Unanimement présentée comme une spectaculaire démonstration de force, l’invasion du Venezuela et l’enlèvement de son président pourrait bien témoigner d’autre chose. Et si ce coup d’éclat n’était au contraire qu’un signe de faiblesse et l’expression désespérée d’un empire à bout de souffle, conscient de son déclin et prêt à tout pour sauver son rang ? Jamais en effet les Etats-Unis ne se sont à ce point retrouvés dans une telle configuration, concurrencés par une Chine qui ne cesse de remporter des batailles stratégiques, à l’image de la transition énergétique. C’est précisément à l’aune de cet affrontement avec Pékin qu’il faut analyser les prétentions impériales de Washington. Qu’il s’agisse de l’exploitation du pétrole vénézuélien, du contrôle des zones stratégiques comme le Canal du Panama, de l’accès privilégié aux ressources énergétiques et minières, les Etats-Unis se sont engagés dans ce que l’économiste et historien Arnaud Orain appelle un « capitalisme de la finitude », autrement dit « une vaste entreprise navale et territoriale de monopolisation d’actifs – terre, mines, zones maritimes, personnes esclavagisées, entrepôts, câbles sous-marins, satellites, données numériques – menée par des Etats-nations et des compagnies privées afin de générer un revenu rentier hors du principe concurrentiel ». Cette forme de capitalisme, qui n’est pas nouvelle, est toujours alimentée « par un sentiment angoissant suscité par les élites (…) celui d’un monde ‘‘fini’ ’borné, qu’il faut s’accaparer dans la précipitation ». Souvent décrite comme erratique et irrationnelle, la politique impulsée par l’administration étatsunienne est loin d’être inintelligible. Parfaitement claire et identifiable, elle repose sur une double logique de prédation et de domination dont l’objectif est d’assurer aussi longtemps que possible la prééminence de Washington sur la scène internationale.
Dans un monde en proie aux bouleversements géopolitiques constants, l’Amérique latine se doit de redevenir, aux yeux de Donald Trump, la chasse gardée exclusive des Etats-Unis.Pour cela, Washington utilise le chantage et la menace pour forcer les électeurs à « bien » voter comme ce fut le cas au Honduras et en Argentine et promet de récompenser les dirigeants qui accepteraient de s’aligner sur ses intérêts. Enfin, il tente de reprendre directement pied sur le continent en déployant son armée comme en Equateur.
Cette reconquête est en partie possible grâce au retour, dans de nombreux pays de la région, des droites au pouvoir. Du Salvador à l’Argentine en passant par la Bolivie et le Chili, l’Amérique latine connait un revirement politique qui met fin à la grande vague progressiste qui a déferlé au début des années 2000. Revancharde et radicalisées, les droites latino-américaines, bien que diverses, assument ouvertement de mener une bataille culturelle sur plusieurs fronts. Longtemps mobilisé par la gauche qui en avait fait l’instrument au service de ses politiques interventionnistes et redistributives, l’Etat est aujourd’hui décrié, voué aux gémonies par des forces sociales qui ne jurent que par la Liberté.. A l’université de Buenos Aires, des jeunes partisans du président Javier Milei l’affirment : « la rébellion est de droite ».
Le recul dramatique des partis progressistes doit conduire à un bilan critique. A commencer par les questions névralgiques de la transformation des modes de production et des rapports de propriété ainsi que des réformes structurelles qui n’ont pas vu le jour. Esquiver ces questions, c’est se condamner à revivre éternellement la même histoire.
Tarik BOUAFIA

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