Hors-Série
Arret sur Images
Me connecter
abonnez-vous


Médias contre médias

Dans le Texte

Clément Sénéchal

Médias contre médias, c’est un essai en forme de face à face : d’un côté la télévision, de l’autre les réseaux sociaux. D’un côté "la verticale du pouvoir", organisant la représentation du monde conformément aux canons du capitalisme, de l’autre les "horizons sociaux", ouvrant un espace démocratique où le peuple peut reprendre ses droits, à commencer par celui de se donner à voir et de se faire entendre. L’essai de Clément Sénéchal est une brillante synthèse des théories média-critiques appliquées à la télévision (d’hier ?) et à l’Internet (de demain…). C’est aussi un texte engagé, produit par l’une des têtes pensantes du Parti de Gauche, qui veut voir dans la "révolution numérique" une opportunité pour subvertir profondément la société du spectacle telle qu’elle s’est imposée à nous. Pour Hors-Série, né de la contestation des formes télévisuelles dominantes, dans cet espace d’indépendance et d’invention qu’est Internet, il allait de soi que ce texte devait faire l’objet d’une rencontre… Télé face à Internet : antagonisme ou complémentarité, révolution ou métissage réciproque ? Le débat est lancé, avec des vrais morceaux de télévision dedans. 

Dans le Texte , émission publiée le 16/08/2014
Durée de l'émission : 99 minutes

Commentaires

30 commentaires postés

Je viens de voir cette émission, avec donc deux ans et demie de recul, et je mesure le chemin parcouru pour Hors-Série.
Je n'ai pas tellement accroché avec l'invité qui, malgré tous les efforts de Judith pour animer la conversation et proposer quelques contre-arguments, donnerait presque l'impression de s'ennuyer.

Il n'est d'ailleurs pas franchement convaincant et semble constamment aux limites de sa pensée. Je pense en particulier au thème de la gratuité dont la vision est totalement absurde (sauf à défendre un salaire à vie friotesque).

Et pour adresser une aimable critique à Judith, quand elle affirme qu'on est tous égaux sur l'apprentissage de la langue, je suis franchement en désaccord. Elle dit très justement que la langue s'apprend par immersion, or au sein de la famille (lieu majeur d'immersion), les registres utilisés sont fort différents selon les milieux sociaux. Je me souviens de ma mère qui me reprenait constamment quand je commettais une petite erreur (du genre "La maîtresse, elle a dit que" et j'avais droit à "La maîtresse a dit que...")

Pour conclure, je parlais du chemin parcouru car depuis, les émissions sont nettement plus riches, et c'est absolument génial !

PS : Pour appuyer cette conclusion, la première émission @ux Sources avec André Wilms était aussi assez pauvre en contenu. André Wilms n'avait aucun avis réellement étayé. Il en a changé plusieurs fois selon les réactions de Maja.
PPS : Tout en disant cela, je réalise aussi que l'émission avec Guillaume Meurice m'a un peu déçu car je l'ai trouvé politiquement assez peu cultivé. Les rares références qu'il cite (comme Bourdieu) ne semblent pas l'avoir aidé à se construire une pensée politique. Malgré tout, il opère un travail de déconstruction du discours politique très efficace et pertinent.

Par Mitejiss LPL, le 13/01/2017 à 19h16

Judith,
Sur la page de garde, il fait vraiment tache le Sénéchal. Au propre et au figuré.
Les partageux (friotiste)

Par jeremie chayet, le 28/09/2015 à 21h06

@ airone vous devriez le voir pour vous faire une idée, je pensais comme vous et puis j'ai commencé a visionner,
débat intéressant vers la fin sur le modéle financier, Clement Senéchal a des positions de principe sur la gratuité avec la culture mais ne se rends pas bien compte que ce n'est pas réalisable, a ce moment la j'aurais bien aimé qu'on lui parle du revenu de base par exemple qui pourrait être une piste vers ce monde non marchand.

position de Sénéchal sur la liberté d'expression intéressante aujourd'hui (vidéo mise en ligne mi aout) : "je ne pense pas qu'il faille l'interdire ce n'est pas ma conception de la démocratie" en parlant de soral

Par atom, le 04/12/2014 à 19h52

Je n'ai pas visionné cette émission, ce Clément Sénéchal a tout du petit procureur hypocrite et pour ceux qui suivent son fil twitter, retweete les attaques à l'endroit de Judith Bernard sur le TAS, y compris de l'imbécile Roger-Petit.
Alors quand on demande plus de démocratie, mais qu'en même temps on ne souffre aucune réponse qui ne va pas dans son sens et qu'on bannit ses contradicteurs à tour de bras alors qu'on a open bar dans les médias, ça sent l'escroquerie intellectuelle, et Sénéchal en est un.
Beurk.

