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L'œil qui programme

Dans Le Film

Jean-François Rauger

Conserver, montrer : c'est la mission que se donne la Cinémathèque Française depuis sa création par Henri Langlois et George Franju en 1935. Si le bien-fondé de cette institution n'est plus à remettre en question à une époque où l'idée du cinéma comme « 7ème art » est largement partagée par tout le monde, cela n'a pas toujours été le cas et il aura fallu en passer par toute une série d'étapes historiques, une guerre esthétique menée sur plusieurs fronts : la conservation des films, la critique cinématographique, les ciné-clubs. La Cinémathèque, adjointe au travail critique de la bande des « jeunes Turcs » aura été un des vecteurs essentiels de cette entreprise d'ennoblissement du cinéma. Car vouloir conserver et vouloir montrer, implique nécessairement que les objets en question méritent de l'être. En discutant avec Jean-François Rauger, directeur de la programmation depuis plus de vingt ans, on découvre un cinéphile soucieux de poursuivre le travail tout en étant au fait des risques encourus. Si les objectifs de la Cinémathèque restent sensiblement les mêmes, cela demande parfois que l'on se batte aussi contre un malentendu quant à sa fonction, se battre aussi contre son propre succès : aimer et « célébrer » le cinéma ne doit pas consister à le muséifer, démocratiser les grandes œuvres ne consiste pas à faire de la Cinémathèque un « dîner de gala » ou une flânerie culturelle. Difficile et fragile équilibre à trouver, dont les remèdes semblent être le cinéma lui-même et un retour aux fondamentaux : la dimension incompressible des films, l'unité du cinéma que voulait Langlois et que Rauger revendique encore et toujours, mais aussi et surtout, cet « œil qui jouit » par delà les époques, et toujours au présent.

Dans Le Film , émission publiée le 01/11/2014
Durée de l'émission : 79 minutes

Commentaires

17 commentaires postés

Après avoir vu, très en retard, l'émission, je la trouve très intéressante. Et puis je ne connais aucun autre endroit où l'on puisse voir des discussions comme celle-ci sur le cinéma, à part quelques trop rares émissions de Rafik Djoumi sur ASI. Cependant si quelqu'un en connaît ailleurs, je suis preneur. :)

Par Moe 13, le 02/01/2015 à 11h13

Très bonne émission qui donne envie de retourner à la cinémathéque.

Par Ribouldingue 80, le 14/12/2014 à 23h22

Je trouve l'attitude de Murielle dérangeante dans cette émission. Convoquer Laurent Jullier de manière répétée pour Jean-François Rauger tape dessus est un acte franchement lâche. On dirait que Murielle cherche à répondre à Jullier par l’intermédiaire d'une autorité (de sa bande), alors qu'elle a eu le loisir de se confronter à lui pendant sa dernière émission.

A 16:30, la vanne de Rauger suivi des ricanements de Murielle résume bien l'esprit de cette émission.

Au final Jullier en sort grandi, Rauger aussi en admettant qu'il y a des bandes de cinéphiles qui doivent s'engueuler. Et Murielle montre une vraie fermeture d'esprit et une sorte de rancune malsaine face a la différence que Jullier représente.

Dommage !

Par Baimba, le 15/11/2014 à 10h56

Moi aussi ça m'intéresse grandement, mais tout autant les commentaires qui critiquent que l'émission en elle-même. N'étant pas du tout cinéphile et ne regardant les "Dans le film" que parce qu'ils sont avec l'ensemble, ça m'éclaire sur bien des points (tout autant les émissions que leurs critiques en-dessous).

Donc merci à tous, au moins ça tente de me faire réfléchir sur ce que je ne connais pas !

Par Matthieu, le 15/11/2014 à 01h41

et bien moi, ça me passionne (désolé de parler de mon cas personnel, mais faut bien un commentaire positif parmi toutes ces râleries)

Par gomine, le 10/11/2014 à 23h22

Ca m'ennuie ces discussions sur le cinéma, désolée.

Par Annie HUET, le 10/11/2014 à 18h39

Si c'est comme ça pour l'émission sur la musique...

Par sleepless, le 05/11/2014 à 09h48

Vertigo : pourquoi l'utilisation des couleurs vertes par Hitchcock, pourquoi cette musique, là, en référence à quelle autre œuvre, pourquoi un si long baiser et qu'est-ce que ça a eu comme impact à l'époque, pourquoi ces choix de plan, de montage, pourquoi ces dialogues, etc. ? Pourquoi ?

"Pourquoi ?", "Comment ?", "Dans quel but ?" plutôt que "Parce que c'est comme ça", sans explications.

De la vraie critique (dedans?), plutôt que de l'opinion, quoi.

