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Le franc-tireur du journalisme

Aux Ressources

François Ruffin

Journaliste de gauche, j’ai un gros problème dans la vie. Comment dénoncer sans lasser. Sans me lasser aussi. Comment critiquer « le néolibéralisme », le « démantèlement de l’Etat social », prôner « la lutte » contre « le capital », sans susciter un énorme bâillement. A force d’être répétés, ces mots, pourtant pertinents, sonnent creux, perdent de leur efficacité.

Fakir, le journal que dirige François Ruffin depuis 1999 m’intéresse parce qu’il apporte des réponses à cette difficulté. Ce bimestriel basé à Amiens explore les dilemmes théoriques et stratégiques qui travaillent et souvent divisent la gauche, mais toujours en racontant une histoire, et toujours en partant des expériences concrètes et de la subjectivité de chacun. Le journal « fâché avec tout le monde ou presque » ne fait pas semblant de détenir la vérité « objective », ne se cache pas derrière le style « neutre » et policé qu’on apprend dans les écoles de journalisme. Mais au contraire, intègre les préjugés, les doutes et les échecs à l’intérieur du style et du récit. C’est un journalisme militant mais vivant, qui se gratte la tête pour réinventer une critique devenue trop souvent automatique et attendue.

Tout juste sorti en salles la semaine dernière, son film Merci Patron! en atteste : son journalisme ne s’arrête pas à l’écriture et à la diffusion d’articles, il s’inscrit dans des campagnes et des actions directes susceptibles d’atteindre un public plus large que celui des petits cercles militants habituels : une intrusion dans une assemblée générale du groupe Casino, la pose d’une plaque commémorative pour un jeune travailleur mort sur un chantier d’insertion de la ville, une machination pour faire cracher Bernard Arnault au bassinet.

Bref, dans un paysage médiatique saturé de bons « petits soldats du journalisme », comme il les appelle dans son premier ouvrage, savoir qu’un Fakir existe, persévère et même grandit, ça donne des armes pour « étonner la catastrophe. »

 

Aux Ressources , émission publiée le 05/03/2016
Durée de l'émission : 69 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

21 commentaires postés

Ce qui transpire de F. Ruffin c'est justement cette désinvolture et ce franc-parlé. Quand il dit qu'il n'est pas parfait et tyrannique dans sa rédaction, on peut mieux croire ces propos qu'avec une personne pronant sa perfection et son exemplarité.
Merci pour cette bonne interview et se bon moment passé.

Par Martin PAROLA-DANIEL, le 20/03/2017 à 17h15

Ruffin est bien une sorte de Michael Moore à la française matiné de JY Lafesse. Il y ajoute un ton et une astuce qui lui sont propres . C'est ce qui le rend inclassable et irrecupérable par un mouvement politique même s'il les inspire.

Par Catala69, le 09/04/2016 à 11h29

Strip tease a influencé massivement le cinema belge , documentaire et fiction, pourtant on ne parle jamais de son créateur, grand réalisateur belge , qu'il faudrait inviter :

Benoit Mariage : https://fr.wikipedia.org/wiki/Beno%C3%AEt_Mariage

Par Gauthier R, le 11/03/2016 à 10h12

L.Raïm m'a paru déconcertée par cet Ovni cinématographique , cette aventure de presse , ce journaliste-réalisateur hors-codes, bref ce "fakir" dressé sur ses pointes...non?
Il y a de quoi, d'ailleurs, tant son projet est multiforme et multidirectionnel: éditorial ET politique, régional ET national, militant ET indépendant de toute organisation...
Ruffin cite Moore et Lafesse.
Dans son "Merci patron" on n'est pas loin non plus de "Streap-tease".
Réjouissant et tonique en tout cas. Et courageux. Les critiques même positives passent souvent à côté de cet aspect, comme s'il était facile de se tenir en position de rupture radicale face à LVMH ou Apathie ou d'autres...
Le cinéma (ou la vidéo) "d'intervention" politique (pour ne pas dire "militant") ne date pas d'hier. Il a même un glorieux passé. Ruffin s'inscrit joyeusement dans cette lignée.

Par felix d, le 10/03/2016 à 16h44

Je me sent enfin représenté merci Francois.

Par contre je me permet juste quelques sources , car ayant choisi de faire des aller et retour entre la "concrétude" et la théorie , et en espérant ne pas vexer Francois , je me permet de citer les deux ou trois concepts et theories, détournés par les vendeur de tapis pour nous faire avaler des couleuvres :



Le "free exchange" est un detournement des avantages comparés de ricardo : https://fr.wikipedia.org/wiki/Avantage_comparatif

et pour trichet , il faut savoir que la BCE n'a pas les meme pouvoir que les autres banque central non seulement de la planette mais aussi de toute l'histoire de l'economie, donc trichet dit un tas d'annerie ; mais surtout ce dont Trichet parle ( à savoir:" la stabilité des prix" ce qui veux dire une inflation entre 1 et 2%),n'est basé sur aucune théorie économique (sauf quand l'inflation devient délirante et devient un probleme ),et est en fait une obsession allemande depuis le trauma de Weimar.

