Hors-Série
Arret sur Images
Me connecter
abonnez-vous


commentaire(s) publié(s) par Procrastinman

5 commentaires postés

09/04/2016 - Dans le Texte - Vers l'amour révolutionnaire

Merci pour cette émission ; je partage l'enthousiasme d'Henri. Jusqu'à présent, les rares fois où j'avais croisé Houria Bouteldja, c'était toujours dans des contextes hostiles où la pluie d'anathèmes ne permettait jamais d'avoir accès à ses idées et sa pensée (comme l'émission de Taddei par exemple).
C'est un vrai plaisir de pouvoir assister à un échange aussi riche et respectueux où la posture laisse la place à l'intelligence.

@ Kahina : votre intervention me semble être une bonne illustration de l'objet de l'émission, à savoir la persistance de l'imaginaire colonial et de sa vision essentialiste, superficiellement maquillée de manifestations contemporaines. Vous renvoyez et réduisez l'invitée à une indigène, algérienne et devant répondre de l'instrumentation politique de l'islam.

posté le 09/04/2016 à 21h17

07/11/2015 - Aux Sources - Déconstruction et Politique

Merci pour cet entretien stimulant, riche et qui donne envie de se plonger dans le livre. Comme le dit Igor MAQUET, Renaud GARCIA clarifie le panorama un peu embrouillé (dans ma tête en tout cas) de la gauche radicale.

@ morvandiaux : merci pour le lien et les infos sur Bourdieu.

posté le 08/11/2015 à 16h00

17/10/2015 - En accès libre - Imperium

@ yG :
Je n'ai jamais écrit que tous les désastres sur terre provenaient du capitalisme. Ce serait ridicule, le capitalisme est apparu historiquement et personne, que je sache, n'a jamais prétendu que le moyen-âge était un Eden... Les sociétés n'ont d'ailleurs attendu, ni le capitalisme, ni les religions monothéistes pour être patriarcales.
Je n'ai pas non plus opposé les religions au capitalisme, ni dit que les unes découlaient de l'autre, ce qui poserait là aussi un souci chronologique de plusieurs siècles...

Ce que j'ai essayé de dire, c'est simplement que je ne voyais pas de manifestations d'une emprise sociale majeure sur la société française des religions alors qu'en revanche, après des lectures et écoutes d'intellectuels critiques tels que Lordon, je commence de plus en plus à appréhender l'étendue de la capture de nos imaginaires et de nos affects qu'opère le capitalisme et à laquelle nous participons tous, même à notre corps défendant. Ce qui est, me semble-t-il, une manifestation de l'imperium, comme force qui vient de nous puis est canalisée par les institutions pour être retournée contre nous. Je n'ai pas encore lu le dernier livre de Lordon, mais de ce que j'en ai compris, le rôle des institutions est central dans la forme que prend l'imperium.

C'est là que notre échange se trouve dans une impasse. S'il y avait un imperium de type religieux dans la société française, il y aurait nécessairement des institutions qui capteraient notre puissance d'agir pour la transformer en pouvoir théocratique. Nous ne vivons vraisemblablement pas dans la même galaxie car je ne vois nulle trace de telles institutions. Je suis bien d'accord que le catholicisme a tellement longtemps imprégné la culture française qu'il structure bien évidemment encore pour partie les manières de concevoir le monde. Mais toutes les évolutions que je peux observer par rapport aux formes familiales, aux sexualités ou aux droits des femmes attestent qu'il n'y a plus d'institutions pour perpétuer la conception catholique fondamentaliste (même si pour le dernier domaine, l'évolution est plus lente).

Là où vous avez le sentiment de vivre dans un régime d'oppression , où toute parole critique des religions ne serait plus possible à moins de sortir par millions l'exprimer, je vis pour ma part dans un monde où l'islam est continuellement accusé de tous les maux, dans les sphères politico-médiatiques en particulier, et où les sciences sociales qui étudient les différents facteurs à l'oeuvre n'ont pas beaucoup voix au chapitre, à part dans les niches du web comme celle-ci. Le problème, c'est que quand on considère une religion comme étant par essence mauvaise, vient un moment où l'on finit par considérer les croyants de cette religion comme mauvais (ou dans une vision plus paternaliste, comme asservis à leurs croyances alors que nous athées, on ne s'en laisserait pas conter).
Et je vis aussi dans un monde où l'on peut maintenant, en toute bonne conscience, discriminer en conséquence "les personnes d'apparence musulmane" (quelque soit la spiritualité réelle).

