la guerre à Gaza, sa vie professionnelle, mais aussi son existence personnelle, comme celle de sa famille et de ses amis.

Avez-vous prévu de retourner prochainement en Palestine ?

J’ai une société de production de films à Ramallah, et jusqu’à la guerre à Gaza je vivais entre Ramallah et Paris. Depuis, je passe l’essentiel de mon temps en France sans faire d’allers-retours, parce que je suis extrêmement occupé par la coordination des projets à Gaza, où je retournerai dès que ce sera possible.

Que souhaitez-vous y faire ?

Je souhaite ouvrir une école de cinéma à Gaza, j’en parlerai d’ailleurs à Cannes ce 18 mai4. Je ne sais pas quand nous aurons des locaux, mais les ateliers commenceront avant que les murs soient construits, des étudiants apprendront bientôt à réaliser leur tout premier film. J’ai lancé le projet avec ma société Masharawi Fund mais nous sommes quatre ou cinq cinéastes palestiniens, notamment Michel Khleifi, mais aussi Mai Masri, une documentariste très connue au sein du cinéma palestinien, originaire de Naplouse, qui vit maintenant au Liban, et Raed Andoni de Béthléem. J’échange aussi avec Anne-Marie Jacir, la réalisatrice de Palestine 36. Voilà pour ce qui est des réalisateurs et des réalisatrices. Ensuite nous formerons un autre comité d’une trentaine de personnes qui soutiendront le projet.

Comment sera financée cette école de cinéma ?

Cela s’appuiera exclusivement sur des dons, car je souhaite garder ma liberté. Je ne souhaite pas de financements institutionnels. Par contre, il y aura des partenariats avec d’autres écoles de cinéma dans le monde, notamment en France. Ça pourra permettre d’avoir des programmes communs ou des cours à distance, ce qui est nécessaire au vu de la situation de Gaza.


  1. https://www.palestinefilminstitute.org/en/cannes-2026/events/mohammad-bakri ↩︎
  2. https://www.palestinefilminstitute.org/en/cannes-2026/ ↩︎
  3. https://agencemediapalestine.fr/blog/2026/04/21/marche-de-cannes-2026-le-palestine-film-institute-poursuit-la-presence-du-cinema-palestinien/ ↩︎
  4. https://www.palestinefilminstitute.org/en/cannes-2026/events/gaza-film-school ↩︎

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