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La réaction philosémite

Aux Ressources

Ivan Segré

Laura Raim

J’avoue, j’étais un peu inquiète. Mettre ou ne pas mettre la formule en titre d’émission? Risquer de susciter d’emblée une polémique ou amener le terme en douceur, après moult précautions de contextualisation ? Voilà les questions qui me tourmentaient avant d’enregistrer l’entretien avec Ivan Segré, philosophe et talmudiste, auteur de deux livres sur la question: La réaction philosémite. La trahison des clercs et L’intellectuel compulsif. La réaction philosémite 2. Mais l’entretien a eu raison de ces hésitations. Et c’est en toute sérénité que j’intitule l’émission « La réaction philosémite ». De quoi s’agit-il? D’un courant « intellectuel » qui, sous couvert de « lutter contre l’antisémitisme », véhicule une idéologie islamophobe et anti-marxiste en contradiction totale avec les valeurs progressistes et universelles de la tradition talmudique dont se revendique Ivan Segré. D’un discours qui manie l’anathème d’antisémitisme pour disqualifier, sans avoir à argumenter, toute critique de la domination et tout projet d’émancipation.

La cible préférée des « penseurs » de ce courant? Les Juifs critiques de la politique nationaliste d’Israël, porteurs d’une autre vision de ce que doit être l’avenir du sionisme. Le cinéaste israélien Eyal Sivan en sait quelque chose. Le 24 novembre 2003, Arte diffuse un documentaire, Route 181, qu’il a co-réalisé avec le palestinien Michel Khleifi. Quelques jours plus tard, Alain Finkielkraut qualifie le film d’« appel au meurtre des Juifs » et obtient l’annulation d’une des projections prévues au Centre Pompidou. C’est à cette affaire qu’Ivan Segré a consacré son dernier ouvrage.

NB Vous avez sans doute remarqué : ceci n’est pas un Aux Ressources. Bien que je sois curieuse de savoir comment (sur)vit un Talmudiste cela n’est pas l’objet de mon entretien avec Ivan Segré. Avec le reste de l’équipe on a décidé d’ouvrir une rubrique « émission spéciale » pour accueillir toutes nos envies d’émissions qui ne collent pas à notre format assigné.

Laura Raim 

Aux Ressources , émission publiée le 21/11/2015
Durée de l'émission : 94 minutes

Regardez un extrait de l'émission

Commentaires

30 commentaires postés

le nom d´a finkielkraut est pronnoncé au moins 25 fois! comme ressort admiration-détestation c´est de première!
¨arnaque intellectuelle détestable¨ ou ¨judaisme de goy¨ :que disent les textes ¨saints¨ de ces concepts fondamentaux?

Par luc lefort, le 03/07/2018 à 09h47

Eh bien , après lecture de ces commentaires élogieux, personnellement , j'ai arrêté quand il a comparé la situation en Syrie et celle de la Palestine occupée depuis un siècle par les colons sionistes. Ce monsieur est complètement déphasé et il devrait côtoyer un peu plus les antisionistes de l'UJFP. Peut-être pourrait-il se remettre en question?
Le sionisme est fondamentalement une théorie d'exclusion vis à vis de la population Palestinienne.
Ce discours d'intellectuel déconnecté des réalités de l'apartheid en place depuis 1947 me donne envie de vomir.
Un séjour à Gaza sous blocus pour quelques années serait une thérapie salutaire de mon point de vue.

Par titou, le 25/02/2018 à 22h22

Merci pour cette émission qui donne beaucoup à réfléchir.

Belle conclusion (primat de l'identité sur la contradiction = réaction / primat de la contradiction sur l'identité = vision progressiste).

Il doit y avoir une puissance occulte de Spinoza, parce que son ombre plane sur vos meilleures émissions (Chantal Jaquet, Frédéric Lordon, Yvan Ségré) :-)

Par Totorugo, le 17/09/2016 à 09h49

Un entretient formidable , explicitant la problématique du conflit israélo-palestinien , j'y ai appris beaucoup ! Merci !

Par Jean-Michel Guiet, le 12/09/2016 à 23h19

Merci pour cette émission !

Par Jean-Philippe Barbier, le 23/08/2016 à 23h12

Larry David accusé d'etre juif antisemite :


https://www.youtube.com/watch?v=_nS66IvbvcI


https://www.youtube.com/watch?v=Anel6bvrbWA

Par Gauthier R, le 27/05/2016 à 22h08 ( modifié le 27/05/2016 à 22h12 )

Merci, j'ai énormément apprecié cette émission.

