Hors-Série
Arret sur Images
Me connecter
abonnez-vous


Extension du domaine de la répression

Aux Sources

Vanessa Codaccioni

Les violences policières, qui frappent depuis longtemps les quartiers populaires, s’immiscent enfin, laborieusement, dans le débat public. Le mouvement des gilets jaunes aura eu ce triste mérite : faire prendre conscience que le commissariat est la première zone de non-droit. Après avoir visionné la terrible vidéo des lycéens agenouillés de Mantes-la-Jolie, je me dis que, si la police n’est pas encore détestée par tout le monde, elle s’approche méchamment du but. Elle est aidée, bien sûr, par un gouvernement suicidaire, qui verse joyeusement de l’huile sur le feu à coups de déclarations incendiaires et de consignes de fermeté adressées aux préfets et au parquet.

La comparaison avec Vichy est exagérée et elle dessert le propos. Mais cette époque, comme celle de la guerre d’Algérie, reste un réservoir d’expériences sur lequel nos gouvernants jettent parfois un regard, curieux mais honteux, intéressé mais non assumé, afin d’inventer – ou d’exhumer – de nouvelles mesures répressives. Depuis une dizaine d’années, les lois antiterroristes s’empilent à un rythme effréné. Et, derrière les cibles officielles, elles s’abattent sur les cibles inavouées : les musulmans dont on perquisitionne le domicile, les écologistes qu’on assigne à résidence, les syndicalistes auxquels on interdit de manifester, les manifestants qu’on arrête préventivement. Vanessa Codaccioni, historienne et politiste, décrypte à merveille la façon dont le pouvoir assimile les militants à des délinquants afin de museler la révolte. Son dernier ouvrage, Répression. L’Etat face aux contestations politiques (Textuel, 2019) revient sur la genèse de cette logique répressive et sur ses dispositifs les plus récents, comme la massification des gardes à vue qui vise à intimider les activistes. Les procès qui frappent de plus en plus souvent les contestataires ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. Ils cachent d’autres formes de répression, indirectes et insidieuses, que Vanessa Codaccioni s’attache à dévoiler.

Pour ne pas en rester au stade – nécessaire mais potentiellement démoralisant – de la critique, l’historienne prend soin d’explorer les manières d’endiguer cette dérive liberticide. Les énergies ne manquent pas. Epaulées par des journalistes indépendants, des avocats engagés et des comités de solidarité, les victimes de la répression s’organisent et élaborent leurs revendications, sur lesquelles mon invitée porte un regard avisé. Une émission pleine d’enseignements. Bon visionnage !

Manuel Cervera-Marzal

Aux Sources , émission publiée le 09/03/2019
Durée de l'émission : 73 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

5 commentaires postés

Très intéressant. A la cour d'assises spécialement aménagée, il convient d'ajouter la procédure de comparution immédiate qui enferme à grande échelle des misérables

Par simon le chien, le 30/03/2019 à 20h56

document passionnant. des vigiles comme elle sont indispensables pour veiller à ce que notre démocratie ne se vide pas de son sens .
il faudrait que cette personne forme la police afin d'augmenter le niveau de conscience du role qu'elle joue dans la société afin d'endiguer les perversion des politique qui font un usage securitaire quand leur fin guette

Par bernejo, le 21/03/2019 à 12h59

merci très intéressant

Par delphine b, le 11/03/2019 à 03h29

il reste sans doute sur cette terre, quelques groupes humains sans police ni prison, en Amazonie, Papouasie, polynésie…. dans nos pays la répression et le contrôle des populations augmentent en proportion des moyens techniques et "l'intelligence artificielle" est d'abord policière.
on verra si, comme l'écrit m-cervera-marzal, la détestation de la police devient unanime, suite à la répression des manifestations des gilets jaunes, il se peut que se soit exactement l'inverse et que le conformisme se renforce.

la révolution s'est aussi, surtout, au niveau de l'individu et le combat fondamental c'est d'échapper au déterminisme de sa classe sociale, par la ruse et l'imaginaire.

Par luc lefort, le 10/03/2019 à 13h57

Excellente émission, qui me permet, grâce à cet entretien entre Vanessa et Manuel, de mesurer le danger, pas évident à priori,d'être simple "gilet jaune" Merci donc à Hors série.

Par theztul, le 09/03/2019 à 19h53