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commentaire(s) publié(s) par Philomène

6 commentaires postés

20/10/2018 - Dans le Texte - La Condition anarchique

A Abracadabra : ce n'est pas du tout le tome II ou la continuité des propos de Lordon, c'est une interrogation (qui se veut critique mais respectueuse) à ce qui s'est dit ici.
(Au fait, de quelle image subliminale parlez vous?)

posté le 22/10/2018 à 06h49

20/10/2018 - Dans le Texte - La Condition anarchique

Je ne sais pas trop par où commencer.

D'abord un étonnement : ce thème de la teneur affective des valeurs, du nihilisme qu'elle impliquerait et la possibilité de justement pousser cette logique jusqu'au bout, jusqu'à un conventionnalisme absolu qui ne reposerait finalement que sur la "puissance" a déjà été reprise et pas de la moindre des manières. Il s'agit de la pensée nietzschéenne. Je suis très étonnée de ne rien en entendre (peut-être cela apparait dans la réflexion écrite). En tous cas Nietzsche distingue bien différentes formes de nihilismes, du passif à l'actif, où dans ce dernier on se hâte d'aller jusqu'au bout de la logique des valeurs qui reposent sur la supposition de substances (au sens littéral de d'un soubassement de l'être), d'"arrières-mondes".

Et justement, ma deuxième remarque est en lien avec ce rappel philosophique : la possibilité de refonder des valeurs nouvelles, autres, qui prennent en compte une nouvelle anthropologie où les passions ne sont plus secondaires, suppose donc cette "descente" comme l'appelle Judith, "généalogie" comme l'appelle Nietzsche. Or, en descendant ainsi, ce que maintient Spinoza de cette toute puissance de la raison, semble quand même être un résidu des pensées de l'arrière-monde. Je m'explique : l'Ethique semble être scindée en deux. Les premières parties, jusqu'à la partie IV sur les passions humaines semblent refonder une nouvelle anthropologie car elles fondent une nouvelle conception du monde et notamment de Dieu lui-même ("Deus sive natura"...) mais cette dernière partie sur la béatitude du sage reste incompréhensible si on en reste à une conception de la raison comme ce qu'en a donné la tradition de l'Antiquité grecque revue par le christianisme. En effet, selon cette conception la raison humaine n'a rien à voir avec ce monde d'ici-bas, ce monde de matière corruptible et de non-sens. Tant Platon que Saint Augustin nous font comprendre que la raison est le signe d'une supériorité ontologique de l'homme, d'une nature autre, meilleure (d'où on tirerait des valeurs absolues...). Bref, si on rompt avec cela, ce que fait Spinoza - semble-t-il sans même le vouloir vraiment - sa dernière partie sur la conduite de la vie sous la raison est à comprendre autrement que ne l'a exposé la vidéo, qui semble poser passions et raison comme antithétiques.

Ce deuxième point simplement pour émettre une critique sur la logique de fond de la "transvaluation des valeurs" si on adopte un langage nieztschéen : les nouvelles valeurs que l'on cherche ici à poser (valeurs "de gauche"), malgré ce fait principiel que les valeurs ne sont que le résultat d'affects, peuvent avoir un réel ancrage. Si on prend au sérieux l'influence de Spinoza sur Nietzsche, la seule possibilité de mettre fin à des valeurs qui se perdent ou qui subissent des inflations jusqu'à devenir des non-sens reviendrait à les ancrer au monde réel, matériel, la Nature, ce monde d'ici-bas. Pourquoi je dis cela ? Parce-qu'à trop souligner le caractère affectif, au sens de sentiments, des valeurs, la transvaluation voulue n'aboutira pas. Exemple : si ce n'est que mon intérêt qui fait la valeur d'une chose tout se vaut. En quoi serait-il meilleur de vouloir partager les richesses du monde plutôt que de se les accaparer ? Tout est pareil! Nous sommes alors dans un nihilisme passif. En revanche, si ce qui vaut dépend d'affects au sens spinoziste de ce qui a un effet sur moi, ce qui agit quasi-physiquement sur moi, alors là oui, le fait que telle chose se passe et pas une autre devient fondamental. Si le fait de manger des OGM me rend malade alors là oui il est important, objectivement, de s'y opposer puisque cela m'enlève de ma puissance d'agir. C'est objectivement moins bien que de laisser des multinationales produire des OGM. Ainsi, la question du changement politique n'est plus une question de posture idéologique (telle chose est mieux en soi, d'un pt de vue d'une manière de pensée) mais d'effets de décisions sur ma vie, mon corps, ma capacité d'agir, mon conatus.