Par airone, le 30/11/2014 à 12h51 ( modifié le 30/11/2014 à 12h51 )

Assez déçu par cette émission qui soulève pourtant plein de questions, d'axes, de thèmes intéressants. Hélas, j'ai rarement vu un invité aussi soporifique que Clément Sénéchal. Je ne sais pas si ce sont les scores du FDG qui l'ont rendu dépressif ou si son shit a été coupé à l'op, mais c'est réellement insupportable. Sur cela se greffe les efforts de la présentatrice pour essayer de le faire réagir, efforts qui se transforment vite en quasi-monologues par moment, si bien qu'on ne sait plus si c'est Sénéchal qui est l'invité ou si c'est un débat entre deux invités. Et, ce qui est classique dans ce cas de figure, plus la présentatrice parle, plus l'autre agonise dans son mutisme dépressif, et ça donne des monologues de cinq minutes de Bernard, qui soulève plein de points intéressants, mais c'est tellement long que l'interlocuteur à deux de tension est dépassé et ne finit par répondre qu'aux dernières phrases de la journaliste, laissant de côté des points intéressants auxquels on aurait aimé le voir réagir.
Bref, c'est dommage car le fil conducteur et les thèmes abordés sont pertinents, la présentatrice a bien bossé le sujet, mais il faudra à l'avenir que ce jeune site comprenne qu'on peut être très intéressant à l'écrit (Sénéchal semble l'être) mais nul à l'oral, ce qui demande soit des efforts de motivation ET d'effacement dans le même temps pour la journaliste afin de stimuler l'interlocuteur mais de ne pas l'écraser, soit de ne plus inviter des gens si peu stimulants à l'oral.

Par Hedi , le 14/10/2014 à 14h28 ( modifié le 14/10/2014 à 14h29 )

Très intéressant. Une démonstration que votre "modèle économique" permet de beaux échanges d'idees

Par Serge Neerkorn, le 30/09/2014 à 23h54

@gynko (avec beaucoup de retard mais j'ai en effet beaucoup de retard dans mon visionnage des émissions...) :
"Je me demande depuis quelque temps comment riposter aux discours émotivo-démagos de type FN.
Force est de constater que les réponses argumentées ne marchent pas car comme dirait je sais plus qui, pour démonter une phrase idiote de 5 mots il faut une démonstration de 500.
Le peuple a maintenant été entraîné par les raccourcis à la Tf1, et il faudra du temps pour contrecarrer tout ca."

Un peu commode de reporter toute la faute de l'échec électoral du Front de gauche sur les médias.
Pour trouver une réponse que je trouve extrêmement stimulante à cette passionnante (et douloureuse) question, je ne saurais trop vous conseiller la lecture d'un livre écrit par un sympathisant du FG, justement, Aurélien Bernier : "La gauche radicale et ses tabous : Pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national".
Sans rentrer ici dans les détails, ces tabous sont pour lui au nombre de trois, qui laissent un champ dialectique presque totalement libre au FN : souveraineté nationale, désobéissance européenne et protectionnisme. Certains de ces termes sont d'ailleurs des "gros mots" pour les gens de gauche ("souveraineté nationale, pouaaah !)...
Et, pour compléter, la lecture du livre de décryptage de 40 ans de discours économique du FN par François Ruffin, "Pauvres actionnaires !", qui démontre aussi à quel point, sur la question de l'Europe et de l'économie, les discours du FN et du PCF ont fini par se croiser de façon assez stupéfiante. Et très troublante...

Par cyrilkenyatta, le 23/09/2014 à 17h48

Merci pour cette émission. Contrairement à un commentaire ci-dessous je ne trouve pas que la "combativité" dialectique de l'invité soit nécessaire pour faire une bonne émission... Sous une apparence légèrement indolente, je trouve qu'il s'est dit beaucoup de choses et je suis loin d'avoir tout retenu !