Ne vivant pas dans le même monde et ne parlant pas de la même chose, je vois difficilement comment continuer la discussion.

posté le 18/10/2015 à 22h51 ( modifié le 18/10/2015 à 22h58 )

17/10/2015 - En accès libre - Imperium

@ Klerian :
Bien sûr que des manifestations collectives comme celles de la coupe du monde suscitent aussi des antagonismes mais pas de la même magnitude que lors de janvier.
D'abord, le mot d'ordre "Je suis Charlie" impliquait de prendre parti (sous-entendu : et toi ?) ; il dessinait de manière à peine voilée une séparation entre les bons Français et les autres.
Mais en plus,cette injonction à choisir son camp a été reprise massivement dans l'espace public, relayée et encouragée par les institutions, largement diffusée par les médias (une journaliste appelant même à la traque dans les écoles aux élèves n'étant pas Charlie).

Je veux bien croire que les personnes hostiles au football n'aient pas été accueillies à bras ouverts, voire vilipendées dans certains milieux, mais il ne me semble pas qu'elles aient été désignées par ce fait comme exclues de la communauté nationale.
Le souvenir que j'ai de la coupe du monde est plutôt un puissant affect commun de joie pour ceux qui le partageaient mais pas le déversement de passions tristes qui se sont libérées peu après la manifestation de janvier.
L'intervention des institutions, qui sont des instances de cristallisation de la puissance de la multitude, me paraît décisive pour différencier les deux événements.


@ yG :
"La différence n'est donc que de degré ici, pas de nature"
La différence de nature n'est-elle pas finalement qu'une différence de degré, certains seuils ayant été franchis ?
Il me semble que la philosophie de Spinoza (et de Lordon) se situe plutôt dans cette perspective et je la partage.

"Autrement dit, l'imperium sa véritable et profonde face sombre, c'est lorsqu'il s'exerce au quotidien de manière diffuse sur l'ensemble de la société, sans que nous ne le notions, sans que ne nous vienne à l'esprit que c'est là un pouvoir qui ne devrait pas être, un pouvoir pour le coup totalement déraisonnable, qu'il l'exprime le mieux."
Je suis totalement d'accord avec vous, nous ne sommes jamais plus sûrement asservi que lorsque nous ignorons notre propre état de servitude.


"Non, la face sombre, ici, c'était dans la coercition qui est à l’œuvre du fait même des religions sur l'ensemble de la collectivité qu'il fallait la rechercher, et ceci, bien qu'il y ait historiquement un délitement du sentiment religieux."

Là en revanche, je diverge. Je crois reconnaître dans votre discours toute une posture dans laquelle j'ai longtemps baigné moi-même. Je suis athée, mes deux parents sont athées et j'ai été élevé dans l'idée d'une supériorité évidente de l'athéisme par rapport aux autres croyances religieuses. J'ai longtemps été convaincu que les religions, sous leurs diverses manifestations, étaient responsables de bien des maux sur terre.

Je n'ai commencé à me remettre en question qu'il y a quelques années, alors que la thématique de la laïcité (voire même du féminisme), auparavant superbement ignorée, a été de plus en plus reprise par l'extrême-droite, la droite décomplexée et la droite complexée (le PS) uniquement vis à vis des pratiquants - et le plus souvent des pratiquantes - d'une seule religion, et dans un sens totalement dévoyé.

Appartenant moi-même à un autre type de groupe minorisé, j'ai une sensibilité particulière pour tout ce qui touche au racisme. J'ai été particulièrement frappé par la facilité avec laquelle certaines personnes pouvaient proférer des discours qui,avant, auraient été clairement perçus comme racistes mais qui, aujourd'hui, passaient, grâce au verni de respectabilité républicaine laïque, car ils ne s'attaquaient pas aux arabes mais aux musulmans (et même le plus souvent aux musulmanes, mais féministement cela va sans dire!).
J'ai pu à plusieurs reprises entendre ou lire des interventions d'athées se revendiquant laïques et/ou féministes qui pourtant sombraient dans des travers racistes et/ou sexistes. A l'inverse, il m'a été donné d'entendre certaines personnes croyantes qui tenaient des propos parfaitement rationnels et que je partageais.
Ce qui m'a amené à réviser ma séparation triviale entre athées et croyants, et à penser que le problème ne relève pas tant de la religion en tant que telle, que des manifestations qu'elle peut prendre [fin de l'ego parenthèse ].