Bref, tout ça pour dire que la grande distinction oubliée dans cette affaire est celle de Marx : valeur d'usage/valeur d'échange. Dire que la valeur est affaire d'affect c'est oublier de préciser ce qu'est l'affect. (Spinoza parle d'affect et non de simple désir ...). Ce n'est pas seulement l'affect au sens de l'affectivité psychologique, j'aime/je n'aime pas, tu me plais/tu me dégoûtes ; mais telle chose interfère dans mon action, tel être influe sur moi/j'influe concrètement sur un ensemble d'autres êtres. Ainsi, même si la pensée de Spinoza apparait très abstraite, elle est à considérée d'un point de vue matérialiste au sens marxien. La valeur n'est pas seulement ce qui acquiert existence et force d'un point de vue symbolique par la convergence d'une multitude ; c'est aussi ce qui nous permet de vivre, ce qui "importe" pour nous non plus symboliquement mais le plus concrètement du monde (pouvoir manger, se loger...). Là aussi donc, très étonnée de ne pas entendre parler de valeur d'échange et de valeur d'usage. Si la valeur financière s'envole, c'est qu'on met de côté la valeur d'usage des choses. Ce n'est pas que la valeur n'ait aucune réalité tangible qui ne la soutienne, mais parce qu'on aimerait en tant qu'humain, encore pétris de désirs d'au-delà, que notre vie immatérielle n'ait rien à devoir au matériel. Cette question va en fait très loin. Prendre au sérieux la question de la valeur c'est interroger ce qui fait de nous des êtres humains autres que de simples animaux (et si c'est vraiment le cas) ! Les choses en elles-mêmes ont une valeur intrinsèque : la valeur intrinsèque d'un pull est de nous tenir chaud. Or, peu d'humains achètent un pull seulement pour cela. On achète un pull pour avoir tel ou tel style donc apparaitre d'une manière auprès d'autres.

Il est donc effectivement très possible d'être désespéré par la question des valeurs : lorsqu'on comprend que pour un être humain pour qui l'altérité est nécessaire à sa propre construction, on comprend que rien ne vaut par lui-même mais seulement du point de vue de la reconnaissance des autres. Spinoza s'attarde sur la question de la valorisation via les autres (c'est peut-être même cela dont il est question ici par valorisation par la multitude). Ce qui est intéressant est ce processus de réciprocité : pourquoi qqch ne vaut que s'il vaut aussi pour autrui ? Vouloir une belle et grosse voiture clinquante a-t-elle un sens si elle n'est pas admirée par d'autres, qui par leur admiration donne de l'importance au propriétaire de la voiture ? Mais tout se mélange : ce désir d'être reconnus des autres (reconnu positivement, voire au-dessus des autres) ne vient-il pas d'une non acceptation de l'être-néant de l'homme ? Du fait que nous nous valons, que nous allons tous mourir et qu'il n'y aura ni salut ni rien d'autre ? Que nous sommes de la même nature que la matière, la terre, la moisissure ... De là il est possible par une force philosophique extrême d'accepter ce sort absurde de notre existence (ici par un nihilisme actif qui devient créateur et artiste, en se confrontant au réel et en voulant en être, créateur de formes). Mais la majorité - y compris moi - de l'humanité ne le peut dans l'état actuel de la pensée, et Spinoza non plus. Si on en était capable, le changement que l'on souhaite voir arriverait : changer les couches d'un bébé apparaitrait comme une valeur suprême (l'hygiène étant la condition sine qua non pour vivre) ; et la production de publicités pour des produits dont nous n'avons pas besoin cesserait. Mais cela supposerait une refonte complète de notre imaginaire, même pour les moins religieux d'entre nous et les plus prêts à changer.

posté le 21/10/2018 à 15h11 ( modifié le 21/10/2018 à 15h15 )

13/10/2018 - Dans Le Mythe - Les Super-héros

Merci beaucoup pour cette émission très riche en termes de références de comics !

Je n'ai pas pu m'empêcher de penser au sketch de l'humoriste français d'origine camerounaise Thomas N'gijol "Le superman noir" dans lequel il montre la limite de Superman ("Quand Superman vole au dessus de l'Afrique il fait semblant de pas nous voir") et imagine ce que serait un Superman noir et il en arrive à la conclusion que ce serait simplement un dictateur qui profiterait de ses supers pouvoirs pour s'en sortir lui et non venir en aide aux hommes.

Je trouve ce sketch assez drôle et assez juste dans la critique : peut-être que pour répondre à la question de l'absence de Superman arabe, il faut se demander dans quelle mesure penser un homme avec des super pouvoirs et qui les mettrait au service d'une amélioration de la vie terrestre n'est pas une problématique d'une subjectivité purement occidentale et sécularisée. Ce qui recoupe l'idée de départ de l'interview : les supers héros reflètent notre pouvoir croissant sur le monde et les responsabilités qui vont avec mais surtout il rompent avec la question de Dieu et d'un au-delà. C'est complètement anthropocentré malgré le fait qu'on mobilise des formes toujours très diverses de leurs pouvoirs (feu, forces physiques diverses ...) et justement ce sont ces super héros qui "sauvent" (la question du salut est complètement métamorphosée).

