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Ce cauchemar qui n'en finit pas

Dans le Texte

Christian Laval

C'est un titre énigmatique qui résonne singulièrement avec notre vécu : Ce cauchemar qui n'en finit pas, c'est celui du monde néolibéral qui s'impose à nous depuis des décennies en dépit du bon sens, avilissant nos vies, disloquant nos sociétés, siphonnant la planète, au nom d'une croissance qui ne vient jamais et qu'on n'est même pas sûr de vouloir poursuivre. Ce cauchemar qui n'en finit pas, c'est la persistance de la doctrine néolibérale dans les têtes des élites politiques qui l'imposent avec zèle, gaz et matraques, alors que le corps social depuis longtemps la refuse et la récuse. Même le FMI le dit désormais : le dogme néolibéral n'a accompli aucune de ses promesses, il n'a pas généré d'emploi, de croissance ou de prospérité - mais l'Union Européenne va toujours son train d'austérité, infligeant avec constance (et brutalité) les mêmes exigences prétendument comptables et authentiquement absurdes, sur lesquelles aucun peuple n'a jamais été vraiment consulté. Poule sans tête tournant frénétiquement dans la cour de son désastre, le néolibéralisme zombie poursuit son saccage devant des peuples réduits à l'impuissance politique, hésitant entre l'hébétude, la protestation ou - pourquoi pas - le soulèvement.

Le texte de Christian Laval et Pierre Dardot (le premier, sociologue, le second, philosophe), est sous-titré : comment le néolibéralisme défait la démocratie. Il explore méthodiquement les composantes de cette doctrine émergée sur la scène politique dans les années 80, et qui a depuis emporté tous les esprits dans les hautes sphères politiques et économiques. C'est qu'une telle doctrine n'est pas sans séduction : elle promet de la prospérité (pas forcément pour tous, mais les puissants savent pouvoir se placer toujours du côté de ceux qui y gagnent), et propose de se passer des plus encombrantes procédures démocratiques. La consultation des peuples y est jugée superflue, le "parlementarisme" un atermoiement hasardeux, alors qu'il suffit de constitutionnaliser les normes économiques qu'on veut soustraire au débat public - c'est tellement plus commode. Les directives de l'Union Européenne, qui nous tombent sur la tête depuis des cabinets inaccessibles et opaques, sont la réalisation parfaite de ce modèle d'autant plus redoutable qu'il se prétend, dans la forme comme dans le fond, indiscutable.

Il faut pourtant le discuter, bien sûr, et le combattre, ce qui suppose de bien le connaître : c'est à quoi s'emploient Dardot et Laval. Ils nous proposent avec ce livre une étude rigoureuse du projet néolibéral depuis ses prémisses théoriques jusqu'à sa mise en oeuvre par les normes et les traités qui surplombent aujourd'hui les démocraties et annihilent la souveraineté populaire ; les auteurs rappellent, surtout, combien ce dernier avatar du capitalisme n'est pas le produit d'une vacance du pouvoir, qui aurait laissé le champ libre aux logiques marchandes les plus prédatrices. Il est au contraire le résultat d'une radicalisation du pouvoir, soustrait à la délibération démocratique pour mieux servir les intérêts du capital. L'Etat n'est donc pas l'adversaire du néolibéralisme : il en est le plus sûr garant - et c'est pourquoi les auteurs promeuvent des alternatives qui se dispensent de se tourner vers lui : le retour à la nation dans le cadre d'un souverainisme progressiste ne saurait constituer à leurs yeux une option émancipatrice. C'est sur ce point que j'ai eu, avec Christian Laval, les plus vives discussions - et c'est je pense en quoi l'émission est passionnante : elle est l'occasion d'un débat, vigoureux (et cordial !), entre la voie libertaire, à laquelle il appartient, et la voie "étatiste" que j'incarne ici, avec, selon mon interlocuteur, "un temps de retard". Je vous en laisse juge...

 

 

Dans le Texte , émission publiée le 18/06/2016
Durée de l'émission : 73 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

18 commentaires postés

Minute 9'26" : Le propos semble avéré par les dernières révélations du livre récent sur FH , en particulier cet échange du respect du plus ou moins 3% du MES contre "réformes" structurelles dont l'emblématique "loi" travail ...Il semble donc que la BCE soit bien aux commandes de la "souveraineté" des décisions nationales ...