Un bémol cependant sur la dernière partie de l'émission et l'hypothèse que les personnes/personalités qui émergent par un discours en rupture avec celui porté dans les médias mainstream finissent "récupérées" par le show business ou la politique. La généralisation sur la récupération me semble vraiment rapide et, pour le coup, pas nouvelle: des militants associatifs* et des syndicalistes qui font de la politique, c'est courant (cf. EELV notamment). Je pourrais souscrire à l'hypothèse s'il s'agissait de dire que faire de l'éclat médiatiquement ouvre sur des récupérations ou bifurcation multiples: les jeunes humoristes d'internet (Cyprien, Studio Bagel, Solange) sont "récupérés" par les vieux médias (Canal pour les uns, Radio France pour l' autre), les gens qui se font remarquer à la télévision sont plus suscetibles d'être sollicités par un éditeur pour raconter leur vie dans un livre, destiné à faire un max de fric ("récupération" capitaliste ?)...

Enfin, à titre personnel, en tant que militante socialiste, j'ai été profondément agacée de vos persiflages sur la candidature de Martin aux Européennes. D'une part, le parti socialiste, dans son entier, n'est pas "le gouvernement", nous ne sommes pas des gens si odieux, intéressés et infréquentables que vous voulez bien le laisser entendre. Ensuite, la CFDT et le PS ne sont pas éloignés politiquement. Que vous trouviez le choix de Martin étonnant compte tenu de son parcours contestataire, je le comprends parfaitement: moi aussi, j'ai été très surprise qu'il vienne dans mon parti plutôt qu'au PC, au Parti de gauche ou chez les Verts. Mais, de mon point de vue (partisan, je l'admets) vous avez donné dans les 5 dernière minutes le spectacle d'un petit entre-soi satisfait, comme on en voit sur les plateaux de télévision... Je le dis parce que cela me semble en décalage avec le niveau et la tenue du reste de l'émission et que, par ailleurs, je respecte vos engagements et vos prises de position.

* Isabelle Maurer n'était pas, d'après ce que j'ai lu, engagée politiquement avait mais "militait" au Mouvement national des chômeurs et précaires, et elle est entrée à Nouvelle Donne, jeune parti s'il en est).

Par J-net, le 22/09/2014 à 17h23

Fan de d@ns le texte depuis le début, je sens (je peux me tromper) venir un problème: c'est la difficulté de trouver des auteurs qui tiennent la distance.
Même des gars, gauche critique, comme C. Sénéchal ont intégré, semble-t-il, les formats habituels de l'ITW-télé et ne tiennent pas la route quand Judith creuse, fouille, reprend, cite, relance, alors qu'ils sont sur "leur" sujet.
On les sent secs très vite , comme s'ils avaient déjà tout dit au bout de quelques minutes.
Ils s'auto-zappent.
On voudrait des coureurs de fond. Pas seulement des hommes (femmes) pressés ?

Par felix d, le 17/09/2014 à 16h06

En cours d'écoute de l'émission (j'ai du rattrapage à faire), extrêmement intéressant comme toujours. Je fais juste une pause vers 1:15, quand Judith demande quel modèle peut marcher si le produit est mis gratuitement à la disposition de tout le monde alors que le producteur doit assumer les coûts (caméra, etc...), ça me fait carrément penser à ce qui est en train de se développer en sciences (ou en tout cas en biologie, pour ce que je connais) avec le développement de l'open accès.

Par JC2, le 02/09/2014 à 21h07

@Jean-Pierre Vidal : vous n'avez manifestement pas lu mon édito daté du 23 août ; j'y réponds assez précisément à votre remarque sur les invitations de femmes. Je suis par ailleurs désolée que l'entretien vous ait paru soporifique et que vous soyez déçu par Hors-Série ; nous faisons notre possible pour produire des entretiens de qualité. Mais d'une part, ce n'est jamais parfait (normal), et d'autre part, nous n'avons pas tous la même définition de ce qu'est la "qualité" ; alors forcément, ça génère de la déception.

Par Judith, le 31/08/2014 à 12h43

Entretien soporifique. Je suis hélas assez déçu par Hors série.
Il est vraiment difficile de rester accroché.
J'ai du mal à comprendre, comme d'autres abonné(e)s, que l'équipe ne trouve pas une seule femme avec qui dialoguer.
Personne n'exige une parité absolue (une prédominance féminine ne me choquerait nullement, vu la situation dans la société...), mais là cela devient gênant.
Est-ce que le principe est qu'il ne doit y avoir qu'une seule femme sur le plateau?
Ou est-ce qu'une femme ne peut dialoguer avec une autre femme?
Cela me paraît aberrant.