La vrai tache d'une banque central n'est pas la stabilité des prix, mais bien un chomage au NAIRU (https://fr.wikipedia.org/wiki/Taux_de_ch%C3%B4mage_n%27acc%C3%A9l%C3%A9rant_pas_l%27inflation)

Donc il y a non seulement une arnaque au bon sens, mais en plus une arnaque sur la théorie .

Par Gauthier R, le 10/03/2016 à 00h58

Merci beaucoup pour cet entretien !

C'était intéressant de l'écouter même si j'étais un peu déçue qu'on n'aille pas plus loin dans la mise en relation du détail des chiffres avec la mise en mouvement des idées comme on y est habitués dans cette exceptionnelle série qu'est @ux ressources. François Ruffin dit à un moment de façon très juste "l'émotion, c'est la mise en mouvement" puis plus loin "J'ai peur de l'embourgeoisement". Et on est ici au cœur du sujet de Laura. Je n'ai pas compris qu'elle n'aille pas plus loin dans son questionnement ? En plus, quand on lit Fakir, on sait que c'est le type de paradigme qui intéresse Ruffin (je me souviens d'un numéro où on avait le détail des factures URSSAF de Fakir par ex). Je m'attendais aussi à une exploration du côté local/national (structures de pouvoir et financières aussi) parce qu'avec Fakir, on est en plein dedans. Bref, je dois dire que c'était un entretien divertissant, mais qu'on est loin des meilleures émissions de la série et même qu'on est passés à côté, donc un peu de déception de ce côté-là.

Et puis je recommande à tous ceux qui hésitent encore à s'abonner à Fakir. Etant moi-même abonnée sceptique puis carrément inconditionnelle depuis quelques années, pour moi il s'agit ni plus ni moins du journal actuel le plus intelligent actuellement d'un point de vue national, c'est une magnifique réussite (ce qui n'est pas peu dire pour une râleuse telle que moi) !!

Par Lycendre, le 07/03/2016 à 15h38

il me semble que la "reconnaissance" de Fakir et de son animateur lui monte un peu à la tête, des centaines, des milliers de militants s'activent au jour le jour dans des domaines diverses : ils mériteraient -au moins- un peu moins de mépris hautain.
J'irai voir le film : plus nous sommes nombreux, plus nous ferons la nique au patronat réac !!

Par morvandiaux, le 07/03/2016 à 08h46

Très intéressant et pourtant j'avais vu la vidéo de l'interview sur asi.
Bravo pour la remarque "j'appartiens au camp de la gauche type F.G. et j'en ai honte". Depuis 1945 j'ai suivi, à la radio puis à la télé, les promesses du PC et leur total inutilité : luttant contre toute réforme et incapable de faire la révolution; Mélanchon est un digne héritier de cette inefficacité nuisible.

Par mbloch3, le 06/03/2016 à 23h44

super emission

Par delphine b, le 06/03/2016 à 23h01

Géniale émission...du velours avec un François Ruffin en pleine gloire ! ;-)
Merci patron!

Par FRAFOR, le 06/03/2016 à 16h47

Parfait ! Ruffin a pu raconter son combat.
C'est vrai que Laura Haïm est très décontractée : elle va se prendre un verre, et elle rigole quand son invité répond au caméraman ce qu'il attendait, qu'il va se diriger davantage vers le net.
Et c'est vrai aussi qu'on ne m'a pas proposé d'émission pour assister à une émission de Murielle Joudet, comme on me l'avait promis...
Un petit problème d'organisation ?

Par Yanne, le 06/03/2016 à 13h44

Très bonne émission, pas encore vu le film car trop d'obligations et mauvais temps mais ça ne saurait tarder.

"La concrétude des choses" bien qu'au bout on se trouve un peu seul dans le doute des actions à mener.
Mais les choses se construisent d'elles-mêmes et si l'insurrection qui vient a un boulet qui la freine, on voit que l’insurrection vient au regard effrayé des autres : Valls qui ce matin encore effeuille en parie son projet de loi qu'il a affublé du nom d'une femme par lâcheté, tout en faisant les gros bras en disant qu'il ne démissionnera pas.

Autre essentiel : la gestion humaine, celle qui rapproche tous face à l'abstraction.

Par Bernard67, le 06/03/2016 à 12h11

Excellente émission ! En attente d'une proposition Fakir sur le net…

Par Jopa Elleul, le 06/03/2016 à 10h01

Merci François!
Si Ruffin n'existait pas, il faudrait l'inventer :D
D'une façon ou d'une autre, il faut que ça bouge et il fait parti, avec bien d'autres, de ceux qui nous redonnent de l'énergie pour se (re)mettre en mouvement!

Par Pierre Robine, le 06/03/2016 à 00h17

"Aller dire aux gens: on va faire la révolution... inaudible !"
Ne répétez pas ça à ceux qui attendent "l'insurrection qu vient".