Par Jean-Michel Guiet, le 24/10/2016 à 16h48

Rester à l'échelle du globe, c'est sans doute rester dans l'imaginaire où le capitalisme se sent le mieux et tire depuis longtemps déjà son énergie. Le livre de Peter Sloterdijk "Le palais de Cristal" avec pour sous-titre "A l'intérieur du capitalisme planétaire" le montre bien. La globalisation, loin de concerner seulement l'épisode le plus récent de notre histoire, commence avec la civilisation occidentale. Lire ce livre et ensuite aller voir "Zootopie" est bluffant.

Par dywenlac, le 08/07/2016 à 09h53

Émission passionnante, c'est à mon sens ce type d'émission qui justifie l'abonnement à Hors Série.

Par Jean-Philippe Barbier, le 26/06/2016 à 19h28

J'ai écouté cette émission avec en tête les "Carnets de route" de Régis Debray, dans lequel celui qui a risqué sa peau dans les révolutions socialistes des années 60-70 rapporte les deux enseignements qu'il en a tiré : 1- il y a du national, et 2- il y a de la haine. Le récit de son expérience auprès de Mitterrand est également passionnante, précisément sur le tournant néolibéral de la gauche.

Pour en venir à cette émission, autant j'ai apprécié le diagnostic de Christian Laval sur le néolibéralisme, autant j'ai trouvé les voies de dépassement dénuées de toute chance de mise en application pour les disons 150 prochaines années.

Christian Laval reproche à Judith un attachement à l'Etat très français. Je lui aurait retourné le compliment car il me semble que son altermondialisme est un rejeton de l'universalisme des Lumières, lui aussi typique des penseurs de la Grande Nation. Ne lui en déplaise, le besoin d'affiliation des êtres humains à une nation gardera encore longtemps un sens politique pour l'immense majorité des gens ordinaires.

Un dernier mot pour dire que j'ai adoré le climat de ce dialogue : sans complaisance sur le fond, et plein d'alacrité sur la forme. Merci.

Par Arnaud StA, le 26/06/2016 à 16h18

Ce week end sera le week end des cogitations dans la finance : premier constat la bourse anglaise a peu baissé , les bourses européennes ont subit un Krach.
Pire les grosses banques europeenne ont prit une déculotté historique ( en gros -20% !!!!!!), ont parle de faillites possibles.

traduction des chiffres en pensées: Le marché comprend bien que l'enjeu est la désintégration européenne , l'incapacité de l'europe a faire fasse à la prochaine crise financière (donc sortie de la grece et consort , sans doute chute de l'euro, et de l'UE telle qu'on la connait) .

Lundi on verra le fruit des réflexions : soit on se dit que finalement çà ne change pas grand chose(les britaniques ont toujours été un peu en dehors etc ) , et l'impact sera limité (pour l'instant) ;sans doute jusqu'à la fin de l’élection américaine (ce qui expliquerait le pseudo le statu quo de la finance à coût de stéroïde et amphétamine: avalanche de monnaie, loi et politique conte les couts du travail et des taxes etc) .

soit Lundi 27/06/2016 s'amorce le plus grand Krach de l'histoire .

Week end magnifiquement "Hitchockien" en perspective , Ha Alfred , tu ne nous quitte jamais :)





Par Gauthier R, le 25/06/2016 à 11h17 ( modifié le 25/06/2016 à 11h24 )

Brexit !!!!!! hehehe six mois que j'attend l’étincelle qui va mettre le feu aux poudres de la finance, et après les attentats la bourse montait (cynisme et aveuglement des marchés)! , et finalement la voila , Boum : magnifique mini-Krach boursier today , guettons les faillites dans les prochaines semaines , et la réaction en chaine peut arriver. Ce qui résoudra de soit même la lutte social: faillite des banques, nationalisation, chute de l'euro etc

juste pour un peu rire de ASI ( désolé c'est mesquin, quoique, çà pourrait être juste, vu leurs égarements ) : voici ce que j'écrivais il y a un an sur leur forum :

La fin du capitalisme sauvage n'est pas la fin de la civilisation

Le plus drole dans tout cette crise , c'est que le capitalisme est en train de désactiver les peurs qu'elle a inventé , à force de pousser les peurs jusqu'à l’exécution, elle est en train d'apprendre que la fin du monde n'est pas derrière, au contraire :
Pour l'instant elle a déjà apprit à beaucoup beaucoup de monde à se passer de consommation (diète forcée, qui est finalement plus agréable que prévu) .
Maintenant le mensonge libéral va se révéler :
effectivement la grece quittera l'EURO, il y aura privatisation des banques, il y aura une baisse de consommation des produit importer, il y aura une baisse de possibilité de consommation d’énergie, et de pas mal de produit, mais par contre le pays va remonter la pente, par contre la production national va monter,il y aura crise et pourtant les besoins essentiel (santé, Education, sécurité, nourriture, logement) seront remplis , et pourtant la Grece aura survécu, voire mieux .