Par jean pierre vidal, le 30/08/2014 à 20h49

@ gynko : le succès des vidéos de Soral sur Youtube est aussi lié à son talent de bateleur. Son idéologie est sans doute détestable. Il n'empêche qu'il apporte un souffle original dans cette atmosphère irrespirable qu'entretiennent les médias officiels. Soral est en quelque sorte une antidote à Pujadas. Je suis persuadé que parmi les millions de spectateurs qui prennent plaisir à regarder ses clips, beaucoup trouvent plus nauséabondes (pour reprendre votre mot) les productions de Pujadas ou de Chazal. On peut trouver dommage que Soral mettre son énergie et son brio au service d'une mauvaise cause, on ne peut pas nier l'originalité de son talent, ni bien sûr son courage (Pujadas se fait repeindre gratos son scooter, Soral se fait adresser physiquement). On peut dire la même chose d'autres auteurs plus ou moins scandaleux, tels qu'Edouard Nabe, Dieudonné, Zémourénolo, ou encore, le plus scandaleux de tous, ce facho nostalgique de la France de Pétain qu'est Vincent Reynouard (qui a passé plusieurs mois en prison pour avoir défendu ses convictions négationnistes).

Par Papriko, le 24/08/2014 à 10h52 ( modifié le 24/08/2014 à 11h21 )

freud disait que l'insulte est un acte culturel car elle permet l’empêchement du corps à corps;
la distanciation que permet internet et la réinvention de l'écriture comme dialogue constant entre internaute reste
une fait de civilisation .
la mise en réseau fabrique un méta cerveau de notre humanité.
clément ce jeune auteur est un militant qui interroge mal le monde dans lequel nous sommes entrain de rentrer.
pourquoi les hommes ont besoin de technologies pour communiquer?
y avait il une insuffisance intréséque à l'homme pour qu'il se soit doté d'outil de communication. ?

où y -t-il dans la communication à distance un désir d'essaimer comme les arbres essaiment leur graine pour se doter de doubles.?L'idée du double du même est à creuser !!!!

Par bernejo, le 23/08/2014 à 12h06

@ClémentSénéchal: Merci pour ce retour. Oui, allier votre matérialisme à mon déterminisme et il ne reste plus beaucoup de place pour les possibles... Je suis d'accord avec vous: il y a de nouveaux possibles ouverts par la structure des réseaux sociaux, qui étaient inexistants auparavant. Je reste toute fois sceptique sur qui peut s'en emparer de manière émancipatrice. Depuis le champ militant, vous avez précisément accès aux personnes qui veulent repenser le cadre... Entendons-nous bien, je ne minimise pour autant pas leur portée, oui ce sont des catalyseurs puissants; mais qui cachent aussi des mécanismes d'exclusion. C'est peut-être finalement le débat qui suit, une fois que nous aurons mis fin à la société du spectacle traditionnelle (ce ne sera évidemment pas suffisant!)?

Par Ali Naldy, le 20/08/2014 à 18h22

@AliNaldi : il y a du vrai dans votre commentaire et votre critique. Je répondrais d'abord que suis attentif à précisément ne pas masquer ma situation particulière dans le monde social derrière la voile éthéré de "l'auteur" et que n'importe quelle intelligence de la réalité dépend toujours de manière plus ou moins étroite de l'expérience qu'en a l'individu (appartenance de classe, éducation, conjoncture historique, contingences biographiques). Cela dit je ne suis pas tout à fait d'accord pour dire que mon propos n'est au fond qu'une extrapolation abstraite de ma propre et unique pratique des réseaux sociaux. Il se présente plutôt comme une synthèse des différents usages que j'ai été amené à voir, tous milieux sociaux confondus - et je dois dire que le militantisme permet précisément de rencontrer un très large éventail humain, des "idéal-types" différents (pour parler en sociologue)etc. Enfin je ne prétendais pas réaliser un compendium de tout ce qui se fait effectivement sur les réseaux sociaux, mais simplement de ce qu'ils rendaient dorénavant possible (et en partie pratiqué) - et je pense que les réseaux sociaux offrent une émancipation discursive aux classes populaires (même si le media ne saurait tout faire - il y a la prédominance du facteur scolaire, encore et toujours) inexistante dans la société du spectacle traditionnelle.