Par sleepless, le 05/11/2014 à 09h48

Moi aussi j'en rajoute une couche dans le sens des deux derniers commentaires. Je suis navrée Murielle, mais j'ai vécu certains passages de l'entretien de façon assez violente.
Je n'ai pas compris pourquoi certains extraits de films ont été inséré. Certes, vous évoquez les films dans l'échange. Mais pour vous dire tout mon ressenti: je l'ai vécu comme un procédé rhétorique pour "éduquer" (discipliner?), comme vous le dites, mon regard de spectatrice. A chaque fois c'est comme si on me disait: "voilà le beau". Cela m'a déconcertée, alors qu'il y a certains films que vous citez que j'aime beaucoup par ailleurs.
Je perçois votre passion du cinéma et c'est très agréable. Ce que je vis comme une violence ce ne sont pas la nature de vos goûts, mais que la transmission de votre passion semble devoir forcément passer par une hiérarchisation des films selon les "critères universelles du beau". Pourquoi il ne pourrait pas y avoir des beaux; qui ne s’annulent pas les uns les autres? Je pensais vraiment qu'on avait dépassé depuis longtemps ce vieux débat sur l'universalité du beau: qui est tout relatif, et situé socialement, historiquement, politiquement... Bref, le débat est sans fin et vous vous êtes déjà expliquée. Mais, pour la suite, pourquoi au lieu d'opter pour un regard surplombant sur LE Cinéma qui nous mène vers des antagonismes irréconciliables; ne pourrait-on pas plutôt entrer dans les films, par la petite porte de derrière, de façon plus micro, plus précise?

Par Ali Naldy, le 04/11/2014 à 22h52

@Murielle :
Le problème n'est absolument pas que vous ayez des "parti-pris esthétiques forts", évidemment. Ni même que vous n'arriviez pas à les cacher (même si c'est prendre le risque de vous couper d'une bonne partie des abonnés d'HS).
Le problème, encore une fois, vient du fait que vous ne sembliez pas concevoir qu'on puisse ne pas les partager. Ce qui est tout à fait différent.

Par cyrilkenyatta, le 03/11/2014 à 06h43

@Kyle Butler : Je ne pense pas qu'on puisse démontrer/prouver que Tartempion est (ou pas) un grand artiste. Ca oblige au final à en venir soit à la subjectivité, soit aux critères esthétiques (et les deux en général), et ça ne permet pas de démontrer quoi que ce soit. Sinon l'existence de référents panthéonisés à une certaine époque par certaines personnes. Mais même cela ne permet pas de démontrer que Tartempion est mauvais ou pas. On n'est pas en physique : on en démontre pas que Tartempion est "vrai" ou pas. On ne peut qu'avancer des arguments, qui sont ce qu'ils sont : des choix, des gouts, des sensibilités. Pour bien faire, il faudrait idéalement inviter à chaque fois deux personnes avec des gouts différents, ce qui serait assez difficile à gérer (et peut-être impossible dans certains cas).
Ce qui est sûr (et c'est le cas pour tout HS à un degré moindre), c'est qu'inviter des gens avec lesquels on est d'accord a priori (à l'exception notable de Jullier) n'apporte pas grand chose, sinon renforcer le biais de confirmation et fidéliser un public de bénis-oui-oui (on a déjà quelques beaux spécimens). Sur un site censé comporter de vrais morceaux de critique dedans, c'est paradoxal et rapidement lassant. De la même façon que Radio-Courtoisie évite d'inviter de dangereux gauchistes, HS invite des personnalités HS-compliant (HS-compliant dont je qualifierais l'idéologie de gauche-Téléramesque si j'étais méchant). Donc, ça ronronne, la stimulation des neurones est faible, on ne risque pas d'être bousculé dans ses convictions et on s'emmerde un peu au final.

Par Lefayot, le 03/11/2014 à 00h28 ( modifié le 03/11/2014 à 00h36 )

Je ne vois pas bien pourquoi il y aurait une dichotomie entre "révéler sa conception" et "surjouer une neutralité". De même qu'il n'y a pas de dichotomie entre "critique militante" et "critique neutre-molle-bisounours". Défendre une conception *au motif que* l'autre est insupportable est aberrant.

Jullier l'avait dit et Rauger l'a suivi quasi-textuellement sur ce point : commencer par _expliquer_ *pourquoi* on aime (ou on doit aimer) Vertigo ou *pourquoi* Intouchables n'est pas du cinéma. *De fait*, vous ne l'avez pas fait une seule fois. Pour Intouchables, vous avez dégagé la question d'un revers de main (métaphorique). Idem pour Vertigo.

Il y a même un moment hallucinant où vous allez jusqu'à dire qu'on doit aller découvrir les films de je ne sais quel sombre réalisateur, qu'ok au début on trouve ça difficile et qu'on n'aime pas mais qu'on doit se "forcer à aimer" (sic !) parce que c'est un chef-d'oeuvre (resic !). M'enfin, c'est circulaire comme raisonnement !