Quand on invente des peurs, dé-corrélées du réel, vouloir s'appuyer sur le réel pour les imposer, va être au bout du compte un sabordage du capitalisme dérégularisé , la fin de la privatisation à tout va, du culte des exportations, du culte de l’économie ouverte à tout prix même quand ça dessert les peuples , tout cela tombera en même temps que la Grece et l'Espagne se redresseront dans une forme d'autarcie, archaïque, défensive, mais drôlement efficace contre la clef de bras du capitalisme

PS : cette situation a déjà eu lieu en Angletterre juste avant Thatcher, les angais à leur habitude ont préféré s’éclairer à la lampe a huile, que de se soumettre aux les dictas du marché mondial, et il n'en sont pas mort



Modifié 3 fois. Dernière modification le 12:38 le 21/06/2015 par GauthierR.

http://www.arretsurimages.net/forum/read.php?3,1452075,1452819#msg-1452819

Babylon is falling : https://www.youtube.com/watch?v=UFGjOc1xPGQ

Par Gauthier R, le 24/06/2016 à 10h17 ( modifié le 24/06/2016 à 11h09 )

"En 1983, ils ne pouvaient pas prévoir" et pourtant .. Quand la base d'une Union est le marché et la libre concurrence effréné , certains furent lucides il y a bien longtemps sur ses conséquences. Je pense notamment à Mendès France qui refusa de voter le traité de Rome. Son discours à l'assemblée (disponible sur le net) décrit ce qui allait nous arriver à partir des bases et de idéologie de ce traité.. Mendes ne peut être qualifié de nationaliste borné. Monet est au Panthéon, Mendès adulé sans doute mais sa pensée oubliée.
Par ailleurs nous ne serions pas en régime totalitaire.Non si on se réfère aux formes du passé. Mais le totalitarisme a su s'adapter. Plus de mesures physiques de coercition qui provoquent la dissidence et la révolte (du moins jusqu'à présent) mais quand, quoiqu'on vote il est impossible de changer de politique, quel nom donner à ce type de situation si ce n'est la forme moderne du totalitarisme.
La connivence entre élites mondialisées (politiques, économiques, journalistiques etc) est bien une forme de totalitarisme contre les peuples et la démocratie.
Parlons de la loi travail qui justement ne peut se combattre qu'au niveau national. Aux USA la flexibilité a toujours existé, point de combat sur le sujet, en Allemagne elle fut imposée sans résistance il y a une quinzaine d'année. En France en Belgique elle provoque des révoltes. Le combat national a donc tout son sens même si certains thèmes peuvent être mondiaux. Un débat Laval/E Todd serait le bienvenu sur ce thème. 40 ans de recherches pour Todd sur le sujet.
Cet entretien est intéressant mais trouve vite ses limites compte tenu des prudences de l'invité

Par Maud, le 19/06/2016 à 23h09

Merci pour ce riche entretien.

Vous avez abordé bien des questions qui sont parmi celles qu'avec plusieurs de mes proches nous nous posons.
Sans y apporter de réponses définitives bien sûr, car si celles-ci était à portée d'un entretien et pouvaient être apportées en une heure, cela se saurait, mais en délivrant l'éclairage intelligent d'un inventaire du comment et du vers-quoi avec les pratiques alternatives proposées au néolibéralisme.

Vous m'avez ainsi permis d'être plus léger avec la décision d'une fois encore changer complètement de vie en rejoignant pour l'accompagner un de mes fils dans l'élevage en agropastoralisme nomade (sans propriété de terre ni de bâtiments) qu'il va démarrer l'an prochain.

Par Thomas Gelée, le 19/06/2016 à 22h02

archibald : merci , extrait brillant!!!!


PS: j'ai l'impression qu'en conséquence: tout internationalisation, ne serait qu'une internationalisation de la pensée bourgeoise (enrobé comme un jolie dragé , ou suppositoire , who knows? ): tiens donc c'est ce que j'ai devant mes yeux: Marx serait il un dangereux voyant?