Par Robert., le 05/03/2016 à 20h49

@ Judith
Je me mêle de ce qui ne me regarde pas mais, en tant que râleur professionnel, je n'ai pas eu le sentiment que Sleepless "râlait". Il s'interrogeait ;-)
J'ai bien noté votre explication sur la nature de l’émission avec Ruffin qui explique pourquoi il n'y avait pas de public.
Par contre je suis surpris par le nombre de 5 ou 6 que vous avancez. j'étais resté à un peu moins. Mais ce n'est finalement pas très grave

Par RST, le 05/03/2016 à 19h38 ( modifié le 05/03/2016 à 19h42 )

Émission très intéressante, complémentaire de celle d’@si qui a permis de découvrir d’autres aspects de la personnalité de Ruffin qui semble accorder de l’importance à l’humain, y compris chez ses adversaires. Voilà ce que j’écrivais à son sujet dans un échange avec quelqu’un qui le connait et qui ne m’a pas démenti :
« Ce film motive pour se remuer et se battre. Pour les Klur, j’étais un peu mal à l’aise au début et petit à petit, on s’attache à eux. Effectivement Ruffin leur redonne leur dignité. En évitant le misérabilisme, en n’hésitant pas à se moquer d’eux comme il le ferait avec n’importe qui, à les bousculer un peu, il les traite d’égal à égal malgré les différences culturelles et leur situation désespérée. C’est très fort de réaliser cela et je pense que ce n’est possible que parce que Ruffin a du respect pour eux, de l’empathie. Cela montre aussi que ce type doit être profondément humain. Il réussit à les rendre beaux et je trouve que le contraste est saisissant entre leur attitude physique au début : empotés, tête baissée, … et la façon dont ils se tiennent à la fin : droits, souriants, (heureux ?), dignes. C’est probablement dû en partie au montage mais pas seulement. Il y a une vérité derrière. »
Par ailleurs, c’est très subjectif, mais j’avoue néanmoins que j’ai un peu de mal avec le style de Laura Raim. Le résultat est là mais sa façon de procéder est, si je puis me permettre, un peu brouillonne, donnant l’impression de chercher ses mots. Je suppose que c’est une question d’habitude (de ma part, j’entends) et que je suis trop formaté par les interviews standards (et inintéressantes) de la télé traditionnelle.
Enfin, plus très jeune, blanc, hétéro (je crois), cadre supérieur, je me sens d’une certaine manière exclu et coupable de me sentir autant d’affinité avec le discours de Ruffin et de ses semblables alors que ces derniers n’envisagent visiblement pas de faire la jonction avec des gens comme moi qui ne sont ni de gauche, ni ouvrier, ni petit-bourgeois. Mais c’est pas grave, dans les manifs, je mettrai un masque ;-)

Par RST, le 05/03/2016 à 19h30 ( modifié le 05/03/2016 à 19h41 )

Bonjour Sleepless,
Vous avez bien fait de râler ; après une recherche dans notre mailing des invitations à assister à des enregistrements, je découvre que votre adresse mail n'y figure pas. Bug de notre part au moment du copié-collé à partir du fichier Ulule. Nous en sommes très désolés, et allons trouver une solution pour vous dédommager de ce regrettable incident… Comme nous tournons désormais nos Dans le texte et nos Dans le film dans le studio d'Arrêt sur images, qui n'est pas conçu pour accueillir du public (en nombre, en tout cas), ce sera sans doute une invitation individuelle. Je reviens vers vous en MP...
Avec toutes nos excuses !

Par Judith, le 05/03/2016 à 19h26

Judith : "seuls 5 ou 6 enregistrements d'émission ont été proposés aux souscripteurs Ulule"

Ah tiens, c'est marrant, il me semble n'avoir été prévenu d'aucun...

Par sleepless, le 05/03/2016 à 16h56 ( modifié le 05/03/2016 à 17h03 )

Bonjour RST,
Votre commentaire n'est pas tout à fait injuste, dans la mesure où nous n'avons pas pu honorer notre engagement à la hauteur que nous avions espérée : seuls 5 ou 6 enregistrements d'émission ont été proposés aux souscripteurs Ulule, pour des raisons qui tiennent notamment à la difficulté d'organisation de ces propositions. Mais ce n'étaient de toutes façons que des Dans le texte ou des Dans le film, les seules émissions que nous tournions dans un espace susceptible d'accueillir du public. Donc, ne soyez pas "frustré" : il n'a jamais été question d'accueillir du public sur les émissions Aux sources et Aux ressources, qui sont filmées "chez l'habitant", dans des lieux privés qui n'ont pas vocation à accueillir du public.

Par Judith, le 05/03/2016 à 14h41

Judith
J'ai conscience, par rapport à l’énorme travail que vous abattez,du caractère injuste de mes propos, mais j'avoue que je suis très frustré que vous n'ayez pas tenu votre engagement qui était de permettre aux souscripteurs de la levée de fonds initiale d'assister aux enregistrements de l'émission.Il y en a eu une ou deux mais cela a été long à se mettre en place et s'est vite arrêté. C'est dommage. J'aurais notamment aimé assister à celle-ci.

Par RST, le 05/03/2016 à 13h12