Amérique latine : l’offensive réactionnaire

avec Olivier COMPAGNON
publiée le
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animée par Tarik BOUAFIA

Unanimement présentée comme une spectaculaire démonstration de force, l’invasion du Venezuela et l’enlèvement de son président pourrait bien témoigner d’autre chose. Et si ce coup d’éclat n’était au contraire qu’un signe de faiblesse et l’expression désespérée d’un empire à bout de souffle, conscient de son déclin et prêt à tout pour sauver son rang ? Jamais en effet les Etats-Unis ne se sont à ce point retrouvés dans une telle configuration, concurrencés par une Chine qui ne cesse de remporter des batailles stratégiques, à l’image de la transition énergétique. C’est précisément à l’aune de cet affrontement avec Pékin qu’il faut analyser les prétentions impériales de Washington. Qu’il s’agisse de l’exploitation du pétrole vénézuélien, du contrôle des zones stratégiques comme le Canal du Panama, de l’accès privilégié aux ressources énergétiques et minières, les Etats-Unis se sont engagés dans ce que l’économiste et historien Arnaud Orain appelle un « capitalisme de la finitude », autrement dit « une vaste entreprise navale et territoriale de monopolisation d’actifs – terre, mines, zones maritimes, personnes esclavagisées, entrepôts, câbles sous-marins, satellites, données numériques – menée par des Etats-nations et des compagnies privées afin de générer un revenu rentier hors du principe concurrentiel ». Cette forme de capitalisme, qui n’est pas nouvelle, est toujours alimentée « par un sentiment angoissant suscité par les élites (…) celui d’un monde ‘‘fini’ ’borné, qu’il faut s’accaparer dans la précipitation ». Souvent décrite comme erratique et irrationnelle, la politique impulsée par l’administration étatsunienne est loin d’être inintelligible. Parfaitement claire et identifiable, elle repose sur une double logique de prédation et de domination dont l’objectif est d’assurer aussi longtemps que possible la prééminence de Washington sur la scène internationale.

Dans un monde en proie aux bouleversements géopolitiques constants, l’Amérique latine se doit de redevenir, aux yeux de Donald Trump, la chasse gardée exclusive des Etats-Unis.Pour cela, Washington utilise le chantage et la menace pour forcer les électeurs à « bien » voter comme ce fut le cas au Honduras et en Argentine et promet de récompenser les dirigeants qui accepteraient de s’aligner sur ses intérêts. Enfin, il tente de reprendre directement pied sur le continent en déployant son armée comme en Equateur.

Cette reconquête est en partie possible grâce au retour, dans de nombreux pays de la région, des droites au pouvoir. Du Salvador à l’Argentine en passant par la Bolivie et le Chili, l’Amérique latine connait un revirement politique qui met fin à la grande vague progressiste qui a déferlé au début des années 2000. Revancharde et radicalisées, les droites latino-américaines, bien que diverses, assument ouvertement de mener une bataille culturelle sur plusieurs fronts. Longtemps mobilisé par la gauche qui en avait fait l’instrument au service de ses politiques interventionnistes et redistributives, l’Etat est aujourd’hui décrié, voué aux gémonies par des forces sociales qui ne jurent que par la Liberté.. A l’université de Buenos Aires, des jeunes partisans du président Javier Milei l’affirment : « la rébellion est de droite ».

Le recul dramatique des partis progressistes doit conduire à un bilan critique. A commencer par les questions névralgiques de la transformation des modes de production et des rapports de propriété ainsi que des réformes structurelles qui n’ont pas vu le jour. Esquiver ces questions, c’est se condamner à revivre éternellement la même histoire.

Tarik BOUAFIA

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Durée 73 min.

3 réponses à “Amérique latine : l’offensive réactionnaire”

  1. Julie JAROSZEWSKI

    Très déçue par cette émission. Historiciser sans prononcer une seule fois le nom de Simon Bolivar il faut le faire. « hemisphere Occidental des Amériques »? Pourquoi ne pas dire « la grande caraïbe » et s’ancrer dans le continuum de la resistance des peuples. Pas un seul mot sur la mise en place de la démocratie participative, le pouvoir communal, les 5000 communes actives au Venezuela et les ressorts constitutionnels qui legalise leur existence et le fonctionnement du Ministère du Pouvoir Communal.

    « le pouvoir autoritaire de Maduro est indéniable », bien. On peut avoir des noms, des chiffres, des contextes, des sources? L’ancien rédacteur en chef du monde diplomatique Maurice Lemoine a de nombreuses fois démontés la nature de ces prisonniers politiques, dans n’importe quel état de droit ils auraient été arrêtés pour lesfaits commis. On n’organise pas coup d’état, appel au meurtre impunement.

    Ignacio Ramonet a réalisé une itw de Maduro la veille de son kidnapping, il suffit de l’écouter pour comprendre que Delcy Rodriguez suit la ligne.

    Pas un mot non plus sur l’union civique et militaire…

    Invisibilisation totale du soutien populaire à Maduro

    Nous ne voyageons décidément pas dans les mêmes quartiers de Caracas. Par ailleurs il y a un monde après Caracas, fait de luttes agraires victorieuses et d reconstruction communale. Votre invité n’y a jamais mis les pieds.

  2. Julie JAROSZEWSKI

    Pourquoi ne pas inviter Maurice Lemoine. Nous avons besoin d’entendre une vraie connaissance du terrain ?

  3. titou

    Merci de cet entretien digne du régime micron, ce monsieur est une serpillère de l’oligarchieUS : le fait qu’il puisse parler sur rance inter est une preuve supplémentaire . On attend sa visite à Caracas et son livre.
    Inviter Maurice Lemoine cela vous dérange? Romain Migus , vous connaissez?
    Concernant la politique extérieureUS, il eut été bon de rappeler à ce monsieur le nombre d’années s en Paix des US. le régime US cela existe ou pas ? il est insupportable de nommer tout ce que l’on n’aime pas est un régime ! Ce monsieur est un bouffon qui n’a jamais vécu sous sanctions US ni sous pression de la NED! Chez nous la bataille culturelle est perdue depuis 45!
    Selon ses dires l’impérialisme US c’est comme le bon dieu .
    Si vous voulez assurer vos réabonnements , il va falloir inviter de meilleurs intervenants , on ne paye pas pour entendre
    Radio Free Europe.
    Ce bonhomme est un réac, on sent que la Chine lui donne des boutons.
    Il va falloir lui expliquer que le capitalisme fondé sur la croissance va amener la destruction du VIVANT.
    LES SANCTIONS cela existe? L’émigration quand votre pays est sous sanctions, est-ce normal pour ce historien à la manque? Les dénoncer cela vous fermerait la porte des radios sous emprise de l’Élysée.
    Le seul intérêt de cet entretien est d’entendre quelqu’un résonner comme un tambour…(Bachelet socialiste?)
    Le capitalisme nous amène à la guerre civile pour le plus grand profit des marchands d’armes et de l’oligarchie.
    Au Honduras , les dernières .élections sont truquées et il n’en parle pas !
    Vous avez omis de lui parler de la Palestine et du Vénézuela: il ne fallait le mettre mal à l’aise…

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