PS2: Le site officiel de Lordon a disparu, il y avais ses articles scientifiques ( le web s'appauvrit depuis 12 mois, c'est tres triste) . En general , Lordon parle le bon sens et s'appuie sur des theorie existante MAIS , il a ecrit une theorie monetaire, basé sur Spinoza (et sur le pouvoir symbolique de l'argent) , qui est un renversement theorique total , et génial ( c'est réellement un apport theorique completement nouveau, et renversant : un concept qui change les choses au point d' adapter la theorie existante ) .

Article retrouver sur la revue Mauss : http://www.journaldumauss.net/?Genese-de-l-Etat-et-genese-de-la


Extrait :

" le théoricien doit toujours aller au-delà des prix sans se laisser tromper par « l’illusion monétaire. » C’est ce que dit Schumpeter : « Non seulement on peut rejeter ce voile (monétaire) chaque fois que nous analysons les traits fondamentaux du processus économiques, mais il faut le faire, à l’instar d’un voile qui doit être ôté lorsqu ’on veut voir le visage qu ’il recouvre. C’est pourquoi les prix en monnaie doivent céder la place aux taux d’échange des marchandises entre elles qui sont vraiment la chose importante “derrière” les prix en monnaie » [5].

Or, pour nous, la logique est exactement inverse. Au lieu de voir dans la monnaie, un instrument conventionnel permettant l’expression indirecte d’une valeur qui lui préexisterait, il faut a contrario considérer que monnaie et valeur constituent une seule et même réalité. La valeur est tout entière du côté de la monnaie et d’elle seule. Elle n’existe que dans la monnaie. En conséquence, dans notre perspective, dire que les marchandises valent quelque chose équivaut à dire qu’elles permettent d’obtenir de la monnaie dans l’échange. Paraphrasant Marx [6], nous pouvons écrire : « Nous connaissons maintenant la substance de la valeur : c’est la monnaie. Nous connaissons maintenant la mesure de sa quantité : c’est la quantité de monnaie ». Il ne s’agit donc plus de voir dans le prix monétaire un voile conventionnel qui demanderait à être écarté pour accéder à cette grandeur cachée qu’est la valeur des marchandises. Dans notre approche, tout au contraire, le prix est la réalité première au sens où la marchandise vaut exactement son prix, c’est-à-dire la quantité de monnaie à laquelle elle donne accès dans l’échange marchand.

Dire ainsi qu’il n’est pas de valeur substantielle qui commanderait la formation des prix monétaires et dont ceux-ci n’auraient qu’à être l’exact reflet, c’est donc rompre avec l’une des plus anciennes habitudes de pensée de la discipline économique, habitude connue sous le nom de « théorie(s) de la valeur » (comprendre : de la valeur substantielle), mais aussi, par-là même, retrouver l’une des trois grandes « dévalorisations » [7] opérées par Spinoza, dont Deleuze montre qu’elles sont constitutives de sa rupture radicale avec la morale classique : dévalorisation de la conscience, des passions tristes… et des valeurs ! Cette conjonction inattendue d’une critique économique de la valeur et d’une critique philosophique de la morale est en réalité tout sauf fortuite, et il suffit pour s’en rendre compte de lire le scolie de (E, III, 9) [8], et surtout d’en apercevoir toute la généralité, c’est-à-dire la capacité à s’appliquer aussi bien aux formes matérielles qu’aux formes morales du « bien » : « Nous ne nous efforçons pas vers quelque objet, nous ne le voulons, ne le poursuivons ni ne le désirons pas parce qu ’il est un bien, mais au contraire nous ne jugeons qu ’il est un bien que parce que nous nous efforçons vers lui, parce que nous le voulons, le poursuivons et le désirons » (E, III, 9, scolie).

Par Gauthier R, le 19/06/2016 à 13h42 ( modifié le 19/06/2016 à 14h24 )

