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La Guerre des Gauches

Aux Sources

Kévin Boucaud-Victoire

Je ne sais pas si vous avez remarqué depuis quelques temps, cette inflation de tests qui se proposent de vous dire si vous êtes de droite ou de gauche. En les voyant défiler les uns après les autres, je me suis dis que dans cette période de grand brouillard, ça pouvait être bien pratique. Moi-même, je ne sais plus très bien où j’en suis. Quand je vois à quel point j’ai parfois envie d’étrangler à mains nues des gens qui se présentent comme étant de gauche, j’ai fini par me demander si je n’étais pas finalement de droite.

Alors, l’autre jour, j’ai craqué, j’ai fait un test. En vrai, ça ressemble beaucoup aux tests qu’il y avait dans les Femme actuelle que lisait ma mère, et que je faisais religieusement en espérant découvrir si j’étais plutôt « aventurière » ou « prudente » en amour. Il y avait les mêmes questions à choix multiples, avec pour chaque réponse, un triangle, un rond et un rectangle qu’il fallait compter à la fin. Une vingtaine de questions qui allaient de «  L’impôt sur les grandes fortunes est-il légitime ? «  à «  La Famille est-elle : un réservoir à embrouilles / une institution naturelle / un contrat de solidarité entre conjoints » (j’ai mis les 3, je ne sais pas si ça compte!).

Arrivée à la question 15  « Quand vous êtes au ski, à la montagne, vous êtes plutôt raclette (chacun son caquelon) ou fondue (tous le même ) », j’ai commencé à avoir de sérieux doutes sur la validité scientifique de leur truc (parce que je ne vois pas trop comment on peux aller au ski et être de gauche...). J’ai laissé tomber et suis donc restée sans réponse quant à mon positionnement politique. Ça tombait mal, c’est bientôt les élections.

J’ai crû m’en sortir en entendant un jeune homme dynamique hurler à plein poumons que le clivage droite-gauche ça ne voulait plus rien dire et qu’il fallait le dépasser pour marcher en avant, mais je n’étais pas totalement convaincue. Et plus ça allait, plus ça s’embrouillait, on me parlait de gauche de droite, de gauche de gauche , de gauche de gouvernement, de gauche modérée, de gauche radicale, de gauche critique, de gauche libérale, de gauche conservatrice…

C’est alors que je suis tombée sur le livre de Kevin Boucaud-Victoire, La guerre des gauches (éditions du Cerf). Kévin est un jeune journaliste qui a co-fondé la revue « Le Comptoir » qui se revendique socialiste et décroissante et qui se place sous le patronnage de penseurs comme G.Orwell, M.Mauss ou J-C Michéa. Il ne s’agit pas là d’une somme sur l’histoire de la gauche comme ont pu en produire Jacques Julliard ou Michel Winock entre autres. Le récit historique est là, les catégories sont discutées, mais l’intérêt principal du travail de Kévin Boucaud-Victoire, c’est qu’en remontant aux origines de ce camp dont se réclament des personnes aussi différentes que Manuel Valls ou François Ruffin, il met à jour les liens qui unissent les gauches d’hier et leurs héritières d’aujourd’hui.

Un héritage qui, selon lui, ne s’incarne plus dans les partis, mais qu’il situe d’avantage dans l’émergence des trois mouvements que sont Nuit debout, En Marche et le Printemps Républicain. Certains verront leurs poils se dresser à l’idée que les deux derniers puissent être rangés à gauche de l’échiquier, ou diront qu’il n’existe qu’une seule vraie gauche, que les autres, PS en tête, auraient trahie, mais on comprend, en lisant le livre de Kevin Boucaud-Victoire, que chacun de ces mouvements peut revendiquer une part de l’héritage de ce qu’on appelle donc, depuis plus de deux siècles, « La gauche ».

La gauche libérale, la gauche jacobine et la gauche socialiste, qui se sont tour à tour combattues puis alliées au cours de leur histoire, se sont réactivées dans chacun de ces trois mouvements, sans pour autant former des groupes  homogènes. Chacun étant lui-même traversé par des lignes de fractures qui paraissent, pour certaines, difficilement surmontables. Mais une fois tout ça remis en ordre, il devient plus aisé de se situer soi-même et de faire le tri entre les alliances possibles, souhaitables et celles qui semblent complètement exclues.  Mais bon, après, vous pouvez aussi vous en sortir en choisissant entre raclette et fondue.