Par Clément Sénéchal, le 20/08/2014 à 15h46 ( modifié le 20/08/2014 à 15h52 )

@Jean-Marc Fiorese : merci pour le "toujours jeune" ;-) ! S'agissant de ma position sur la révolution numérique, ne soyez pas dupe de la position contradictoire que j'adopte naturellement face à mes invités, afin de construire un échange dialectique, et de faire monter l'argumentation grâce à la critique. Quand je suis face à Jacques Rancière, je ne taris pas d'éloges sur le numérique, affirmant même qu'il accomplit l'essentiel du projet rêvé par Jacottot ! Je suis moi-même viscéralement attachée aux vertus du net, crois profondément dans les perspectives de changement profond qu'il ouvre ; mais quand j'ai devant moi quelqu'un qui pense comme ça (donc un peu comme moi), je m'efforce plutôt d'explorer les points aveugles, les zones limites et les éventuels dénis de nos propres convictions. C'est un exercice d'exigence intellectuelle.

Par Judith, le 20/08/2014 à 15h14

En préalable je vous invite à écouter et regarder (ordre chronologique non obligatoire):

- Michel Serres et les horreurs du "présentiel" (Dans le Texte à propos du livre "Petite Poucette" - 13 juin 2012):
http://www.arretsurimages.net/contenu.php?id=5014

- Michel Serres L'Ecole dans le monde qui vient (Riposte France Culture - 8 Décembre 2012) :
http://www.franceculture.fr/emission-repliques-l-ecole-dans-le-monde-qui-vient-2012-12-08

- L'innovation et le numérique (Conférence de Michel Serres - 29 janvier 2013) :
http://plus.franceculture.fr/l-innovation-et-le-numerique-par-michel-serres

Alors ça fait beaucoup de Michel Serres direz-vous. Certes ! Mais voilà un bonhomme de 84 ans plus enthousiaste que les plus jeunes auxquels il s'adresse à propos du "nouveau monde" et des nouveaux médias à travers la révolution numérique.

Je vous passe les discussions de ces deux débats et de cette conférence pour vous laisser les apprécier vous même. Juste peut-être vous suggérer d'en retenir quelques points qui me semblent clés et en totale relation avec cette émission "Média contre média".

Il est clair qu'à travers l'innovation numérique (également évoquée dans cette émission) nous vivons une révolution culturelle affectant non seulement notre façon d'appréhender et d'analyser l'information mais aussi notre rapport au droit et à la chose politique et que cette révolution porte en elle des enjeux colossaux dépassant largement les enjeux commerciaux même si l'innovation a aujourd'hui un caractère presque exclusivement économique. Je vous laisse vous référer aux émissions proposées pour avoir, entre autre, un aperçu historique des révolutions semblables qui ont eu lieu dans le passé.

Le point clé crucial soulevé par Michel Serres est sans doute notre rapport à cette révolution. Elle est déjà en cours depuis le milieu des années 80 avec une évolution exponentielle de sorte qu'elle s'accélère à un rythme démentiel aujourd'hui. Notre rapport à l'innovation numérique définit notre rapport avec nos enfants et/ou petits enfants, ce que nous souhaitons leur transmettre. Nous sommes nés (pour la plupart d'entre nous ici je pense) dans un autre monde que celui qui se façonne aujourd'hui, nous sommes de l'ancien monde, nos enfants et/ou petits enfants (Petite Poucette) sont du nouveau monde. Comment pouvons nous être capables de transmettre nos valeurs à Petite Poucette en suscitant chez elle l'appétit de cette transmission autrement qu'en comprenant son monde ? C'est la question centrale de Michel Serres. Comprendre son monde, l'accepter c'est tout d'abord accepter que Petite Poucette existe en dehors de notre vieux monde (ce n'est pas nouveau) et c'est aussi lui faire accepter que nous souhaitions y entrer en y adaptant nos valeurs pour pouvoir les lui transmettre, pour qu'elle puisse les accueillir avec envie et, pourquoi pas, être mieux armée dans son monde.