Par mylene_pariset, le 26/01/2016 à 22h47

https://www.youtube.com/watch?v=shJ-cZJWQE8
lors d'un colloque Spinoza sur "l'imperium"où il donne une drôle de lecture de l'auteur en citant john coltrane!!!
sinon, je me retire seul dans ma chambre au repos lire les quatre lectures talmudique de lévinas

Par regis BARFUSS, le 02/01/2016 à 21h56

Commentaire ... un mois après ! Mais n'est-ce pas la beauté de Hors-Série, comme de Arrêt-sur-Image, de pouvoir écouter les émissions quand on le veut et à tête reposée ?
Encore une émission remarquable [malgré le, ou à cause du, visible calvaire grippal des deux intervenants :-) ], remarquable notamment par son contenu, à la fois accessible, humble (au sens de non arrogant) et innovateur, pionnier ...
La phrase de conclusion, non moins remarquable, mériterait à elle seule une seconde émission (mais c'est peut-être justement là le contenu des ouvrages de Ivan Segré que je vais donc me précipiter pour obtenir).
"Le primat de l'Identité sur la Contradiction, c'est la position réactionnaire et le primat de la Contradiction sur l'Identité, c'est la position progressiste." Entreprendre cette approche à partir de la Sortie d’Égypte par le Peuple Hébreu, et le faire sur la base d'une connaissance intime du Talmud : Quel magnifique programme ce serait pour une seconde émission !
Quoi qu'il en soit, un immense merci pour ce que vous faites.

Par Bernard Guericolas, le 24/12/2015 à 18h04

Excellent choix d'invité, comme très souvent sur Hors-Série.
En revanche, je regrette la manière dont Laura Raim mène l'entretien. On sent que l'auteur a été lu et travaillé et que les thématiques que Laura souhaite aborder ainsi que le déroulé prévu pour leur enchaînement sont pertinents et bien pensés. Mais le tout est gâché par la difficulté à exprimer clairement les questions et par l'approximation des formulations (que ce soit dans cet entretien ou dans les autres). Laura commence généralement un raisonnement qu'elle interrompt trop vite lorsqu'elle patauge un peu, pour poser une question abrupte et floue du style "ça veut dire quoi ?" ou "expliquez-nous ça", laissant l'invité se débrouiller avec la question, ce qui suppose que le spectateur essaie de reconstituer lui-même la logique qui conduit à cette question, tandis que Laura regarde son invité avec un grand sourire béat et soulagé (du style : "ouf tu prends le relais"). Ne serait-il pas possible de vous former auprès de Judith (ou Daniel Schneidermann) qui a l'art de conduire des entretiens avec rigueur et pédagogie, et ne s'embrouille jamais dans le raisonnement qui la conduit à poser une question. De même il est très énervant que l'entretien soit parsemé de "dites moi si je me trompe" : par exemple pour présenter les invités ou les concepts. Ces éléments devraient avoir été travaillés en amont pour qu'il n'y ait pas d'hésitation (hésitation plus apparente peut-être que réelle car encore une fois, je ne doute pas du sérieux du travail réalisé pour préparer ces entretiens). Bref, une position plus assertive de l'intervieweur serait vraiment bénéfique pour la qualité de ces émissions. Mes remarques valent aussi pour Maya, bien qu'à un degré légèrement moindre.

Par benedicte vidaillet, le 29/11/2015 à 15h26 ( modifié le 29/11/2015 à 15h26 )

Je viens de suivre cette émission. Je n'en pourrais faire de commentaire sans l'avoir réécoutée, avec un crayon à la main.
Merci.

Par Robert., le 28/11/2015 à 15h38 ( modifié le 28/11/2015 à 15h39 )

Lorsqu'Ivan Segré parle (entre la 19ième et la 21ième minute) de nuance entre le voile à partir de la puberté dans l'Islam et du voile à partir du mariage dans la tradition juive orthodoxe, je ne comprends absolument pas où il veut en venir, d'autant que je ne partage pas sa lecture dissociant ces deux prescriptions religieuses, puisque la puberté et le mariage renvoient à la même "chose" au final, à la femme comme sexuellement mature.

C'est la raison pour laquelle d'ailleurs nous devons condamner les deux prescriptions religieuses, puisque toutes deux (ce qu'il ne mentionne aucunement, alors qu'il parle bien d'objectivation de la femme à propos de sa visibilité dans l'espace public et de l'utilisation de son image dans le système capitaliste) ne rendent pas sa liberté au sujet, mais au contraire l'enferment dans son caractère d'objet sexuel, cette fois-ci sur le mode du déni.

Si cette remarque avait pu être faite, nous n'en serions peut-être pas resté à ce relativisme de mauvais aloi, superficiel et faussement pertinent, qu'affectionne nombre de partisans d'une certaine gauche, et nous aurions pu évaluer ce que ces deux modes d'objectivation de la femme sexuée, marchand et religieux, ont de profondément dissemblable au final.

