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Cinéma : un homme est un homme

Aux Ressources

Geneviève Sellier

Je ne verrai jamais I love you daddy, le premier long métrage de Louis CK, l’un des auteurs américains les plus passionnants de l’époque. Les distributeurs ont décidé de ne pas sortir le film après qu’il a reconnu s’être masturbé devant plusieurs femmes non consentantes. Ce n’est pas dans l’air du temps de le dire et mon surmoi féministe me conseille de me taire mais : je n’arrive pas à me réjouir de cette annulation. Non seulement Louis CK n’est pas Harvey Weinstein, mais je pense qu’on a intérêt à voir ses oeuvres, précisément parce qu’il y explore avec lucidité et finesse ses démons, ses névroses, ses failles. Manifester contre la célébration de la personne de Polanski à la Cinémathèque et tenter de faire déprogrammer sa rétrospective n’équivaut pas à demander la censure de ses oeuvres, qui sont de toute façon accessibles. En revanche, la décision de ne pas diffuser un film se rapproche déjà plus d’une (auto)-censure. Et éveille en moi des craintes. Je sais, la critique du politiquement correct et de la bien-pensance est le registre préféré de la droite de Trump. Mais je ne peux pas m’empêcher de frissonner à l’idée d’un cinéma aseptisé labellisé « éthique » où l’on ne trouverait plus que des femmes émancipées et des hommes troquant leurs cigarettes pour des carottes bios.

Professeure émérite en études cinématographiques à l'Université Bordeaux Montaigne, Geneviève Sellier anime le blog Le Genre et l’Ecran, qui milite pour une « critique féministe des fictions audiovisuelles ». Autrement dit, elle incarne aux yeux des cinéphiles cette « police » féministe du cinéma tant redoutée. C’est donc à elle que j’ai proposé de faire une émission, histoire de faire un sort à mes angoisses de puritanisme. 

Laura RAIM

 

Aux Ressources , émission publiée le 09/12/2017
Durée de l'émission : 93 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

24 commentaires postés

Aucun intérêt.

Par Dominique Terres, le 10/01/2018 à 20h32

Belle emission pour la première 2018.hou la la! il y a encore du chemin à faire pour nous les hommes...

Par Maunoir Charbonnel, le 01/01/2018 à 09h23

Excellent entretien

Par Barboune, le 23/12/2017 à 14h58 ( modifié le 23/12/2017 à 15h05 )

Entretient fabuleux. Vague de commentaires encore plus fabuleuse.

Il me semble hilarant de constater que la critique négative à l'encontre de Mme. Sellier touche à la remise en question de sa légitimité de parole, celle de son expertise pour ne pas dire son intelligence. S'offusquerait-on autant s'il avait été question de la place des noirs, ou des juifs, ou des homosexuels dans le cinéma ? Cette crainte du totalitarisme du propos d'une femme à qui l'on offre 1h30 de parole pour résumer l'histoire intégrale de la femme dans le cinéma, la crainte d'une lecture morale du cinéma, me semble être la crainte d'une nuance au discours encensant ces grands cinéastes tels Despleschin et Godard et Scorsese, mais en fait, la crainte de voir la domination patriarcale sur la représentation cinématographique s'effondrer ! N'est-ce pas plutôt l'unanimité de la critique qui est totalitaire ? Ou le fait que la majorité de la représentation des femmes à l'écran sont faites par des hommes ? Il est incroyable que l'on donne la parole à une féministe et l'on crie aussitôt au totalitarisme de sa parole !

Qu'elle préfère elle-même voir des films qui offrent une représentation émancipatrice de la femme est sa préférence en tant que spectatrice, en quoi cela est-ce un point de vu illégitime ? De même s'il s'était s'agit d'une représentation raciste, anti-sémite, homophobe etc. En quoi le sexisme dans le cinéma est-il différent et s'offusque-t-on, non de son existence, mais que quelqu'un ose le dire ? Et en quoi la défense (terme repris en commentaire, merveilleusement transparent, comme si Mme Sellier "attaquait" tel un bourreau) est inexistante ?
Mais Mme Sellier, en 1h30, vous auriez dû pouvoir étoffer plus votre discours, enfin ! Vos grossières généralités m'offensent !
Si l'on trouve que le propos de Mme Sellier n'a pas été à la hauteur d'un débat, regardez simplement à quoi son propos fait face : l'industrie toute entière du cinéma (et plus encore) sur laquelle le patriarcat a la main mise. C'est vrai qu'elle manque de répondant celle-là.