Mais comprendre ce nouveau monde et comprendre comment y évoluent nos enfants c'est aussi empêcher qu'ils nous échappent totalement. C'est pouvoir avoir un oeil alerte et bienveillant sur eux plutôt qu'un oeil à la tendance totalitaire. Tendance totalitaire... justement celle des médias de notre ancien monde entre les mains de grands groupes financiers. Ah tiens ! et si justement comprendre ce nouveau monde et très vite, faire de nos enfants nos meilleurs alliés parce qu'il y sont plus à l'aise que nous ne serait-ce pas le moyen de nous emparer de ces nouveaux médias numériques avant que les vieux croutons du vieux monde médiatique ne se refassent une jeunesse ? Ne serait-ce pas le moyen de faire mourir définitivement les Elkabbach et autres Duhamel ? Essayer de le comprendre en étant les alliés de nos enfants qui cherchent à s'en emparer ne serait-pas le moyen de déposséder les puissants de l'outil qu'ils ont mis eux-mêmes en place et mettre l'innovation à notre profit et non pas au profit exclusif de la finance ?

Questions très naïves, peut-être. Mais je ne me résigne pas à mon scepticisme et par ailleurs le sentiment de retrait de Clément Sénéchal dans cette émission, sentiment que j'ai eu aussi, ne vient-il pas du fait qu'il appartient tout entier à ce nouveau monde puisqu'il est y né en même temps que lui tandis qu'à l'inverse Judith, même toujours jeune, est née avant ce nouveau monde, en dehors de lui et que dans cette émission elle semblait très sceptique sur la question touchant à cette révolution numérique ? Scepticisme auquel Clément Sénéchal ne pouvait probablement pas répondre puisque ce scepticisme vient d'un monde qu'il ne connait pas et probablement perçu comme une porte fermée que sa jeunesse et sa modestie lui ont interdit de fracturer. En écoutant Michel Serres qui cherche à comprendre ce nouveau monde – presque à croire qu'il y est né – vous vous apercevrez que, confronté au scepticisme de ses interlocuteurs, il n'hésite pas à fracturer avec force la porte qui se ferme. Alain Finkielkraut et Judith en ont fait les frais dans leurs émissions respectives.

Bon visionnage et bonne écoute.

Par Jean-Marc FIORESE, le 19/08/2014 à 22h42 ( modifié le 19/08/2014 à 22h49 )

li faut peut-être préciser que Clément Sénéchal sortait, manifestement éreinté, de la dure campagne des élections européennes ; il est probable que cette cuisante expérience a joué un rôle dans ce que vous percevez comme un "retrait" de l'invité...

Par Judith, le 18/08/2014 à 21h17

Échappe légèrement à l'idée d'interview - invité en retrait sur une grande partie - mais entretien néanmoins intéressant.
J'ai hâte de voir François Ruffin dans Hors-Série! (mais si, c'est prévu..)

Par M Martin, le 18/08/2014 à 21h05

Allez va, pour faire plaisir à Gynko :

- Purée c'est quoi cette carabistouille machiste ?! Pas une femme sur dix émissions ! C'est un complot !

Ca va Gynko, ça vous plait comme ça ? :)

Par Jean-Marc FIORESE, le 18/08/2014 à 13h37

J'ai trouvé l'échange intéressant; même s'il m'a semblé que "LES horizons sociaux" dont parle Sénéchal sont bien plus "SES horizons sociaux". S'il assume son point de vue énonciatif au niveau politique, il semble tout de même oublier que sa pratique des réseaux sociaux (dont il puise lors de l'échange la plupart de ses exemples) est profondément marquée par sa situation sociale, économique et symbolique qu'il a dans le monde réel et qui ne fait que se prolonger (certes avec des nuances, qui confirment la règle? ;) dans le "monde virtuel". Je lui reprocherais de prendre sa propre pratique d'internet comme objet d'analyse en niant la spécificité de son point de vue nécessairement situé socialement. La singularité de son vécu ne peut avoir valeur d'exemplarité. D'où parle-t-il? D'où regarde-t-il? Il me semble que ces questions ne disqualifient pas entièrement son propos mais le nuance et ouvre à cette question: les réseaux sociaux, espaces émancipateurs, oui mais pour qui? C'est en cela qu'il me semble assez court dans son argumentation face aux justes critiques de son interlocutrice. La réflexion m'a parue riche d'un point de vue théorique, mais elle ne résiste hélas pas entièrement à l'épreuve du réel...
Merci encore Hors-Série pour donner matière à penser... ça fait du bien!
Edit Hors-Série : ce commentaire a fait l'objet d'une réponse de Clément Sénéchal le 20/08/2014 ; voir plus haut dans le fil des commentaires.