Enfin, concernant le gros morceau de l'émission, à savoir si, comme je le résumerai avec mes mots, le fait d'être juif repose sur une filiation généalogique ou sur une communauté de principes, je rappellerai que la Shoah a démontré par l'horreur que les principes dits communs n'avaient en eux-mêmes aucune espèce d'importance, qu'ils n'étaient qu'un alibi pour les bourreaux, que seule primait dans cette affaire la généalogie, réelle ou supputée.

C'est d'ailleurs pourquoi faire pencher la balance du côté du partage des principes communs, c'est ipso facto ouvrir la porte à la possibilité de la disparition de la communauté généalogique. Car, si les principes peuvent survivre hors sol, hors lignée, ce n'est pas le cas des êtres humains.

yG

P.S.: Je n'ai pas particulièrement apprécié de surcroît son rappel régulier que lui s'arrêtait aux faits, ne surinterprétait pas. Outre que de la part d'un talmudiste, cela pourrait prêter à sourire, il serait bon de rappeler que la politique n'est que rarement, pour ainsi dire jamais, une question de faits, mais d'interprétation de ces derniers. Par conséquent s'arrêter au fait qu'une fille vienne à l'école avec une jupe trop longue ou qu'un enseignant porte plainte pour une insulte antisémite, et considérer implicitement que l'absurde serait ici flagrant, c'est dénier d'office que ces faits puissent avoir une signification qui dépasse l'individu et soient donc politiques. De quel droit peut-il s'arroger celui-ci, si ce n'est depuis une certaine perspective politique ? Tout cela pour dire que son injonction à s'en tenir aux faits (quand cela l'arrange) n'est pas tenable.

Par yG, le 28/11/2015 à 10h42 ( modifié le 28/11/2015 à 11h54 )

Je suis en total désaccord avec le jugement de Yanne sur Alain Finkielkraut, mais son commentaire vise juste lorsqu'il pointe une contradiction du projet de cette émission et d'Ivan Segré : pourquoi déployer une telle énergie pour un penseur auquel on refuse la qualité même d'intellectuel ? A force d'en entendre pis que pendre dans une émission sur deux de Hors Série (j'exagère sans doute), un abonné martien en déduirait logiquement que c'est un auteur absolument fondamental de notre époque... Il ne mérite sans doute ni cet opprobre, ni cet honneur.

Par Arnaud StA, le 28/11/2015 à 08h05

Je ne peux pas vous laisser écrire ça, johnmellor. Que Dans le film explore une cinéphilie qui ne vous inspire pas, avec des outils critiques que vous ne goûtez pas, ça peut se concevoir. Mais pas d'escroquerie, non ; les invités sont des gens sérieux, documentés et pertinents - pas des imposteurs.

Par Judith, le 26/11/2015 à 21h58

le meilleur entretien vu sur HS, so far; ça change des escrocs qu'on voit dans DLF.

Par johnmellor, le 26/11/2015 à 18h57

Autant je trouve comme les autres commentateurs ce dialogue très riche et très intéressant, autant je m'interroge sur l'intérêt réel de répondre aux divagations d'un Finkielkraut à la limite de la sénilité.

Certes il est sur France Culture, mais so what ? Sa parole se perd, et il ne mérite pas qu'on lui réponde, d'après moi.
Et ce délire de Millner avec le texte de Spinoza qui n'aurait pas de sens et que lui expliquerait à sa façon : Le triomphe de la vacuité de la pensée ! La philosophie dans l'impasse de ses propres contradictions.

L'intérêt de cette interview est d'ailleurs de constater la perte de sens commun de certains.
Dans le livre d'Orwell, 1984, le "ministère de la paix" (Minipax en novlangue) s'occupe en fait de la guerre. Le "ministère de la vérité" (Miniver) est le ministère de la propagande et du mensonge. Le "ministère de l'amour" (Miniamour) s'occupe de la torture. Et le "ministère de l'abondance" (Miniplein) organise la famine. Nous sommes vraiment ici chez la bande à Finkielkraut dans la novlangue et dans l'interversion des concepts.

Mais le problème principal est quand même du côté de ceux qui écoutent le discours en le croyant normal et dans le sens commun.

Par Yanne, le 25/11/2015 à 22h19 ( modifié le 25/11/2015 à 22h19 )

Intéressant

Par Malavos , le 25/11/2015 à 19h19

Très intéressant. Un peu ardu pour les néophytes mais bon, on arrive à s'y retrouver. Laura devrait être plus incisive dans ses questions pour éclairer les incultes, dont je fais partie, sur le sujet. Enfin, presque... Tout de même passionnant. Merci à vous deux.

Par Annie HUET, le 24/11/2015 à 19h27

Ivan Segré, vraiment balaise. J'avais lu par hasard son bouquin Le manteau de Spinoza. Remarquable, quoiqu'un peu difficile.