Et ces interruptions vers la fin de l'entretien "mais et Scorcese ?". Comme lorsque quelqu'un a osé faire la liste des artistes accusés de harcèlements ou d'agressions sexuels : "oh non, pas lui ! J'aime bien ce qu'il fait !". Là n'est pas la question. Il est d'abord incroyable de constater que l'on ne peut décidément pas laisser converser deux femmes sur un sujet qui les implique directement sans qu'un homme ne les interrompe. Ensuite, il ne s'agit pas d'"accuser" (encore merveilleusement transparent) ces artistes mais d'apporter une nuance à la lecture de leurs oeuvres et d'encourager une diversité de la représentation des femmes au cinéma, par des femmes. Ce qui signifie : messieurs s'il vous plaît, laissez un peu de place aux femme pour qu'elles s'expriment.

Bref, les commentaires m'ont beaucoup fait rire, puisque la virulence des propos démontre la pertinence et la légitimité de celui de Mme Sellier.

Par CVM, le 17/12/2017 à 15h19 ( modifié le 17/12/2017 à 15h23 )

On aurait effectivement aimé que Murielle Joudet se confronte à Geneviève Sellier pour introduire une réelle altérité dans le débat et que naisse une noble dispute, au sens ancien du terme, entre les tenants de l'esthétique et ceux des études culturelles. Il est regrettable que ce site fasse une place à part au cinéma, considéré dans Dans le film principalement dans son îlot formel, alors que les essais et la littérature sont montrés eux dans les autres émissions dans leur indissociable lien avec la société. Il est temps que l'approche du cinéma ne soit plus sacralisante et fétichiste et bénéficie au sein d'une émission récurrente d'une multiplicité de perspectives.

Par Phil, le 15/12/2017 à 17h10

On aurait aimé interroger Geneviève Sellier sur la rubrique “Dans le film” de ce site qui, à l’image de la programmation de la Cinémathèque française, interroge essentiellement des hommes à propos de films d’hommes… Vive le pluralisme ?

Par Ferdinand14, le 13/12/2017 à 07h57

Il est frappant qu'en 1h30 d'entretien Mme Sellier se soit rendue incapable d'aborder un seul film sous l'angle de sa mise en scène. Car pour cette dame seul compte le discours, conscient ou inconscient de l'oeuvre.
Cette absence totale d'intérêt, voire ce mépris, pour la mise en scène explique comment elle peut sortir des énormités comme "la critique cinéphilique se comporte comme des passeurs, adorateurs d'un culte, se révélant incapable de critiquer le cinéma d'auteur contemporain". C'est parce que les Cahiers du cinéma, Positif, Les inrocks et d'autres s'échinent à parler de plans, de mouvements de caméra, de scènes et non à interpréter chaque personnage comme le représentant d'un groupe, qu'ils ne trouvent pas grâce aux yeux de Mme Sellier. Quiconque est un peu familier de ces revues sait qu'elles sont traversées par de nombreux débats et controverses, quant à la qualité et l'importance des films d'auteurs contemporain (cf The square, les films de Michel Franco ou d'Haneke), bref qu'il n'existe aucune doxa en la matière, même s'il peut exister de temps à autre une certaine unanimité autour d'une oeuvre (cf 120 BPM). Naturellement, Mme Sellier, empêtrée dans son appréciation militante des films - une oeuvre n'est intéressante que si son discours est progressiste - ne veut pas voir ça et se pose pour cela en quasi-victime d'un cinéphiliquement correct réclamant le droit de critiquer des longs-métrages encensés par la presse, comme si on le lui interdisait. Je passe sur son "analyse" du dernier Desplechin, parfaitement ridicule et en même temps assez révélatrice, son incompréhension du caractère comique et grotesque de la scène disant bien toute la limite de son mode d'appréciation des films.
Le meilleur moment de cet entretien reste quand même la (deuxième) conclusion, où on lui demande quelques précisions sur ses grossières généralités (sur la critique française considère comme suspect tout film français ayant du succès - ce qui est idiot puisque celle-ci donne son avis avant la sortie et donc avant de savoir si le succès sera au rendez-vous ou pas) et qu'elle est obligée de botter en touche sur les "films de milieu" se rendant compte de la fausseté de son affirmation.

Par Charles , le 12/12/2017 à 23h48

Imparable ! Merci de ce regard sur le cinéma et sur la domination patriarcale. En plus l'histoire des gender studies me les a faites remonter dans mon estime.
J'ai bien aimé le deus ex machina à la fin : deux femmes conversaient et un mec finit par s'immiscer dans leur dialogue.
Je sais que ce n'est pas la première fois que le cameraman intervient (ou plus généralement quelqu'u hors champ), mais là ça m'a paru symboliquement un peu lourd.
10/10, Mme Sellier, pour l’œil que vous avez, et la qualité de vos analyses et de vos réflexions.