Ainsi, il est indéniable que l'Eglise Catholique, en tant qu'institution qui était présente à tous les moments de la vie des Français, de la naissance à la mort, avait une emprise considérable. Elle était par défaut la religion de tous.
Les lois Ferry qui rendent l'école gratuite et laïque, ainsi que la loi de 1905 qui sépare les églises de l'Etat, éléments fondateurs de la laïcité, ont oeuvré pour notre émancipation en limitant le pouvoir de cette institution.
Mais elles ont eu lieu dans le contexte de la troisième République, qui elle-même s'est construite comme une contre-église avec ses temples, les écoles, et ses prêtres, les hussards noirs de la République. Certes, l'apprentissage de la lecture et de l'écriture ont été vecteurs d'émancipation. Mais la défense du colonialisme, la préparation des petits Français à récupérer l'Alsace et la Lorraine et la volonté de lutter contre les idées socialistes (au sens originel) et anarchistes ne comptent sans doute pas parmi les plus grandes réalisations républicaines.
Dans les Etats théocratiques qui, aujourd'hui encore, instrumentalisent la religion, elle est également un puissant levier d'asservissement.

Pourtant, j'ai du mal à percevoir, aujourd'hui, en France, les manifestations religieuses d'une « tyrannie omniprésente, intégrée, implicite, normalisée » avec toutes les supports institutionnels que cela suppose nécessairement. Ou du moins de ce que l'on nomme habituellement religion.
S'il y a une « tyrannie omniprésente, intégrée, implicite, normalisée » que je perçois à l'oeuvre et qui structure notre existence, c'est celle du capitalisme. Dès notre plus jeune âge, elle oriente nos manières de désirer, de penser notre rapport au monde et aux autres ; et elle « s'exerce au quotidien de manière diffuse sur l'ensemble de la société ».

(avec toutes mes excuses pour l'absence totale de concision...)

posté le 18/10/2015 à 16h52

17/10/2015 - En accès libre - Imperium

@yG : Bonsoir,

"- Pourquoi parler alors de face sombre ? Lorsqu'il s'agit simplement de la réalisation la plus tangible de l'imperium, à savoir la création de ce cadre collectif, donc de fait contraignant pour toute individualité parce que collectif... "


Il me semble que l'imperium, tout comme la souveraineté qui en est une manifestation, est un phénomène naturel et nécessaire. Il serait donc aussi inepte de les condamner que de se lancer dans une diatribe contre les séismes. En cela, je pense que nous sommes d'accord.
Cependant, selon les projets politiques qui ont notre faveur et nous affectent de joie, certaines modalités de réalisation de l'imperium ou de la souveraineté nous agréerons plus ou moins.

Ainsi, si nous désirons nous rapprocher d'un ordre politique plus porteur d'émancipation, l'imperium dans sa forme totalitaire ne pourra pas nous convenir. Si l'imperium est par essence totalisant, il n'est heureusement pas nécessairement toujours totalitaire.
Pour reprendre, l'exemple de la coupe du monde 98 cité dans votre précédent post, je ne pense pas que les personnes qui ont manifesté à ce moment-là leur indifférence ou leur hostilité aux jeux footballistiques aient été désignées à la vindicte comme lors du moment Charlie. A ce titre, cette manifestation de l'imperium n'était pas totalitaire ; ou du moins pas du tout au même degré atteint qu'en janvier.
Pour reprendre vos termes, le type de contrainte du collectif et son intensité sont variables selon la forme que revêt l'imperium. Tout l'enjeu politique est de s'efforcer de faire advenir des formes plus souhaitables que celles actuellement à l'oeuvre. Il en est de même pour la souveraineté à mon sens.


"- Est-ce vraiment un autre corps ? Le papillon n'est pas un autre organisme que la chrysalide, juste un autre stade du développement. C'est là, je le concède une discussion plus métaphysique, mais après tout, c'est là que nous mène la parabole du bateau de Thésée.."

Si je me rappelle bien de l'échange, l'image du bateau de Thésée est utilisée pour illustrer le fait qu'un corps politique, une société, même quand elle a l'air statique et immuable, est toujours en perpétuelle recomposition. Pour autant, même le bateau de Thésée a bien dû finir par avoir une fin à un moment un autre.

posté le 17/10/2015 à 21h18 ( modifié le 17/10/2015 à 21h23 )