Je ne pense pas qu'on demande beaucoup plus que ça : expliquez vos jugements de valeur, détricotez-les. Si les points de vue sont in fine irréconciliables, tant pis, au moins auront-ils été réciproquement entendus. Mais asséner des jugements de valeurs comme s'ils avaient valeur de Vérités Suspendues hors du Temps, ça n'apporte rien à ceux qui sont d'accord et ça aliène les autres.

(La même remarque vaut pour les critiques littéraires : s'il est si évident que Proust/Houellebecq/Modiano sont de grands écrivains/artistes/whatever, ça ne devrait pas être très compliqué à expliquer/prouver : autant commencer par le faire, plutôt que de matraquer la conclusion aux gens dans le souci de leur éducation.)

Moins de "critique militante" et plus de "critique située", svp.

Par Kyle Butler, le 02/11/2014 à 23h37

cyrilkenyatta : Cela s'appelle des partis pris. Je peux tout à fait comprendre que vous ne soyez pas d'accord avec moi mais je ne sais pas faire autrement que révéler ma conception du cinéma au fil des émissions : elle s'érige forcément contre les autres, je préfère cela à une coexistence molle des goûts ou à une neutralité surjouée - cela m'amuse et me passionne davantage de préparer les émissions dans cette optique. Un critique littéraire a aussi son idée de la littérature et de ce que doit être la littérature. Cela n'a rien à voir avec du dogmatisme ou une "propension au totalitarisme intellectuel", il ne faut pas avoir peur d'aimer et de haïr, et dans la mesure où je ne cache nullement mes intentions je pense que cela ne fait pas problème. J'ai du mal à me figurer ce que donne une émission "neutre" sur le cinéma ou du moins sans partis pris esthétiques forts. Toutefois j'entends bien votre commentaire.

Cordialement,
MJ

Par Murielle, le 02/11/2014 à 21h52

Murielle, plus je vous écoute et plus vos propos ont tendance à me glacer le sang...

Que vous soyez absolument convaincue qu'il existe une Vérité et une Beauté intrinsèques et refusiez l'idée même de pouvoir changer d'avis sur cette question, passe encore. Après tout, ça ne regarde que vous. Mais que votre désir, de moins en moins caché, soit que chacun partage votre définition de la Vérité et de la Beauté, comment appeler ça autrement qu'une vilaine propension au totalitarisme intellectuel ? Vous m'objecterez que ça n'est pas VOTRE définition de la Vérité et de la Beauté puisque vous ne faites qu'adhérer à une définition qui serait universelle... Ceux qui ne la partagent pas, comme vous dites, il faut les "éduquer". Fichtre !

PS : Rassurez-moi également. Tous vos prochains entretiens ne vont pas être des règlements de comptes rétrospectifs avec Laurent Jullier ?!?

Par cyrilkenyatta, le 02/11/2014 à 14h35

@Bonjour Paul, des fichiers MP3 seront bientôt disponibles (courant novembre). Bon dimanche.

Par Raphaël, le 02/11/2014 à 14h10

Bonjour,

Pourquoi des fichiers aussi lourds à télécharger ?
Vous pourriez proposer une version light, voire uniquement le fichier audio.
Qu'en pensez-vous ?

Paul

Par paulartuso7, le 02/11/2014 à 11h21

Emission assez laborieuse du fait que Murielle semble chercher auprès d'une "autorité" des justifications à ses présupposés esthético-éthiques ... En tout cas, pour l'opposition Jullier/Rauger, c'est raté : Rauger ne cesse de dire qu'il partage nombre d'assertions de Jullier, répète que le cinéma est un art impur c.a.d que tout film est AUSSI un produit commercial (sauf cas exceptionnel) et souligne que des blockbusters peuvent être de bons, voire de grands films. Il parle très bien de la cinéphilie comme phénomène de bandes donc de gens qui ont leurs propres critères esthétiques et leurs propres référents (quitte à s'écharper avec des représentants d'autres bandes), ce qui contredit en soi l'idée même d'UNE cinéphilie surplombante.
Enfin, il ne faudrait tout de même ne pas oublier que Rauger est l'organisateur (un organisateur enthousiaste) des soirées cinéma-bis à la cinémathèque qui projette des films de gens comme Deodato, voire Mattei quand il n'invite pas pour les projections des zédeux comme Jess Franco qui ont systématiquement droit à des standing ovations (et lui n'est pas le dernier à applaudir, loin s'en faut).
Alors, pour essayer de trouver l'idée platonicienne du film ou de la cinéphilie, il faudra repasser. De toute façon, c'est inutile, car ça n'existe pas (ce que dit d'ailleurs explicitement Rauger).

Par Lefayot, le 01/11/2014 à 22h35 ( modifié le 01/11/2014 à 22h37 )