Merci !

Par Paul Balmet, le 24/11/2015 à 16h23

WOW itou ! Merci à Laura et à Yvan !

Ce n'est pas le premier entretien du site qui aborde (cette fois de façon à peine oblique) la question de la critique des médias, avec des morceaux entiers de Bourdieu dedans. Il semble donc inévitable que vous finissiez par consacrer une émission à ce sujet transversal et si important. J'ai hâte !

ps : selon la revue prescrire, les sirops contre la toux sont très bénéfiques aux laboratoires qui les fabriquent, aux pharmaciens qui les vendent, et aux médecins qui les prescrivent. Pour les patients en revanche ...

Par MSC, le 23/11/2015 à 15h54

@Flavyb. Bonjour, ce ton "languissant" est vraisemblablement dû au fait que Laura Raim et Yvan Segré étaient souffrants ce jour-là. Hors caméra, il ne fut pas seulement question du Talmud et de "l'intellectuel compulsif" mais aussi du top five des meilleurs sirops contre la toux.

Par Raphaël, le 22/11/2015 à 20h03

Rien à redire. Superbe entretien.

Par HBK, le 22/11/2015 à 18h11

comment peut-on parler d'"ethnie" juive?

Par siska, le 22/11/2015 à 17h52

Je plussoie : WOW. Bravo à Laura et immense merci à Yvan Segré pour ce remarquable travail de déconstruction des postures énonciatives, et d'intelligence des faits et des énoncés.

Par Judith, le 22/11/2015 à 13h58

Wow
Ça faisait longtemps que je n'avais pas écouté une interview d'une telle richesse.
Merci

Par Marc Andrès, le 22/11/2015 à 09h30

Très belle émission, merci!

Par François Leroux, le 21/11/2015 à 22h07

Même si le forum n’est pas destiné à fournir un lien vers le conférencier, je pose ma question pourtant en ce sens.

D’abord le principe énoncé par monsieur Ségré à la fin est le mien: privilégier la contradiction à l’identité.
Ensuite, la sortie d’Egypte et son interprétation. Il y a au moins 2 interprétations dîtes-vous :
1. la construction nationale de l’état juif (la terre promise), vision « nationaliste » bien utile aujourd’hui,
2. le détachement d’un groupe ethnique d’une société dans laquelle il a jusqu’à présent vécu mais dont les valeurs, les coutumes, le rapport au divin dans leur évolution (polythéisme en route vers du mono?), ne permettent plus de satisfaire le besoin « d’émancipation » des Juifs (la notion de recherche de « liberté » ou « sortir de l’esclavage », me paraissant par trop anachronique 1350 ans environ av J.C). C’est pourquoi tous ces mots sont entre guillemets pour des raisons historiennes.

3. Une 3e interprétation serait peut-être d’expliquer pour quoi et en quoi le séjour des Juifs en Egypte avait sa raison d’être. Moïse a quand même été sauvé par la fille (ou la femme) de Pharaon et Madian n’était pas particulièrement propice à l’éclosion du « judaïsme ». D’en être parti, c’est bien, de savoir pourquoi il y est allé et qu’est-ce qu’il y a fait, qu’est-ce qu’il y a acquis serait meilleur. Le thème de l’esclavage des Juifs en Égypte par des esclavagistes « adorateurs de divinités absurdes » (soi disant polythéisme) me parait un peu court.

De la même façon que l’exil à Babylone n’a pas eu que des aspects négatifs, bien au contraire, le séjour en Égypte est à considérer dans la même optique. Que répond le talmudiste ?

Par marc gébelin, le 21/11/2015 à 21h45

Une émission formidable. Quel dommage toutefois que des propos si vivifiants soient échangés sur un ton languissant. Vous sembliez tous deux prudents, très soucieux du choix des mots (ce qui est précieux).
Merci d'avoir porté Ivan Segre à la connaissance d'un plus large public.

Par Flavyb, le 21/11/2015 à 21h33 ( modifié le 21/11/2015 à 21h35 )

Merci de tout mon cœur d'athée. On n'a pas le temps de tout lire mais de belles soirées d'hiver en perspective.
Enfin des précisions argumentaires que je me ferai un plaisir d'utiliser. Car bien des gens sincères sont perdus dans les échanges d'invectives où seule la position à travers les medias les plus diffusés et qui "sont" l'opinion publique autorisée,détermine la légitimité.
Je conseille aussi "Le proche orient éclaté" de Georges CORM qui donne des clés pour mieux comprendre notre histoire, puisque l'Europe y campe depuis assez longtemps pour tenter de mieux comprendre là où on cherche à nous entraîner par la terreur.

Par christine forget, le 21/11/2015 à 20h08

heureux de votre retour, vous êtes devenues indispensables

Par gomine, le 21/11/2015 à 15h47