Ces personne qui, comme Christian Laval, critiquent, démentent ou "complètent" Marx parce que c'est à la mode et sans jamais l'avoir lu me désolent profondément.
"Marx voyait dans le capital une substance qui se développerait pas elle-même…". Vraiment ?
«Les pensées de la classe dominante sont aussi les pensées dominantes de chaque époque, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose du même coup des moyens de la production intellectuelle, si bien que, l'un dans l'autre, les pensées de ceux à qui sont refusés les moyens de production intellectuelle sont soumises du même coup à cette classe dominante.
Les pensées dominantes ne sont autre chose que l'expression idéale des rapports matériels dominants, elles sont ces rapports matériels dominants saisis sous forme d'idées, donc l'expression des rapports qui font d'une classe la classe dominante; autrement dit ce sont les idées de sa domination. Les individus qui constituent la classe dominante possèdent entre autres également une conscience, et en conséquence ils pensent; pour autant qu'ils dominent en tant que classe et déterminent une époque historique dans toute son ampleur, il va de soi que ces individus dominent dans toute l'extension de leur classe et qu'ils dominent entre autres comme êtres pensants, comme producteurs d'idées, qu'ils règlent la production et la distribution des pensées de leur époque; leurs idées sont donc les idées dominantes de leur époque". K. Marx et F. Engels, L'idéologie allemande (1846).

Par Archibald, le 19/06/2016 à 13h32

En réponse à Jérémie Chayet :

Le libertaire (que je ne suis pas, je ne peux me revendiquer que d'une culture nerd) est toujours un peu donneur de leçon :) Les premiers anarchistes se moquaient déjà des marxistes, pointant les dérives de l'état socialiste comme transition vers le communisme. Ils n'avaient pas tord cela dit, maintenant ont-ils fait mieux ? Non. Mais ils ont fait moins pire ce qui n'est pas nécessairement faire mieux (pas certain que j'arrive moi-même à me suivre dans ce développement foireux, mais je me comprend).

Il ne s'agit pas d'aller chercher les communs comme on tire un lapin du chapeau, ni de dire que c'est la solution à tout. Les communs, ça existe et c'est inscrit dans le droit depuis l'antiquité romaine. Cela revient comme une lame de fond de manière très concrète depuis environs 30 ans avec les travaux d'Elinor Ostrom consécutifs à la tragédie des biens communs (notion expliquée plus bas par un autre commentateur). Les communs vont décliner avec le passage en force du capitalisme au XVe siècle (c'est le mouvement des enclosures), mais il y a toujours eu et il y aura toujours des communs car c'est une propriété fondamentale du social que l'on retrouve dans toutes les sociétés humaines, à toutes les échelles et dans toutes les formes de pensée. Le commun c'est en quelque sorte la structure sociale fondamentale et pour cause : c'est très facile à mettre en place. Il suffit d'une ressource, d'un peu de droit (qui peut être un ensemble de normes informels) et d'un système de gouvernance basique.

Vous dites que je discrédite la souveraineté, vous m'aurez mal lu. Ne pas vouloir de la souveraineté c'est comme de refuser qu'il pleuve ou que la mort advienne. Je dit que ce n'est pas par l'état que nous devrions pouvoir éprouver notre souveraineté. Ce dernier n'est que capture, c'est sa nature profonde : l'état émerge de la capture de la souveraineté, c'est ce qu'explique Lordon à travers l'imperium. D'ailleurs, le système de Friot n'est pas un système étatisé ! Friot est pour la déperdition de l'état comme tous les communistes. Le système Friot est pensé comme un commun où l'état est un moyen d'action mais certainement pas une fin en soi. Donc je n'ai rien contre la souveraineté, même étatique. Je pense simplement que l'on n'en fera pas plus que ce que l'on en a déjà fait (c'est à dire du capitalisme et pas grand chose d'autre). La démocratie, bien commun ?

"Et j'attends avec impatience la démonstration du caractère concret et transnational de vos communs..."

Wikipedia, Inocentive, Linux et le logiciel libre, les pâturages décrit par Ostrom etc. Les exemples foisonnent et je peux vous en décrire beaucoup. Les communs permettent forcément de dépasser le national puisqu'ils n'y font pas référence : il n'y a pas besoin d'état ou de nation pour faire un commun. En revanche, il y a besoin d'un état pour donner de la norme et produire de la loi. C'était l’enjeu de la loi numérique où l'article 8 prévoyait d'introduire une définition des communs. Ça n'a pas marché, mais cela prouve que la notion est aujourd'hui très opérante puisqu’il y a besoin de légiférer. Voilà pour le concret. Mais au risque de me répéter, si on lit bien Friot et Lordon, l'état n'est pas spécialement leur tasse de thé. C'est juste un moyen de sortir du marasme actuel à très court terme. Les solutions qu'ils inventent font plus appel à des communs qu'à de l'état.

Au reste, je m'applique une doctrine de salut public : méfions-nous de l'état, même lorsqu'il nous sert.