 

Aux Sources , émission publiée le 15/04/2017
Durée de l'émission : 84 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

15 commentaires postés

J’ai découvert il y a peu, l’ouvrage de Kévin Boucaud-Victoire, que je n’ai pas encore tout à fait terminer. Son propos est dans l’ensemble intéressant le rappel historique/chronologique aussi. Un ouvrage récent (juillet 2016) de Daniel Poncet : « Deuxième gauche : Réformisme et lutte de classe » (sous-titré : -Des années 60 à aujourd'hui- -Réflexions, éléments d'histoire sur : les gauches, les révolutionnaires, les syndicats…) publié aux Editions Prolétariennes et disponible gratuitement en pdf sur :
http://editions-proletariennes.fr/Actu/dg2liste/verspdf/dgvpdf.htm
Dans cet ouvrage qui complète et donne des éléments par exemple sur le contexte de la venue de la gauche au pouvoir en 1981, éclaire aussi les propos de Kévin Boucaud-Victoire sur de nombreux aspects.
Sur la création de SOS Racisme et la récup du PS, « Deuxième gauche : Réformisme et lutte de classe » donne des éléments supplémentaires du contexte politique et montre que la gauche (PS-PCF) en 1981 (avant le tournant de la rigueur) n’était déjà plus depuis longtemps du côté des masses populaires.
Kévin Boucaud-Victoire est aussi idéologiquement le produit de la gauche (des gauches) –de la LCR et du PCF- et de « l’air du temps » cela se remarque par exemple dans ses références à Orwell, Michéa, décroissance, écolo… (mais avec un rejet du léninisme, qu’il partage avec bon nombres de penseurs plus ou moins proches de l’extrême-droite ou de la nouvelle droite d’Alain de Benoist).
Ceci dit, la vidéo est intéressante et peu compléter la lecture de son livre « La guerre des gauches ».

Par ramicus, le 17/05/2017 à 17h33

j'ai écouté. J'ai rien pigé. Je connais rien de rien à tout ces courants de la gauche, mais l'invité il connait des subtilités entre des groupuscules dont j'ignorais le nom.
Quelqu'un a une idée par ou on peut commencer?

Par Nizar MOUSSATAT, le 25/04/2017 à 23h00

Le lien vers la page qu'on voit à un moment sur la critique de Michéa par Lordon : https://www.contretemps.eu/lordon-impasse-michea/

Par Faab, le 23/04/2017 à 18h46

Assez triste... Une lecture très "complotiste" de l'histoire de la gauche. L'idée ici est de relire l'histoire en transformant des évènements/réalité en complots ou "récupération". Si le programme commun en 81 n'a pas marché c'est à cause du méchant SME. La marche des beurs à été récupéré par les vilains socialistes Miterrandiens et n'a rien apporté. La gauche sociale a disparu à cause de BHL et des nouveaux philosophes (pas du tout à cause des erreurs de cette dite gauche sociale). C'est toujours la faute de 'l'autre', qui est toujours plus malin, plus nombreux, mieux organisé, quasi diabolique. On est pas loin du Soralisme.

L'auteur a une façon bien à lui d'évacuer les mouvements culturels, l'évolution de la société et des aspirations de ses composantes (même celles des ouvriers !) au profit de complots fomenté par les sociaux démocrate. Et si la gauche de touches pas mon pote, avec ses concerts et sa com n'était pas juste l'expression de cette époque ? Benetton, les enfoirés, le "we are the world" contre la famine en éthiopie ? Est ce que Mitterrand a aussi manipulé Lionel Richie ??? En réalité a cette époque la médiatisation de ces causes a changé la société occidentale profondément, au niveau culturel. Oui les violences policières existaient à l'époque de façon bien plus brutale, avec régulièrement des morts dans les cités. Oui l'occident capitaliste se mettait à regarder le monde différement... Et pendant ce temps certains membres de la fameuse gauche "sociale" refusaient toujours de reconnaître les crimes de Staline, Mao ou des Khmers... Mais c'est BHL qu'il faut moquer !

Par Elie Ducos, le 23/04/2017 à 01h30 ( modifié le 23/04/2017 à 01h31 )

Il est toujours intéressant de voir que sa vision systémique du paysage intellectuel finit recouper celle des gens que l'on respecte. Félicitations à Hors Série et à Maya de s'être tournés vers le Comptoir et Kevin Boucaud Victoire, penseur encore largement méconnu. Et un invité de 28 ans, sans jouer la carte du jeunisme, cela donne aussi du baume au cœur pour le présent et les années à venir. Une conjoncture que Kevin incarne d'ailleurs tout particulièrement.

Seul limite de l'interview, la première partie est quasiment un décalque de la thèse Michéiste sur les relations entre gauche et mouvement ouvrier au cours de l'histoire. Et si certains dans ce forum n'ont pas l'air de l'apprécier, nous sommes surement beaucoup à l'avoir lu. Dommage que la seconde partie sur les familles de la gauche contemporaine et les propositions de clivages structurant de la politique contemporaine ne dure pas plus longtemps. Cela me poussera à acheter son livre.
Les interviews d'Hors série sont parfois si complet qu'on a l'impression que l'on peut presque s'en passer...

