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Le rap, une esthétique hors-la-loi

Diagonale Sonore

Bettina Ghio et Christian Béthune

Moi, j'aime pas tellement le rap. Chaque fois qu'on m'en conseille, ou que tout le monde s'enthousiasme pour un(e) artiste, je me dis : allez, va voir, le rap, c'est LA musique populaire d'aujourd'hui, tu ne peux pas passer à côté de ça. En plus, moi qui suis si passionnée de culture africaine américaine, il n'y a aucune raison que je ne tombe pas dedans : le rap est un héritier direct du jazz, des musiques noires, et plus largement de toute la culture africaine américaine, des dirty dozens (un jeu qui consiste à s'insulter mutuellement pour rigoler) à la figure du gangster/hustler (l'arnaqueur) qu'on retrouve depuis les contes folkloriques des esclaves, en passant par ce rapport si particulier à l'oralité, comme l'explique bien Christian Béthune.

Et puis je suis marseillaise. Toutes mes années collège ont été bercées par IAM et la Fonky Family (la FF !). Dans le rap français, on trouve des trésors d'invention langagière, explorés en détails par Bettina Ghio. Qui aurait cru que l'on puisse tracer une filiation directe entre Booba et les troubadours médiévaux ? Que Doc Gynéco s'identifie à Cyrano de Bergerac ? Bien des morceaux sont de véritables poèmes (même si les premiers intéressés prennent soin de s'en défendre) qui n'ont rien à envier à Georges Brassens ou Léo Ferré (avec qui Bettina Ghio fait aussi des rapprochements). Est-ce que ce n'est pas à cause de leur attitude "hors-la-loi", selon Christian Béthune (à qui j'emprunte le titre de cette émission), plus qu'à cause du contenu de leurs textes, que les rappeurs sont disqualifiés d'office du monde de l'art ? Est-ce que ce n'est pas leur manière de scander plus que ce qu'ils scandent qui rebute ? Car, finalement, ce qui fait politique dans le rap, c'est moins le contenu des paroles ou le positionnement explicite de ses auteurs que sa forme, l'esthétique à contre-courant qu'il propose, et qui remet en question notre vision de "l'art".

 

Bibliographie

Christian Béthune, Le rap, une esthétique hors-la-loi, Autrement, 2003

Christian Béthune, Pour une esthétique du rap, Klincksieck, 2004

Bettina Ghio, Sans fautes de frappe, Rap et littérature, Le Mot et le Reste, 2016

Diagonale Sonore , émission publiée le 29/04/2017
Durée de l'émission : 86 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

8 commentaires postés

Quand vous dites que le rap doit d'abord être écrit je ne suis pas d'accord. L'essence du rap c'est le freestyle et les battles. Evidemment de nos jours ça c'est perdu.

En ce qui concerne l'image de gangster il ne faut pas oublier de quels quartiers venaient pas mal de rappeurs à l'époque. Le bronx c'était un peu plus chaud qu'aujourd'hui.
BIGGY quand il raconte qu'il dealait du crack c'est pas comme Booba qui s'invente une vie. Je ne sais même pas pourquoi je les compare tellement c'est un autre monde. Booba il joue le clash avec La Fouine, genre on se déteste trop, mais ils vivent dans le même immeuble à Miami. De nos jours les rappeurs sont juste des produits marketing, des caricatures. Y'a qu'à voir ce que Snoop ou PDD sont devenu. Sans parler de LL Cool J qui chantait fuck the police et qui joue les super flics dans une série policière pourrie. Une fois que les requins du capitalisme flairent le pognon, c'est la fin de l'art et de la passion.

Par Alex H., le 09/09/2017 à 11h03 ( modifié le 09/09/2017 à 11h32 )

Le hip-hop il a été mangé par le capitalisme en 2000.

Pour le rap français obscène, TTC c'était pas mal je trouve.

Et Benny B alors ? :)

Par Alex H., le 09/09/2017 à 06h52 ( modifié le 09/09/2017 à 07h15 )

Troisième très bonne émission que je vois cette semaine. Celle-là la plus pédagogique et instructive pour moi qui était (comme Raphaëlle) assez ignorant sur l'histoire et les concepts du genre. Il fallait y venir et c'est réussi. Merci à Hors-Série pour sa diversité.

Par Robert., le 06/06/2017 à 22h09

Je me réjouissais de cette émission, et je dois avouer que j'ai été passablement déçu. Si elle avait eu lieu entre 1985 et 1995, on aurait pu encore comprendre. Il aurait fallu un regard plus neuf, plus subtil. Peut-être aussi que je ne suis pas le bon public.

Récemment, on m'a indiqué un entretien de Casey dans le cadre d'un séminaire à l'ENS qui vaut la peine d'être écouté : https://www.youtube.com/watch?v=jJsqvpG6Gfk&t Ça permet de relativiser certaines affirmations.

Par ignami, le 20/05/2017 à 14h06

Apparemment vos invité ne connaissent pas Schlass,un "groupe de rap catholique de droite"
Présenté ici par Mélanie Bauer (vers 24min)
https://www.franceinter.fr/emissions/si-tu-ecoutes-j-annule-tout/si-tu-ecoutes-j-annule-tout-18-avril-2017

Et un exemple de titre : Kiki
https://www.youtube.com/watch?v=M0Mid3m12OM

Par Ortino LPL, le 06/05/2017 à 19h59

Passionnante démonstration sur la dimension artistique autant que subversive du Rap. Merci de nous porter à poser un regard intelligent sur cette féconde faconde revendiquée, plutôt que de bêler comme un troupeau bien dressé, le mépris qui convient d'avoir. Et de renverser joyeusement la table, en heureuse compagnie! ( Allez-y doucement avec la table quand même, m'est avis que M. Shneidermann y tient, vu son pedigree, mais surement pas autant que nous...)
En fait, ça me rappelle le mépris des ignorants crétins sur l'art contemporain (non figuratif).

Par Joelle Godefroid, le 05/05/2017 à 08h49

Je suis très content de trouver une émission qui respecte cette culture aussi riche que méprisée. Merci ! L'abécédaire du son est une référence pour poursuivre le travail :)

Par Paul Balmet, le 02/05/2017 à 10h06

Ce type d'émission où l'intervieweuse se transforme en chercheuse et découvreuse-partageuse est proprement captivant et jubilatoire pour l'auditrice que suis.
Même si je continuerai certainement à très mal comprendre les paroles des rappeurs (problème d'oreille aggravant avec l'âge), j'aurai, grâce à vous, une perception plus ajustée de cette forme d'expression...
Merci beaucoup pour cet éclairage qui permet de "grandir intérieurement" en agrandissant ses connaissances.

Par Georgina Méliot_1, le 29/04/2017 à 15h36