Par Paul Balmet, le 19/06/2016 à 12h53

En réponse à Paul Balmet:

Bien sûr, je suis un peu réducteur, mais j'en ai un peu marre de ces donneur de leçons internationaliste qui n'explique jamais un minimum les conditions réelles de ce à quoi ils aspirent. Personne ne peut être contre les alliances de classe au delà des frontières ou contre les communs. La question, c'est comment, il me semble. Et, en bon libertaire, il aurait pu répondre à Judith (qui redescendait à l'espace national comme cadre adapté de la lutte) qu'il fallait alors peut être descendre encore: pourquoi pas des luttes régionales, départementales voire à l'échelle de la commune. Au final, si la gauche n'est pas affaire de gouvernement, le foyer est peut être le bon échelon qui sait ?

Sur la matrice actuelle de la propriété, privée ou publique, je trouve justement pertinent la distinction, très opérationnelle pour le coup, faite par le réseau salariat (ou les marxistes d'une façon générale) de distinction entre propriété lucrative et d'usage. Pas besoin d'aller chercher les communs: avec l'interdiction de tirer un revenu d'un patrimoine, un bond en avant sera fait.

Pour finir, je trouve cette phrase emblématique: "Christian Laval renvoi la logique "souverainiste de gauche" dans sa contradiction la plus fondamentale : ce n'est pas d'état dont nous avons besoin pour éprouver notre souveraineté - ou du bon état bien configuré - mais de communs, divers et opérants très concrètement dans le réel tout en faisant office de pont transnational tant dans les imaginaires qu'ils produisent que dans les modes de vie qu'ils proposent." Cette manière de discréditer la souveraineté est déconcertante et crée une opposition stérile. Nous sommes dans notre ensemble pour moins d'Etat, notamment dans son utilisation bourgeoise de captation de la volonté populaire. Et j'attends avec impatience la démonstration du caractère concret et transnational de vos communs... Imaginaires pour le coup à n'en pas douter. Ou alors il faut en expliciter les conditions d'existences.

Par jeremie chayet, le 19/06/2016 à 11h31

Je ne saurai dire à quel point j’apprécie vos programmes. Mais je m’étonnerai toujours du point aveugle qui caractérise vos analyses du “néocapitalisme”.
Quand vous relevez les corrélations négatives de ces politiques (“il n’a pas généré d’emploi, de croissance, de prospérité…”), pourquoi ne pas voir simultanément les corrélations “positives” : il a augmenté les inégalités et l’appropriation des profits par une minorité, changé la répartition du PIB au détriment du travail… De fait, “il n’a tenu aucune de ses promesses…” n’est que partiellement vrai et le qualifier de “poule sans tête tournant frénétiquement dans la cour de son désastre” une belle image mais un mensonge. Il s’agit d’une politique “de classe”. Pourquoi ne pas le dire clairement. Auriez-vous perdu les bonnes lunettes ou bien craignez-vous d’être traitée de “marxiste” ? « Nommer adéquatement les choses, à l'encontre de tous les recouvrements idéologiques du néo-libéralisme, c'est peut-être la première étape pour trouver la force de s'en libérer » disait Frédéric Lordon à la Nuit Debout du 40 mars 2016 place de la République. Bien amicalement.

Par Archibald, le 19/06/2016 à 09h28 ( modifié le 19/06/2016 à 09h55 )

Il y a beaucoup de faiblesse dans son raisonnement .De manière général vouloir étudier l’économie , demande tout de même un peu d’économie . De un les communs est un concept economique , qu'on appelle bien publique, et bien quasi public (aussi appelé bien de club) .

De deux , Sur le revenu universelle, il loupe completement que justement c'est la solution economique et la possibilité d’économie du gratuit, et d'economie du partage (collaborative ), ce qui rendra la croissance completement caduque .

Sur Nuit debout, il fait tellement de raccourcit : Podemos est arrivé en reaction à la sterilité des Indiniados .

Je pense que tout ça s'appuie sur une sorte de sacralisation de la tolerance, alors que la tolerance est en fait un comportement a minima: c'est avec la difference qu'on ne comprend pas qu'on est tolérant . Etre tolerant n'est pas aimer la différence, et aimer la difference ne veux pas dire defendre n'importe quelle pratique : l'excision est elle une coutume qu'on doit respecter ?? (question purement rethorique,bien sur que c'est une horreur absolu: mais je précise quand meme par les temps qui court, où la critique est vu comme un acte d’hérésie, en consequence on voit du racisme dans tout, sauf la ou il est ) .