Bref, tout ça pour dire que cette thématique est super riche et intéressante mais je trouve qu'elle est angoissante d'un point de vue de la richesse des cultures humaines car elle force (de manière douce #softpower mais quand même) des pensées différentes à adopter ce prisme narratif pour imaginer les choses. Et peut-être qu'en adoptant ce type de récit on perd qqch (même s'ils peuvent être subvertis comme l'a montré la partie sur l'appropriation des milieux homosexuels ou féministes ; ou même la représentation des super héros japonais où la collectivité semble plus importante comme dans Dragon Ball Z).

posté le 14/10/2018 à 11h01

21/04/2018 - Dans Le Mythe - Cannibales !

Merci pour cette émission très riche.

J'aurais deux petites remarques : je trouve dommage que la discussion soit simplement un suite d'aspects du thème. La problématisation identité/altérité aurait pu mieux structurer l'ensemble de l'entretien, notamment dans sa seconde partie : je trouve la conclusion - si conclusion il peut/doit y avoir - pauvre voire inexistante, on reste un peu sur notre faim ... La seconde remarque est que vous aviez annoncé une dimension amoureuse de la question. Elle affleure dans l'analyse d'Hannibal Lecter mais elle n'est pas traitée pour elle-même, or je trouve qu'elle est relativement centrale : le rapport de possession (indu ?) qu'il y a dans la relation amoureuse qui culmine dans le "fait de ne faire qu'un" charnellement jusqu'à la possibilité de mettre au monde un enfant ! La partie développée - insuffisamment - par Rafik Djoumi sur l'allaitement est passionnant. La dimension métaphysique de la dialectique création/destruction qu'implique la figure cannibale joue son plein à ce niveau-là, et le fait que les réalisateurs des derniers films sur cette figure soient des réalisatrices peut être intéressante (je suis consciente de la nécessité de calibrer la vidéo en un temps limité mais j'attendais bcp de cet aspect là). Peut-être que Mondher Kilani l'aborde dans son livre ?

En tous cas je vous remercie. Avec la vidéo de la semaine dernière de François Cusset sur la violence, la dimension philosophique des entretiens refait surface, ça fait plaisir.

posté le 21/04/2018 à 20h41

08/10/2016 - Aux Ressources - La fabrique scolaire de l'Histoire

La deuxième partie de l'entretien est extrêmement intéressant. D'abord pour le partage d'expérience en tant que jeune prof pleine de bonnes intentions qui aboutit finalement à une imposition idéologique d'une image à des enfants : je trouve ce propos très vrai, en tant que jeune prof (de philo), et trop rare sur Hors-série. On sort - enfin ! - de notre entre-soi gauchiste pour s'interroger vraiment sur nos propres représentations, leur place et leur rôle dans la société (et on a un discours très pratique, concret qui sert comme partage d'expérience). Ensuite, pour l'idée de "sociologiser" l'histoire - ce qui devrait également s'appliquer à la philosophie, mais pas de la manière dont en appellent souvent nos intellos mais dans la perspective d'une dé-héroïsation : oui ce sont des gens "normaux" qui pensent, qui agissent et qui peuvent faire changer les choses. Il n'y a pas besoin d'appartenir à la classe des intellos, des bac +5 pour pouvoir avoir un avis légitime sur ce qui se passe dans notre société. Entretien vraiment intéressant, je repars avec un site super - Aggiornamento hist/geo - pour essayer à l'avenir des projets inter-disciplinaires histoire/philosophie dans cette perspective, un grand merci à Mme De Cock et à Hors-série !

posté le 21/01/2018 à 10h54

11/10/2014 - En accès libre - Les transclasses

Bonjour,

Je vous remercie de cette interview très intéressante et riche. Je voudrais néanmoins souligner un point aveugle de la réflexion développée lors de cet entretien (je n'ai pas encore lu le livre donc peut-être faudrait il que je m'y réfère) qui serait celui des transclasses non réussis, avortés. Je m'explique : vous avez parlé en un certain sens des échecs de transfusions de classes mais cela une fois ces transferts réalisés effectivement (Julien Sorel ou Martin Eden). Or, je m'interroge sur la violence symbolique et émotionnelle qui réside dans la mise en échec de ces parcours. Par exemple, venant d'un milieu moyen voire populaire, j'ai pu accéder à l'université, obtenir un master et passer l'agrégation ... à laquelle j'ai été deux fois admissible mais jamais admise. Or, je m'interroge sur cet échec non pas seulement du point de vue des connaissances mais sur la force d'un ensemble de représentations mais aussi de pratiques (à la fac nous disposons d'autres moyens pour se former que ceux qui disposent des moyens d'excellence) qui incitent à entreprendre ces parcours d'ascension sociale tout en étant par définition des chemins très élitistes qui broient psychologiquement et socialement (et même économiquement) les personnes qui ne parviennent pas à faire aboutir ces trajectoires par le changement de classe. Que penser des "transclasses ratés" en quelque sorte, qui pour autant qu'ils n'atteignent pas l'autre classe visée, sont néanmoins comme enfermés dans la classe où ils sont par l'incompréhension qu'ils génèrent ?

Je vous remercie,

Une récente abonnée.

posté le 03/07/2017 à 12h09