Par Yanne, le 12/12/2017 à 22h16

C'est une blague ?
Cette émission, cette femme, ses choix, ses jugements !???
En gros bouhhhh sur la nouvelle vague, et ouais chouette, le cinéma américain !
D'une pauvreté inouïe, cette dame oublie que les gens qui aiment le cinéma, ont un cerveau !
Un film qui raconte l'histoire d'une femme qui ne serait pas émancipatrice, obligerait les femmes à ne pas être émancipatrice !!!??? Mais au secours !
C'est bien tout le contraire que fait le cinéma de Godard... Il faudrait peut-être proposer la lecture de Daney, la lecture de Deleuze, et puis aussi, lui proposer un peu de recul, plutôt que de "se raconter" des histoires et les croire mordicus comme paradigme exact du patriarcat et de sa reproduction dans notre société moderne, c'est faire un raccourci d'une pauvreté intellectuelle incommensurable.
Pénible de bout en bout. Merci Raphaël d'avoir poser une question au finale... Laura était en petite forme !

Par Richard Maniere, le 12/12/2017 à 21h07

@Felix d : On rappelle, pour la défense, que Arnaud Desplechin (vivement - et je pense, injustement - critiqué dans cette émission) a été longuement et admirablement interrogé par Murielle Joudet lors d'un de ses premiers Dans le film. On rappelle que Jean-François Rauger (programmateur de la cinémathèque) est sans doute l'invité le plus récurrent de tout le site - je ne sais même pas dire combien d'émissions il a faites ici tant elles ont été nombreuses. On rappelle également que Godard (également accusé dans cette émission), a fait l'objet d'un vibrant hommage à l'occasion du Dans le film consacré au Mépris... Je comprends qu'on puisse désirer répondre aux propos parfois à l'emporte pièce de Geneviève Sellier ; mais on ne saurait dire que la "défense" (c'est-à-dire la parole de ceux qui sont ici accusés) est inaudible par chez nous.

Par Judith, le 12/12/2017 à 20h14

@morvandiaux

ici, la défense ferme sa gueule.
c'est un site de procureurs (euses).
même si les analyses de G. Sellier sont fortes, je pense aussi qu'on pourrait un peu causer...débattre.
mais non.
mono caméra . mono point de vue .
ici, c'est "hors série".
t'acquiesces ou tu te casses.
ce que je vais faire dans pas longtemps .

Par felix d, le 12/12/2017 à 18h59

Merci pour cette émission, un entretien passionnant.

Par Christophe Hubert, le 12/12/2017 à 13h55 ( modifié le 12/12/2017 à 13h55 )

Emission absolument passionnante. Merci Mesdames

Par communard, le 11/12/2017 à 18h23

peut-être serait-il utile de donner la parole à la défense concernant l'attaque en règle contre la "cinémathèque" cela pourrait éclaircir nos avis ? merci pour cette émission.

Par morvandiaux, le 11/12/2017 à 11h31

J'ai beaucoup apprécié l'angle d'attaque de Mme Sellier. Je crois bien qu'il m'en restera quelque chose lorsque je choisirais un film.

Par Maurice Roquet, le 10/12/2017 à 17h56

Très intéressant.
Cependant, il faudrait faire un calcul pour voir l’exagération que fait Madame Sellier en confondant d'une part, le stock de films existants qui d'après elle part de 98% pour les films d'hommes, et d'autre part, le flux (c'est à dire la production annuelle).
Si dans la production annuelle, les cinéastes femmes bénéficiaient, par exemple, d'une croissance de 5% et les hommes de seulement 1%, il faudrait très longtemps pour atteindre une part proche de 50/50 dans le stock et donc rendre possible une programmation plus équitable.

Par mbloch3, le 10/12/2017 à 14h51

Merci pour cette émission passionnante. J'ai beaucoup appris sur l'histoire des cinémas américain et français. Cependant, comme d'autres abonné(e)s, je trouve Madame Sellier injuste envers Desplechin. Qu'il y ait chez ce dernier des aspects très déplaisants, c'est plus que probable, mais cela ne veut pas forcément dire qu'il fait de mauvais films. Il me semble en effet réducteur de n'y voir que l'expression d'un narcissisme. En mettant en scène des doubles de lui-même, Desplechin ne propose pas une statue admirable à contempler : il invente des personnages dont la névrose n'a rien de sublime, mais qui a en revanche une dimension comique. Dans la scène des Fantômes d'Ismaël qui est diffusée dans cette émission, le producteur ne paraît pas subjugué par le génie du réalisateur, mais plutôt atterré par ses délires. Il y a des choses comparables dans Rois et reines, où le personnage joué par Matthieu Amalric est vraiment drôle, je trouve, et pas du tout présenté comme un modèle flamboyant. S'il y a du narcissisme, chez Desplechin, il y a aussi une forme de masochisme ou d'autodérision. Le personnage joué par Emmanuelle Devos, dans le même film, me paraît moins intéressant, en partie peut-être parce que Desplechin a moins de sympathie pour lui (sans parler du fait qu'il s'est inspiré sans vergogne d'une histoire intime que lui avait racontée l'actrice Marianne Denicourt à l'époque où elle était sa compagne).