Il y a une sorte de sacralisation de la discussion ad eternam, car le monde actuelle pense que l'humanité était débile avant eux, et sera géniale après eux . Or le progrès moral n'existe pas, il existe un progres dans les institutions qui défendent une certaine ethique ( le droit et la politique) , mais cette croyance dans un homme nouveau, tout gentil, simplement par castration , pur narcissisme et lâcheté, ne mènera pas loin .

Il est amusant que personne ne parle de l'argument chinois: la democratie a donné le nazisme. Et si on y repond pas, non seulement nos société restent en danger, mais en plus nous ne sommes pas crédible .

Comme disait Philippe Bilger chez Taddei, la molesse peut etre une dictature, et la molesse ca etouffe .

Cela devient urgent que quelqu'un de votre mouvement, ou de Hors serie, aille voire le double blackmail de Zizek , vous tournez en rond et ratez des evidences . Vous etes trop centrer sur vos theorie, et pas assez sur les misereux. En gros vous prenez la misere, comme opportunité pour exister , un peu comme les djihadistes volent le combat des palestiniens , sans en avoir rien à faire des palestiniens .

PS: quand j'ai suggéré sur FB à l'evenement Rendez vous festif: si vous voulez amener les banlieues , le quart monde , et la rue en général dans votre mouvement, il faudrait peut être invité des membres important de leur communauté ( artistes , éducateur, référent moraux , docteur, footballeur etc ) , ils m'ont demandé si j'avais des idées et des contacts . Vos banlieues et la rue sont tellement loin de vous , que vous n'avez même pas d'idée de ce qui en sort culturellement ( Yamakazi: parcours , Rap, Hip Hop, Danse, Cinema, sport urbain, acrobates ) . Je connais des artistes francais qui sont inconnu en france , et qui sont des references dans le monde . Triste constat de distance et non-interet . Ou est votre tolerance? : leur donner 5 minute de temps de paroles, alors qu'ils sont muselé depuis des décennies : Good luck les amis, bon blabla entre vous .


Un discussion entre lordon et joeystarr (ou un artiste plus happy si vous voulez: Hocus Pocus) serait assez jouissive, je pense qu'il y aurait beaucoup d'humour et de vie, et amènerait un peu de contraste dans cette soupe insipide .

Je vois sur la RTBF un ex footballeur , franco senegalais, de la goutte d'or: Khalilou Fadiga, et justement il parlait du rapport à l'argentn (quand on vient de la misere) en reaction à un discours tout gentil, sur les motivations d'une jeune joueur. Ce mec est parisien, ancien pilier de l'equipe National du Senegal (héro dans son pays) , et c'est un type tres impliqué, tres intelligent, et incroyablement spirituel.
(en gros tout sauf un idiot). Il aurait plus à vous dire que vous ne le pensez, le footballeux .

Pour faire court, il y a une sorte d'ignorance de son propre snobisme chez les intellos francais . Et je reve de Cyrano venant donnez une lecon d'esprit, par sa seul presence, aux precieuses ridicules. Le maniérisme est tout, et en meme temps ca peut etre un abime .

Par Gauthier R, le 19/06/2016 à 08h18 ( modifié le 19/06/2016 à 09h56 )

Pas si abstrait que cela. Il faut se pencher sur la notion de communs, (trop) brièvement évoquée lors de l'émission. En effet, la matrice actuelle des institutions se présente sous deux pôles (prétendument) opposés : le privé et le public. Or, la notion de communs montre qu'un tiers secteur existe bel et bien et que ce n'est pas une simple extension du public ou un substrat résiduel du monde social qui serait conséquent mais inopérant. Benjamin Coriat (qu'il ferait bon d'inviter sur hors-série à ce sujet, notamment sur l'ouvrage collectif "le retour des communs") détermine les communs de la manière suivante : (1) une ressource en partage (physique, informationnelle etc.), (2) un mode d'ayant-droit noué autour de la chose partagée dans un système complexe de droits et d’obligations réciproques (des "bundle of rights"), (3) un mode de gouvernance de la ressource qui permet de garantir son statut de commun, d'assurer son accessibilité et de protéger son renouvellement. Les communs c'est donc une manière de faire non pas sans l'état ni sans la propriété privée, mais d'opérer l'équation du social autour des objets délicats que sont les biens communs (des ressources à préserver, des modes d'innovations, du vivant, un système de crédit, de la production, de la gestion institutionnelle des affaires publiques). Frédéric Lordon, très apprécié dans le cénacle Hors-sérien, présente lui-même un notion de Récommune qui s'approche de cela ou même son système socialisé du crédit où les sociétaires sont les ayants-droits légitimes. C'est du commun, pas de l'état. Bernard Friot, également plébiscité par Judith, explique bien qu'au début de la sécurité sociale cette dernière était gérée non pas de manière étatisé mais comme un commun ! C'est à dire avec des commissaires de caisses élus qui géraient la ressource et la redistribuait.