Par Vincent DONNE, le 19/04/2017 à 21h56

Pardonnez-moi d'avance ce qui pourrait paraître sévère comme regard, mais "les faits sont là"...
Le sujet traité par l'auteur est éminemment intéressant mais l'entretien est truffé de si nombreux "heu" et surtout de "voilà", que le propos qui devrait être éclairant est trop souvent obscurcissant (surtout vers la fin)en laissant entendre que les "voilà" signifient soit "nous devons terminer", soit "c'est ainsi", soit "nous ne pouvons pas tout expliquer", soit encore "vous connaissez la suite"...
A propos de ce dernier sous-entendu, ma pensée s'est scindée en deux : 1) s'il est vrai que je connais la suite, que m'apportent alors les réflexions de l'auteur ? et 2) quel est l'intérêt général de la démarche explicative de cet ouvrage?
Je pense bien qu'il y a un intérêt à cet ouvrage pour éclairer le paysage de la gauche actuelle mais l'entretien manque de rigueur entre l'exposé du questionnement et des réponses...et finalement il a alimenté mon brouillard des connaissances sur le sujet.
Désolée !!

Par Georgina Méliot_1, le 19/04/2017 à 15h49

On peut tromper une fois mille personnes
On peut tromper mille fois une personne
Mais on ne peut pas tromper mille fois mille personnes

Par Georgina Méliot_1, le 19/04/2017 à 14h41

Même si son lapsus sur "Bernard Lama" me le rend sympathique, j'ai trouvé l'invité mauvais par rapport à ceux auxquels nous avait habitués Hors-Série.
Je n'ai pas le temps de développer ici une critique sur le fond sur propos de Boucaud-Victoire, mais je trouve que le fait qu'Hors-Série invite un "michéiste" autoproclamé est déjà en soi une régression. Le pluralisme intellectuel ? Dans ce cas, pourquoi ne pas inviter Finkielkraut, dont le succès éditorial est fondé sur les mêmes ressorts que JC Michéa, à savoir le soutien de la presse réac et la confusion idéologique ?
Je pensais le cas Michéa "réglé" (intellectuellement s'entend) depuis belle lurette par Lordon & co, c'est pas les articles critiques qui manquent sur le sujet ; on parle là d'un intellectuel qui a bâti son succès éditorial sur une poussive essentialisation du "peuple" (la common decency comme qualité obligée du peuple authentique) avec le soutien joyeux de la presse réactionnaire.
Bizarrement on retrouve le même idéalisme philosophique chez Boucaud-Victoire (jamais il ne parle des groupes sociaux concrets qui portent les Idées) et la même focalisation sur des ennemis consensuels (critiquer BHL, SOS Racisme et le PS... c'est tellement subversif).
Bref, une fois n'est pas coutume, une émission pour rien.

Par docteur Sócrates, le 18/04/2017 à 14h07

Très bon entretien, qui nous aide à décrypter la décomposition / recomposition actuelle. J'espère toujours voir Michéa chez Hors-Série !

Par SebU, le 17/04/2017 à 03h51

C'est pas bien grave Manuel, vos émission sont excellentes sur le fond mais il y a un côté entre soi dérangeant à l'écoute. Bonne continuation

Par Patrick, le 16/04/2017 à 15h04 ( modifié le 16/04/2017 à 15h05 )

Bonjour Patrick,

J'entends et je comprends votre ressenti. Sachez simplement que, lorsque je tutoie mon invité, c'est qu'il s'agit d'une connaissance personnelle, que je suis habitué à tutoyer dans la vie courante. Je pourrais certes la vouvoyer en plateau - c'est ce que font la plupart des journalistes - mais je n'en ressens pas l'envie et je n'en vois pas l'utilité.

Je suis désolé que mon choix rende 'insupportable" l'écoute de mes émissions.

Bon week-end

Par Manuel Cervera-marzal, le 16/04/2017 à 11h54

Personnellement j'ai plus de mal avec le vouvoiement, surtout quand je sais qu'il est artificiel, mais c'est peut être une question générationnelle... Après quelle que soit la forme tant que le fond est intéressant, c'est l'essentiel.

Par blop, le 15/04/2017 à 23h46

Trés bonne émission

Par Loic Chantry, le 15/04/2017 à 23h01

Merci à Godile pour son commentaire, c'est idiot mais les entretiens de Manuel Cervera-Marzal tutoyant chacun de ses interlocuteurs est insupportable à l'écoute. Plus de fraicheur et de distance avec Maja Neskovic, beaucoup plus agréable.

Par Patrick, le 15/04/2017 à 20h08

Comme presque tous les samedis, invité passionnant et qui me donne envie de me jeter sur ces revues que je connaissais pas. Mon commentaire est plus sur la forme que le fond. Bravo pour le retour au vouvoiement, je me sens inclue dans la conversation. Par contre, que ce soit Maja ou l'intervenant, le nombre de "euh" entre pratiquement tous les mots devient rapidement insupportable. Enseignante moi même, je travaille avec mes élèves sur ce tic qui n'est plus une manière de faire pause pour chercher le mot suivant mais une manière de parler. L'art de la conversation doit inclure un contrôle sur ce genre de choses. On ne le remarque pas nécessairement quand on est entre soi, mais quand l'entretien est voué à être diffusé je pense que l'on doit penser à ceux qui vont écouter et on doit leur rendre l'audition aussi agréable que possible. En toute amitié.

Par Godile, le 15/04/2017 à 18h14