Par J. Grau LPL, le 10/12/2017 à 13h48

Cinéphile Geneviève Sellier, vraiment ? Je ne crois pas, sauf à considérer que la critique consiste à juger moralement les personnages d'un film, pour distribuer ensuite du haut de sa chaire les bons ou mauvais points en matière de comportement. Par exemple quand votre invitée assène, excédée, à propos du personnage d'Ismaël joué par Amalric : "Il se permet n'importe quoi". So what ? Faut-il qu'il soit exemplaire ? C'est ça le "bon" cinéma ? Celui qui nous présente des êtres en tout points conformes aux lois et aux principes moraux du spectateur ?
On peut avoir ou pas aimé ce film, mais de grâce veillons à la nature des arguments convoqués pour le faire.

Dans le cas précis pour votre invitée si on la suit bien, et si on va comme moi après l'émission faire un tour sur le site - www.genre-ecran.net/ - où elle officie, un bon film sera celui où les hommes expient leur faute d'être des hommes et les femmes se montrent vaillantes au combat de leur émancipation malgré leurs éventuels malheurs. Amen.
Pire, ce serait donc ça, cette limite là, qu'il faudrait donc imposer aussi aux films réalisés par des femmes ? Non merci.
Féministe votre invitée ? Je ne crois pas, quoiqu'elle en dise.
Le féminisme en la matière ce serait exiger un accès à toutes en même temps qu'à tous à la réalisation et la distribution de films, pas formaliser a priori et en position de surplomb leurs contenus en fonction de choix moraux.
Quand le cinéma est traversé par les voix et les regards les plus multiples et variés qui composent notre monde, y compris les plus noirs, il en sort naturellement grandi, ample et généreux.
Je ne vois dans le discours de Mme Sellier qu'un rétrécissement aussi stérile artistiquement que vain politiquement.

J'avoue avoir regretté que vous restiez en retrait Laura, ne développant guère vos remarques pourtant fort bienvenues. Comme si vous preniez très vite la mesure de l'impossibilité d'un réel débat avec votre invitée et attendiez que ça se termine. Sauf que nous on était là, réduits au silence face à ce qui était moins un échange que, pardon, une désagréable leçon.

Par Astrée, le 10/12/2017 à 12h18

Desplechin cinéaste narcissique et dérisoire. Ca va pas plaire à Télérama et consorts. Tant mieux. Je ne suis donc pas le seul à éprouver ennui et incompréhension devant les films de ce cinéaste. Enfin une critique politique du cinéma. Merci Madame Sellier

Par Tony Frappier, le 09/12/2017 à 22h02

Merci pour cette émission très intéressante !

Je suis globalement d'accord avec ce que dis Geneviève Sellier, notamment sur le cas de Godard. Je le suis moins sur ce qu'elle dit sur Desplechin et de manière générale sur le cinéma contemporain français.
Je trouve que notre cinéma comporte de bons auteurs (Bonnello, Guiraudie, les frères Larrieu, Varda, Corsini, Kechiche...) mais qui pâtit d'un cinéma de divertissement qui ne postule pas à l'intelligence du public...


Par Sébastien Perz, le 09/12/2017 à 21h06

et bien moi (je suis une femme) j'en ai plus que marre de ces dames patronnesses. Impossible d'écouter cette émission jusqu'au bout !

Par MMM, le 09/12/2017 à 20h09

Merci !

Votre émission est très intéressante.
Merci aussi pour le site à explorer !

Par Oblivion, le 09/12/2017 à 19h23

Merci pour cet entretien très intéressant, dans lequel on entend un point de vue critique quasiment jamais audible habituellement, que ce soit sur le cinéma de la Nouvelle vague ou sur le cinéma d'auteur français contemporain. Cela donne envie d'explorer le travail de Geneviève Sellier...

Par benedicte vidaillet, le 09/12/2017 à 19h17

MERCI!
1) J'ai compris pourquoi j'aimais tant le cinéma hollywoodien des années 20-40 !
2) J'ai écouté une belle leçon d'histoire de cinéma, et de plus féministement critique !
3) J'ai découvert un site à explorer...
Oui, merci.

Par félie pastorello, le 09/12/2017 à 18h39