J'ai apprécié que Christian Laval renvoi la logique "souverainiste de gauche" dans sa contradiction la plus fondamentale : ce n'est pas d'état dont nous avons besoin pour éprouver notre souveraineté - ou du bon état bien configuré - mais de communs, divers et opérants très concrètement dans le réel tout en faisant office de pont transnational tant dans les imaginaires qu'ils produisent que dans les modes de vie qu'ils proposent. En bref : l'état n'est pas l'unique mode de cristallisation de la souveraineté. Il n'y a pas que du privé et du public : il y a aussi du commun. L'état est la forme capturée des souverainetés communes par les dominants et dont la puissance s'effectue sur toute la société avec tout l'arbitraire que cela suppose (ce que Mathieu Rigouste a très bien expliqué la semaine dernière).

Bel échange cela dit !

Par Paul Balmet, le 19/06/2016 à 02h22 ( modifié le 19/06/2016 à 02h28 )

Un internationaliste dans toute sa splendeur: abstrait... Et dire que c'est le bord dont je suis le plus proche, ça me désole.

Par jeremie chayet, le 18/06/2016 à 21h30

Annie Lacroix-Riz décrit très bien le processus de la création de « l'Europe des marchés » porte-avions de l'Impérialisme US...se poser aujourd'hui encore des question sur les objectifs réels a un côté surréaliste ! relire, entre autres, Lénine « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme » qui date d'un siècle.
Au moment du « virage de la rigueur » en 1983 j'étais cadre-supérieur dans une Banque qui venait d'être « nationalisée » : il était dit, écrit, les objectifs réels, conscients, des Delors, Naouri, Fabius, Bérégovoy qu'il fallait s’aligner derrière les anglo-saxons, ces « trahisons » voulues, exprimées dans maints colloques, réunions, écrits ont été facilitées par l'affaiblissement puis la disparition de l'Ennemi : l'URSS, l'objectif était et reste l'élimination de l'idée « communiste », Aujourd'hui, ici, en « Europe » Hongrie, Pologne Croatie filent vers des régimes autoritaires à tendance fascisantes sans que cela émeuvent les dirigeants européens, et pour cause : ils préfèrent ceux-là ... « Plutôt Hitler que le Front Populaire » reste la devise préférée des Capitalistes et des lansquenets ; d'ailleurs le nouveau Président de la Banque dans laquelle je travaillais à commencé, dans les 24 h, par la chasse aux militants CGT...dont j'étais : relire les textes parus à l'époque dans « Economie et Politique » ou « Option » les critiques étaient acérées, mais l'opinion anesthésié sous des phrase de « gauche ».

Quand aux usurpateurs : questionner Roland Gori sur la « normalisation » serait le bienvenu. Si nous n'avions battu le Sarko : aujourd'hui Hollande parlerait plus à gauche que Mélenchon

Mais comme disait Pablo Néruda : « nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maîtres du printemps »

réf : Annie Lacroix-Riz : https://vimeo.com/167287974
réf : Roland Gori : « La fabrique des Imposteurs » https://vimeo.com/167287974

Par morvandiaux, le 18/06/2016 à 18h20

Enfin quelques vérités rappelées par Christian Laval qui ne peuvent que déranger nos trois intervieweuses, très talentueuses mais bloquées dans le catéchisme de la "vraie gauche" :
1. La gauche gouvernementale est obligée de tenir compte du rapport de force en France et dans le monde. Mélanchon avait dit une énorme bêtise : si j'arrive la finance aura peur! L'expérience Grecque a prouvé à quel point c'était ridicule.
2. Le commun - en fait la tragédie des communs - c'est à dire le fait que les tricheurs gagnent beaucoup individuellement mais détruisent le bien commun. Cela aide à comprendre, donc à traiter, la réticence aux réalités environnementales et à la fuite fiscale. Elinor Ostrom a eu le Prix Nobel d’économie pour ses travaux sur ce sujet.
3. Les changements ne peuvent venir que de mouvements internationaux.

Par mbloch3, le 18/06/2016 à 17h48