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commentaire(s) publié(s) par Winckler

2 commentaires postés

23/09/2017 - Aux Sources - Place au débat

J'écris ce commentaire avant même d'avoir visionné l'entretien, pour applaudir l’initiative.
La gauche radicale meurt d'entre-soi, se dessèche à force de s'ausculter le nombril, tétanisée par la peur que le contact avec l'extérieur ne menace sa pureté.
Hors-série, dont j'apprécie beaucoup le travail, me semble parfois tourner un peu en rond...
Merci donc pour cette escapade hors des sentiers battus. Quel qu'en soit le résultat.

posté le 23/09/2017 à 17h42

05/07/2014 - Dans le Texte - Le Maître ignorant

Merci à Judith Bernard pour ce bel entretien que je viens de regarder après être arrivé au terme de la lecture du livre de Jacques Rancière.

L'ouvrage m'a dans l'ensemble peu convaincu, par moment même franchement énervé. D'abord par sa forme inutilement ésotérique (comme d'autres l'ont relevé avant moi). A tort ou à raison, il m'a semblé que les saillies poétiques participent aussi (surtout ?) à dissimuler certains sauts de raisonnement. Mais c'est surtout le fond des propositions avancées qui m'a posé problème.

Plusieurs points qui me chipotent ont été relevés par Judith Bernard : le volontarisme qui traverse tout le livre, le mythe de l'autodidaxie (chez Rancière/Jacotot, les livres remplacent les enseignants dans le processus d'acquisition du savoir, mais sans aucune problématisation du fait que le livre est lui-même un discours, est lui-même constitué d'explications, etc.), la morale catholique qui parait omniprésente (le maître est ignorant au même titre que le pauvre est un riche qui s'ignore et que les premiers seront les derniers dans l'au-delà), et ainsi de suite.

Or, il me semble que plutôt que chercher à se justifier, Rancière a pendant tout l'entretien tendance à reculer, à neutraliser la charge de ses propositions. Par exemple l'enseignement universel de Jacotot n'est plus tout à fait la méthode d'enseignement géniale qui nous avait été présentée. Elle devient un principe philosophique bien plus général. C'est déjà beaucoup mais ce n'est quand même plus tout à fait la même chose. Beaucoup d'autres extraits me semblent aller dans ce sens, ce qui à certains égards rend l'entretien plus convaincant que le livre lui-même. Peut-être le temps écoulé depuis la rédaction de l'ouvrage y est-il pour quelque chose.

Pour revenir à la thèse du livre, je peine quand même à me défaire de ce profond malaise que je ressens chaque fois qu'un intellectuel prête "généreusement" les compétences culturelles les plus diverses et les plus absolues aux dominés (aux pauvres, aux exploités, chacun choisira le terme qui lui parle le plus). Cela au prix d'un déni pas moins absolu de la violence de leurs conditions d'existence et des effets de cette violence. Je trouve qu'il y a d'ailleurs dans le livre une confusion permanente entre les différents sens du terme "égalité". C'est une chose de prêter à tous et toutes, au nom de notre commune humanité, une même capacité innée à faire usage de notre intelligence (encore faudrait-il s'entendre sur le sens de ce mot) pour appréhender ce que nous voyons et ce que nous faisons. C'en est une autre de prêter à chacun, un peu abstraitement, la même capacité à s'approprier des biens culturels (ne fut-ce qu'un livre) qui paraissent sans doute à Rancière tellement co-exstensif de l'homme qu'il est devenu (un peu comme le latin dans la vidéo) qu'il en oublie combien ces biens culturels sont distants de l'univers ordinaire de beaucoup de gens, et tout ce qu'ils peuvent incarner à leurs yeux. Dans le même sens, je doute que même avec les meilleures intentions du monde, une méthode pédagogique spontanéiste à la Jacotot (voilà un livre et débrouille toi puisque tout explication est suspecte de rompre le rapport enchanté entre une volonté et un objet quasi sacré) puisse systématiquement émanciper là où un démarche d'instruction plus verticale nécessairement opprimerait.

Cela étant, pour peu que l'on accepte - au moins le temps de la lecture - certains présupposés, il est vrai que le livre, par sa radicalité, oblige à réfléchir contre bon nombre d'évidences, et donc contre soi-même. Ce qui restera toujours précieux. On ne perd pas non plus son temps à écouter ce riche entretien.

posté le 28/04/2017 à 01h21