Par Ali Naldy, le 18/08/2014 à 03h03 ( modifié le 20/08/2014 à 16h21 )

J'ai enfin compris comment lire les commentaires, j'avais peur que cela ne passionne personne. Ouf. ;-)

Concernant l'émission, j'ai trouvé qu'il en sortait beaucoup de questions et peu de réponses :
* Pourquoi le syndicaliste CFDT se présente avec l'étiquette PS ? (Pas de réponse le concernant. Pourtant mon expérience note que les gens de la CFDT sont souvent carriériste)
* Pourquoi le front de gauche a fait si peu aux européennes ? (Sa réponse : les médias font la part belle aux FN, je trouve la réponse un peu faible)
* Quelle alternative au système payant de Mediapart ou Hors-série ? (Sa réponse est vague : il faut déjà changer le système économique)

Je n'ai pas eu l'impression d'avoir appris grand chose. Peut-être parce que je connais déjà bien le sujet ?

Par little jo, le 17/08/2014 à 22h53

@Paul Balmet : éclairez ma lanterne, ou rafraîchissez-moi la mémoire : quels donc "petits modules" ??? (dont je sous-estimerais la portée)...

Par Judith, le 17/08/2014 à 21h56

@Gynko : soyez rassuré. Quelques scuds "féministes" nous arrivent, mais en mode "message privé" ;-) ! Et d'ailleurs, de la meuf, il va y en avoir à la rentrée, pour les Dans le texte, en tout cas. Effet du hasard de mes lectures, des conseils que l'on me donne, ou influence inconsciente de cette pression mise de l'extérieur, je m'achemine vers plusieurs invitations au féminin !

Par Judith, le 17/08/2014 à 21h55

Ps : Judith, ne sous-estimez pas la portée de vos "petits modules" :)

Merci pour celle émission !

Par Paul Balmet, le 17/08/2014 à 16h46

Un élément de réponse à la question de Judith, qui fait la critique d’Alain Soral... en voici une plutôt bonne : http://www.juanasensio.com/archive/2013/01/15/contre-alain-soral-par-frederic-dufoing.html

En ce qui me concerne j'ai trouvé également que l'invité était peut-être moins à l'aise qu'il ne l'aurait fallut mais je ne troue pas spécialement de faiblesse béante dans son argumentation. M

Par Paul Balmet, le 17/08/2014 à 16h43

@Pierre B. : il est vrai que ma position contradictoire se soutient de celle de mon interlocuteur. Lorsqu'il s'agit d'un jeune auteur peu disposé à polémiquer, j'émousse un peu mon arsenal, et je m'accorde à la tonalité qui m'est proposée. Mais par ailleurs, je n'ai pas l'impression (à part le régrès technique par rapport au Dans le texte tourné ultérieurement) que les éléments de cet entretien se soient si vite périmés ; qu'est-ce qui vous fait l'éprouver comme "daté" ?

Par Judith, le 17/08/2014 à 15h15

Cela fait très plaisir de vous revoir Judith ! Vous nous avez tant manqué cet été...

C'est une bonne émission de reprise. Mais j'ai trouvé que vous manquiez un peu, parfois de contradiction. Comme si vous admettiez certains de ses arguments qui me paraissaient très faibles. Sans doute sa personnalité, qui paraît moins à l'aise devant la caméra que d'autres invités, rend ce type de dialectique plus difficile à mettre en place.

D'ailleurs, le seul moment où vous le poussez dans ses retranchements (sur la question dans la gratuité sur Internet) est le moment le plus intéressant de l'émission à mon sens.

Dernière remarque, que j'espère constructive, on perd peut-être un peu en fraîcheur quand les émissions sont enregistrées si longtemps à l'avance... L'entretien date, un peu, et il me semble que cela se sent.

Par Pierre B., le 17/08/2014 à 14h03

A l'endroit que vous dites, Gynko, il ne manque rien. L'effet bizarre tient au fait que nous n'avons pas diffusé l'extrait pendant l'enregistrement de l'émission ; Raphaël l'a inséré au montage, en coupant ma phrase au milieu, mais sans rien enlever dans mes propos, ni avant, ni après l'extrait. Donc au sortir de l'extrait, je poursuis ma phrase commencée avant ; mais comme vous avez vu dix minutes d'Isabelle Maurer au milieu, ça fait tout bizarre ! (je ne sais pas si mes explications sont très claires !!!).

Par Judith, le 17/08/2014 à 01h07